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DIRECTION DES ÉTUDES ÉCONOMIQUES  
De la valeur des créances douteuses italiennes  
Les banques et les investisseurs potentiels associent aux  
créances douteuses des valeurs substantiellement  
différentes.  
L’écart de rendement exigé par chacun des acteurs explique  
en grande partie ces disparités.  
La réforme du droit des faillites en Italie est susceptible  
d’améliorer la valorisation des créances douteuses et de  
faciliter leur cession au marché.  
Evolution des ratios de créances douteuses dans  
l’UE entre septembre 2015 et septembre 2016  
Créances douteuses/encours des prêts et avances bruts (T3-2016)  
Créances douteuses/encours des prêts et avances bruts (T3-2015)  
(T3-2016)  
Médiane (T3-2016)  Moyenne (T3-2016) --- Moyenne pondérée  
Les banques de la zone euro affichant des niveaux élevés de  
prêts non performants avaient jusqu’au 31 mars 2017 pour  
remettre à la Banque centrale européenne (BCE) des plans  
1
«
amitieux mais réalistes »  
de réduction des créances  
douteuses. Les établissements bancaires sous la supervision  
directe du Mécanisme de supervision unique (MSU), et dont la  
part des créances douteuses dans l’encours des prêts était  
«
2
considérablement » supérieure à 5,4% au troisième trimestre  
016 , étaient potentiellement concernés par cette exigence.  
2
Ce seuil correspond à la moyenne, pondérée par les actifs  
bancaires, des ratios de créances douteuses observés dans les  
pays membres de l’Union européenne (UE). Le ratio médian des  
Graphique 1  
Source : Autorité bancaire européenne  
Interactive Risk Dashboard, T3 2016  
le troisième plus grand de l’UE après ceux de la France (27%) et  
de l’Allemagne (25%).  
créances douteuses s’établissait  
à 4,8% et la moyenne  
arithmétique 9,8% (cf. graphique 1), signe que la  
à
problématique des créances douteuses concerne un nombre  
restreint de systèmes bancaires, lesquels constituent une part  
modeste du système bancaire de l’ensemble de l’UE.  
Les créances douteuses sont inhérentes à l’activité de prêts.  
Les pertes associées sont gérées par le biais de dotations aux  
provisions. Toutefois, ces actifs détériorés peuvent contribuer à  
l’obturation du canal du crédit bancaire dès lors qu’ils excèdent  
un seuil critique. L’accroissement des créances douteuses tend  
à abaisser la rentabilité des banques, à augmenter leur coût de  
financement ou celui de leur liquidité et peut peser sur leur  
solvabilité. Aussi, les créances douteuses sont susceptibles  
d’exercer une contrainte croissante sur la distribution de crédit.  
Ce phénomène est renforcé par une contraction concomitante  
de la demande, sous l’effet combiné d’une réduction de la  
solvabilité des emprunteurs et d’une baisse des investissements  
causée par la révision des anticipations de croissance. La  
dégradation de la conjoncture peut donc, à elle seule, conduire  
à une détérioration généralisée des portefeuilles bancaires. Le  
Bien que le nom des établissements qui devaient remettre un  
plan à la BCE n’ait pas été divulgué pour des raisons de  
confidentialité, il est raisonnable d’envisager que plusieurs  
établissements italiens en fassent partie. En effet, le système  
bancaire italien présentait un ratio de créances douteuses de  
16,4% au troisième trimestre 2016. Seuls les systèmes  
bancaires grec, chypriote et portugais affichaient des ratios  
supérieurs à respectivement 47%, 47% et 20%. Toutefois, leurs  
actifs ne représentaient respectivement que 1,2%, 0,3% et 1,4%  
de ceux de l’ensemble de la zone euro. Cette proportion  
s’élevait à 13% pour le système bancaire italien, ce qui en faisait  
«
seuil » au-delà duquel l’activité d’une banque peut être  
1
Danièle Nouy, présidente du conseil de surveillance prudentielle de la BCE, le 27  
entravée par ses créances douteuses dépend de son profil de  
risque et de sa solvabilité initiale.  
mars 2017, Déclaration introductive à la conférence de presse organisée à l’occasion  
de la présentation du Rapport annuel 2016 de la BCE sur ses activités prudentielles.  
2
Non-performing loans to total gross loans and advances, Autorité bancaire  
européenne, Risk Dashboard data as of Q3 2016  
economic-research.bnpparibas.com  
Thomas Humblot  
8 juin 2017  
1
La croissance économique et l’activité bancaire interagissent  
l’une avec l’autre. Aussi, les créances douteuses expliquent,  
simultanément à d’autres facteurs, le manque de dynamisme du  
crédit bancaire en Italie (cf. graphique 2). Cela a notamment  
participé de la faible croissance du PIB réel (moins de 1%) en  
Une croissance du crédit peu dynamique  
Taux de croissance annuel des crédits bancaires italiens au secteur privé non  
financier et part des créances douteuses dans l’encours des prêts bancaires (en %)  
*
Ménages Sociétés non financières  Total  Créances douteuses  
totales/Encours des prêts (échelle de droite, inversée)**  
2016. En retour, la faiblesse de la reprise initiée jusqu’alors en  
1
1
5
0
5
0
5
4
Italie ne peut, à elle seule, suffire à assainir les bilans bancaires.  
En revanche la combinaison des plans de sortie de crise des  
banques et de l’application des lignes directrices de la BCE  
relatives au traitement des créances douteuses (cf. encadré 1)  
alimenterait le « cercle vertueux de la réduction des créances  
6
8
10  
3
douteuses » . L’assainissement des bilans bancaires et le  
1
1
1
2
4
6
soutien à la croissance apparaissent donc nécessaires au bon  
rétablissement de l’économie italienne.  
-
Encadré 1  
-
10  
18  
Les lignes directrices de la BCE relatives au traitement des  
créances douteuses bancaires  
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
: Encours des prêts aux résidents de la Zone euro incluant les titrisations, taux de  
*
croissance calculé selon la méthodologie des statistiques monétaires.  
** : à partir de mars 2014, la Cassa depositi e prestiti est incluse. Les définitions de  
l’encours des prêts des banques et des créances douteuses ont changé en mars  
Le MSU a publié en mars 2017 des « lignes directrices pour les banques  
en ce qui concerne les prêts non performants ». Ces bonnes pratiques se  
veulent universelles mais s’adressent en premier lieu aux banques qui  
affichent les ratios de créances douteuses les plus élevés de l’UE. D’une  
nature encore non contraignante, ces lignes directrices détaillent la  
stratégie que devraient adopter les banques afin de mieux identifier et  
gérer leurs créances douteuses. Ces dernières correspondent aux  
2
015, les données antérieures sont rétropolées.  
Graphique 2  
Sources : BCE, Banque d’Italie  
et de résolution des banques. Etablir un prix pour ces actifs  
détériorés est une étape essentielle du processus. Ce prix de  
vente dépend non seulement des caractéristiques intrinsèques  
des créances douteuses (flux de trésorerie anticipés, taux  
d’intérêt effectif, etc.) mais aussi de paramètres propres aux  
investisseurs potentiels (taux de rendement interne, frais et  
commissions supportés, etc.).  
«
expositions non performantes » (non-performing exposures  NPE) telles  
1
que définies par l’Autorité bancaire européenne (ABE) . Ces expositions  
incluent les créances en souffrance (principal, intérêts ou honoraires non  
payés à la date à laquelle le montant était échu) depuis plus de 90 jours  
ainsi que les créances pour lesquelles il est improbable que le débiteur  
s’acquitte intégralement de ses obligations sans réalisation de la sûreté.  
Cette définition uniformisée à des fins de déclarations de données  
prudentielles est plus large que la définition prudentielle des expositions en  
Dans cette perspective, nous proposons plusieurs exemples très  
schématiques de valorisations d’un portefeuille théorique de  
créances douteuses fondés sur ce qui pourrait être observé en  
Italie. L’objectif est principalement didactique et notre démarche  
ne vise pas à décrire de manière exhaustive la réalité italienne  
présente et/ou future.  
2
3
défaut et la définition comptable des expositions dépréciées . Les  
banques sont encouragées à appliquer cette définition à l’ensemble de  
leurs communications et de leurs contrôles internes. Le traitement de la  
dépréciation et du passage en perte est également explicité.  
1
Paragraphe 145, Annexe V, Règlement d’exécution (UE) 2015/1278 de la  
Les créances douteuses, des créances valorisées  
Commission du 9 juillet 2015.  
Articles 127 et 178, Règlement (UE) n° 575/2013 du Parlement européen et du  
2
(presque) comme les autres5  
Conseil du 26 juin 2013.  
3
Paragraphe 59, International Accounting Standard 39  Instruments financiers :  
Lorsqu’une créance devient douteuse, la banque ré-estime sa  
valeur en fonction du montant recouvrable anticipé. Cette  
estimation comptable est obtenue au moyen d’une approche  
probabiliste fondée sur l’expérience relative au taux et au délai  
de recouvrement, notamment. Le montant estimé doit refléter  
une image fidèle de la valeur d’un actif. Il repose en ce sens sur  
les mêmes principes que ceux qui s’appliquent aux autres  
créances.  
Comptabilisation et évaluation.  
Au regard de l’expérience des crises étrangères de créances  
douteuses (Japon et Suède durant les années 1990, Irlande et  
Espagne suite à la crise de 2007/2008, par exemple), la cession  
de ces dernières apparaît comme une mesure efficace  
d’assainissement des bilans bancaires (Aiyar et Al., 2016 ;  
Garrido et Al., 2016). Banca delle Marche, Banca dell’Etruria e  
Initialement, la valeur comptable brute (Gross book value –  
GBV) d’une créance est calculée en actualisant la somme des  
flux de trésorerie futurs anticipés (CT) par le taux d’intérêt  
t
effectif initial (i) sur la durée de vie du prêt (t=1,…, T).  
Conformément à la méthode du coût amorti définie par la norme  
IAS 39 (qui sera remplacée par la norme IFRS 9 en janvier  
4
del Lazio ou encore Monte dei Paschi di Siena et UniCredit ont  
vendu, ou sont en passe de le faire, tout ou partie de leur  
portefeuille de créances douteuses. Ces cessions peuvent être  
volontaires, encouragées par la discipline de marché, voire  
constituer une contrepartie obligatoire des plans de sauvetage  
2018), elle se formule ainsi :  
5
Cette partie s’inspire très librement de Ciavoliello et Al. (2016) ainsi que des lignes  
directrices pour les banques en ce qui concerne les prêts non performants (2017).  
economic-research.bnpparibas.com  
Thomas Humblot  
8 juin 2017  
2
et délai de recouvrement) sont supposées être les mêmes pour  
tous. Cela revient à poser implicitement l’hypothèse qu’aucun  
investisseur n’a la capacité d’obtenir, par ses propres moyens,  
une rentabilité supérieure à celle de la banque. Si les fonds  
d’investissements spécialisés ou les sociétés de recouvrement  
devaient mettre en œuvre des actions leur permettant d’obtenir  
un taux de recouvrement supérieur à celui de la banque, alors  
cela augmenterait la valeur qu’ils accordent aux créances  
douteuses. Enfin, aucune des parties n’est supposée dotée d’un  
pouvoir de négociation qui lui permettrait d’influencer le prix en  
sa faveur (i.e. pas de price maker). Ces hypothèses sont, en  
moyenne, relativement proches de la réalité en Italie (cf. infra).  
CTt  
GBV = ∑ [  
t] (1)  
t
(
1 + i)  
tꢁꢂ  
En cas de dégradation de la qualité de la créance, les flux de  
trésorerie futurs anticipés sont réévalués en tenant compte de la  
possible réalisation des garanties et du coût qui y serait associé  
(
frais d’entretien ou de saisie, par exemple). Le cas échéant, la  
chronique des flux futurs peut être également décalée dans le  
temps. Seul le taux d’intérêt effectif n’est pas modifié. Ces  
changements aboutissent au calcul de la valeur comptable nette  
d’une créance (Net book value NBV) :  
ꢀ′  
CTt′  
Par souci de simplification, les créances irrécouvrables ne  
donnent lieu à aucun flux de remboursement avant la réalisation  
NBV = ∑ ꢃ  
tꢄ (2)  
t
(
1 + i)  
tꢁꢂ  
t
des garanties. Les flux de trésorerie futurs anticipés (CT) se  
La différence entre l’encours brut et l’encours net correspond au  
montant de la perte anticipée par la banque. Elle est donc  
couverte par un montant équivalent de dotations aux provisions.  
résument donc à un seul et unique flux, récupéré en intégralité à  
l’échéance de la période de recouvrement. Il intègre la  
réalisation des garanties diminuée des frais d’entretien et de  
liquidation, supposés être les mêmes pour tous les créanciers.  
Carpinelli et Al. (2016) estiment ce chiffre à 41% de la GBV, en  
moyenne, entre 2011 et 2014 en Italie, toutes procédures  
confondues (liquidation, restructuration, etc.). Ce chiffre étant  
sensible à la conjoncture, un flux égal à 47% de la GBV est  
plutôt retenu à l’instar de Ciavoliello et Al. (2016). Cette  
proportion est plus proche du taux de recouvrement observé  
dans un contexte économique moins défavorable en Italie (celui  
de 2011) et rend les résultats obtenus plus aisément  
généralisables. A titre de comparaison, Deloitte (2017) estime  
que le taux de recouvrement brut des créances douteuses en  
La valeur comptable nette d’une créance douteuse peut  
toutefois différer substantiellement du prix proposé par des  
investisseurs potentiels. Si ces derniers effectuent un calcul  
selon la même méthode d’actualisation des flux de revenus  
futurs, ils ne disposent pas nécessairement du même degré  
d’information sur la créance et le débiteur que la banque  
originatrice. Afin de couvrir cette prise de risque, les  
investisseurs potentiels substituent un taux de rendement  
interne (TRI) supérieur au taux d’intérêt effectif. Ils vont  
également inclure leurs coûts indirects liés à la gestion des  
créances douteuses comme les frais d’infrastructure, de  
personnel ou les commissions. Les investisseurs potentiels  
déduisent ces coûts du prix auquel ils rachètent les créances  
douteuses, à la différence des banques qui sont tenues de  
comptabiliser ces coûts chaque année. Les investisseurs  
potentiels procèdent donc à un équivalent du calcul suivant :  
2015 était de 90% en Slovénie, de 70% en République tchèque  
ou encore de 47% dans les pays baltes. Moody’s (2013) estime  
que le taux de recouvrement ultime s’établit autour de 80% dans  
les pays de l’OCDE. Le montant recouvré en Italie est donc très  
en deçà de celui observé dans des économies comparables.  
Par hypothèse, le temps résiduel nécessaire à la collecte du flux  
de trésorerie, supposé unique, est fixé à 4,2 années. Cela  
correspond au délai moyen observé par le ministère de la  
Justice italien en cas de saisie immobilière (Quaestio, 2016). Il  
est néanmoins susceptible de se réduire à la faveur de la mise  
en œuvre de la réforme du droit des faillites depuis 2015 (en  
Italie). En effet, la lenteur des procédures liées à la gestion des  
créances douteuses est souvent présentée par les tenants d’une  
réforme du droit des faillites comme l’une des principales causes  
de leur accumulation en Italie (Garrido et Al., 2016 ; Jobst &  
Weber, 2016).  
CTt′  
Valeur NPL = ∑ ꢃ  
tꢄ − Frais eꢅ commissions (3)  
t
(
1 + TRI)  
tꢁꢂ  
D’importants écarts de valorisation  
Les applications numériques qui suivent permettent d’estimer la  
valeur d’un portefeuille théorique de créances douteuses  
italiennes. Nous supposons qu’il s’agit de prêts irrécouvrables  
sofferenze) dont la valeur comptable brute est de 100. Les  
prêts sont jugés irrécouvrables par la banque dès lors que  
6
(
l’emprunteur est insolvable ou dans une situation sensiblement  
7
équivalente .  
Le taux d’intérêt effectif initial est fixé à 3,1% conformément à  
celui observé, en moyenne, en 2016 pour les prêts bancaires  
accordés au secteur privé non financier (SPNF ) en Italie. Il  
Afin de mettre en exergue l’effet des écarts entre les paramètres  
propres aux banques et ceux des investisseurs, les estimations  
des caractéristiques des créances douteuses (flux de trésorerie  
8
s’agit du taux le plus faible constaté depuis décembre 2011 où il  
culminait alors à 4,5%. Le reste de la zone euro a connu la  
même tendance baissière depuis lors. Le taux d’intérêt des prêts  
bancaires au SPNF s’y établissait, en moyenne, à 2,8% en 2016.  
La prime de risque s’explique entre autres par le niveau de  
l’endettement public (133% du PIB en 2016) mais également  
6
Tels que définis par la mise à jour en mars 2015 de la circulaire 272 du 30 juillet  
2
008 « Matrice des comptes » conformément au « règlement d’exécution de la  
Commission Européenne n° 680/2014 définissant des normes techniques d’exécution  
en ce qui concerne l’information prudentielle à fournir par les établissements » et au «  
règlement d’exécution de la Commission Européenne n°1423/2013 définissant des  
normes techniques d’exécution relatives aux obligations d’information sur les fonds  
propres applicables aux établissements ».  
7
8
Cf. la mise à jour de la circulaire 272 du 30 juillet 2008 « Matrice des comptes »  
Source : BCE  
economic-research.bnpparibas.com  
Thomas Humblot  
8 juin 2017  
3
bank » paneuropéenne imaginée par l’ABE (cf. encadré 2) à  
acheter les créances douteuses bancaires à un prix plus élevé  
que le marché.  
Encadré 2  
La « bad bank » paneuropéenne  
Le taux de rendement interne de l’AMC est fixé à 6% et à 17%  
pour le reste du marché. Ces taux correspondent  
respectivement à l’objectif du fonds Atlante et au TRI médian  
brut des commissions observé pour ce type d’investissement  
(Quaestio, 2016). Selon la direction du fonds, les mesures  
gouvernementales qui visent à augmenter la valeur des  
créances douteuses permettent de justifier cet écart de 1 pour 3  
Andrea Enria (président de l’Autorité bancaire européenne) a présenté fin  
janvier 2017 les contours d’une société de gestion d’actifs paneuropéenne  
spécialisée dans les créances douteuses. L’objectif serait de racheter 200 à  
1
250 milliards d’euros de créances douteuses bancaires grâce à des fonds  
publics et privés. Les pertes ne seraient pas supportées par l’entité ni  
mutualisées entre les pays membres de l’UE grâce à une clause de  
récupération (clawback) : si l’AMC devait revendre une créance douteuse  
au marché à un prix inférieur à celui auquel elle l’aurait achetée à la  
banque, alors les pertes subies devraient être supportées par cette  
dernière. Dans l’hypothèse où la banque n’aurait pas la capacité à absorber  
la perte, l’Etat membre dans lequel son siège est établi aurait la  
responsabilité de procéder à sa recapitalisation préventive, sous réserve  
qu’elle y soit éligible. Cette perte viendrait s’ajouter à la décote appliquée à  
l’actif détérioré lors de sa vente à l’AMC.  
(Quaestio, 2016). L’objectif de 6% peut cependant apparaître  
faible au regard du risque encouru. A titre de comparaison, le  
rendement des obligations d’entreprises américaines notées  
CCC ou moins était de 12% au 30 septembre 2016 (indice Bank  
of America Merrill Lynch).  
Les frais et commissions sont fixés à 7% du montant brut de la  
créance pour l’AMC et à 8% pour le reste du marché comme  
estimés par le fonds Atlante. Ces frais sont très légèrement  
supérieurs aux 6% proposés pour l’ensemble des investisseurs  
par Ciavoliello et Al. (2016). L’utilisation de l’une ou l’autre de  
ces valeurs n’influence que peu les résultats.  
Les expériences irlandaise de la National Asset Management Agency  
(NAMA) en 2009 et espagnole de la Sociedad de Gestión de Activos  
procedentes de la Reestructuración Bancaria (Sareb) en 2012 tendent à  
démontrer la compatibilité de l’opération avec les règles relatives aux aides  
d’Etat de l’UE (mais pas nécessairement avec celles de la directive relative  
au redressement et à la résolution des banques (BRRD) qui a  
considérablement durci les conditions d’intervention de l’Etat). En effet, le  
transfert des créances douteuses se ferait à leur « vraie valeur  
économique ». Ce prix correspond à la somme des flux de trésorerie  
anticipés actualisés par le taux d’intérêt sans risque plus une prime de  
risque (Medina Cas et Peresa, 2016).  
Selon l’ABE, le recours à une AMC réduirait l’asymétrie d’information entre  
les banques et les investisseurs potentiels car cette entité dédiée aurait une  
meilleure connaissance des créances douteuses et un accès à une  
information de meilleure qualité sur le débiteur ou les caractéristiques du  
collatéral. Le prix auquel le marché serait disposé à acquérir les créances  
douteuses serait donc plus proche de celui auquel les banques  
souhaiteraient les céder (bid/ask gap). De plus, si cette entité spécialisée  
titrisait les créances douteuses pour les revendre, les risques seraient  
théoriquement diversifiés.  
 Valorisations des créances douteuses  
Avant les réformes  
Reste  
Après les réformes  
Reste  
du  
du  
Banque  
AMC  
marché Banque  
AMC  
marché  
Valeur comptable brute  
a)*  
(
100  
100  
Valeur du flux de  
trésorerie collecté à  
l'échéance (b)  
47  
55  
Temps résiduel  
nécessaire à la collecte  
du flux de trésorerie  
(en années) (c)  
Toutefois, avant de voir une telle entité créée, de nombreux points doivent  
4,2  
3,2  
2
Taux d'intérêt effectif  
être précisés, dont son mode de financement et de gouvernance .  
(
d)  
3,1%  
3.1%  
Taux de rendement  
interne de  
l'investisseur (e)  
Taux des frais et  
commissions (f)  
1
Enria, A. (2017), The EU banking sector  risks and recovery  A single market  
perspective, European Banking Authority.  
6%  
7%  
17%  
8%  
6%  
7%  
15%  
8%  
2
Regling, K. (2017), Euro area stability and financial integration, Speech at ESM  
Seminar, 30 January 2017.  
Valeur actualisée du  
flux de trésorerie  
par une conjoncture domestique toujours fragile par rapport aux  
autres économies de la zone euro.  
(
g=b/(1+d)^c ou  
g=b/(1+e)^c)  
41,4  
36,8  
24,4  
49.9  
45.7  
35.3  
Au regard de ces paramètres, la valeur actualisée du portefeuille  
de créances douteuses est estimé à 41% de leur encours brut  
Frais et commissions  
(h=f*b)  
Valeur des créances  
douteuses (i=g-h)  
Dotations aux  
3,3  
3,8  
3.9  
4.4  
(cf. tableau 1). La proportion de provisions à constituer s’élève  
41,4  
33,6  
66,4  
20,6  
79,4  
49.9  
41.9  
58.1  
30.9  
69.1  
donc à 59% pour la banque originatrice. Ces proportions  
correspondent à celles observées récemment en Italie pour les  
prêts irrécouvrables (cf. Ciavoliello et Al., 2016).  
provisions (j=a-i)  
58,6  
50.1  
*
: Par hypothèse, aucune dotation aux provisions n’est encore réalisée à ce stade.  
Par hypothèse, les investisseurs potentiels sont répartis entre  
une société de gestion d’actifs (Asset Management Company –  
AMC) spécialisée dans les créances douteuses et « le reste du  
marché ». Cette distinction sert à mettre en lumière les raisons  
Tableau 1  
Sources : Ciavoliello et Al., 2016, Quaestio Capital  
Management, 2016, BNP Paribas  
La valorisation des créances douteuses par l’AMC s’élève ainsi  
à 34% de leur encours brut et à 21% pour le reste du marché.  
Le montant qui serait proposé par l’AMC est ainsi voisin des  
9
qui poussent le fonds privé Atlante ou l’hypothétique « bad  
3
3% effectivement offerts par le fonds Atlante pour une partie du  
9
Placé sous l’égide de Quaestio Capital Management, le fonds Atlante a vocation à  
portefeuille de créances douteuses de Monte dei Paschi di  
participer à la recapitalisation des banques ainsi qu’au rachat de leurs créances  
douteuses.  
economic-research.bnpparibas.com  
Thomas Humblot  
8 juin 2017  
4
1
0
Siena fin 2016 . Cela correspond également aux 32% payés  
par le fonds le 10 mai 2017 pour des créances douteuses de  
Nuova Banca delle Marche, Nuova Banca Etruria e del Lazio et  
Nuova Cassa di Risparmio di Chieti (ce qui doit permettre leur  
rachat par UBI Banca). Le fonds valorise également un  
portefeuille théorique à 34% de sa valeur comptable brute dans  
son document de présentation (Quaestio, 2016). Ce montant est  
toutefois inférieur aux 40% auxquels Andrea Enria estime la  
nécessaire à la collecte des flux, limitée à une seule année, est  
posée.  
Si les réformes devaient être crédibles aux yeux du marché, ou  
mieux, produire leurs effets, le rendement exigé pourrait être  
réduit en écho à la baisse du risque perçu. Le TRI du reste du  
marché est ainsi, modestement, ramené à 15%. En revanche,  
celui de l’AMC n’est pas modifié car il intègre déjà les effets  
potentiels des réformes.  
«
vraie valeur économique » des créances douteuses, mais à  
l’échelle de l’Union européenne . Pour le reste du marché, les  
1% estimés ici sont comparables à l’estimation consensuelle  
de 20%. Cette dernière repose sur le montant payé lors du  
sauvetage de quatre banques italiennes en novembre 2015 (cf.  
Vercellone, 2016, par exemple).  
11  
Sous réserve de la pertinence des différentes hypothèses que  
nous avons formulées, la mise en œuvre des réformes pourrait  
augmenter le montant recouvré par la banque de 9 points de  
pourcentage (p.p.). Incidemment, les provisions seraient  
ramenées de 59% à 50% de l’encours brut de la créance. Les  
investisseurs potentiels pourraient quant à eux proposer un prix  
supérieur : +8 p.p. pour l’AMC et +10 p.p. pour le reste du  
marché. En cas de rachat du portefeuille de créances douteuses  
par la société de gestion d’actifs spécialisée, les besoins en  
provisions de la banque seraient équivalents à ceux qui  
prévaudraient si elle conservait le portefeuille en l’absence de  
réformes, soit 58%.  
2
Au final, nos résultats offrent une illustration proche de la  
situation qui pourrait être observée en Italie. L’écart entre le  
montant comptabilisé par la banque et le prix qu’en  
proposeraient l’AMC ou le reste du marché s’explique, pour  
l’essentiel, par la substitution du taux de rendement interne de  
l’investisseur au taux d’intérêt effectif du contrat de prêt.  
Une valorisation susceptible de s’améliorer  
Au-delà du nettoyage accéléré des bilans bancaires, une  
meilleure valorisation des créances douteuses serait de nature à  
relâcher la contrainte qu’elles exercent sur la solvabilité des  
banques italiennes. En effet, dans l’hypothèse où les dotations  
aux provisions deviendraient insuffisantes et où la rentabilité  
serait trop faible pour en constituer davantage, les fonds propres  
s’éroderaient à mesure qu’ils couvriraient la partie non anticipée  
des pertes enregistrées lors de l’effacement ou de la cession  
des créances douteuses.  
La valeur associée aux créances douteuses italiennes pourrait  
augmenter à la faveur d’un ensemble de réformes initiées par le  
gouvernement de Matteo Renzi. Celles-ci touchent au droit des  
faillites (essentiellement les lois No. 132/2015 et No. 119/2016)  
et instaurent un mécanisme de garantie gouvernementale sur  
les tranches seniors des créances douteuses titrisées (Garanzia  
Cartolarizzazione Sofferenze  
GACS). L’objectif est,  
notamment, d’augmenter le taux de recouvrement des créances  
douteuses et d’en faciliter la cession (Marcucci et Al., 2015 ;  
Brodi et Al., 2016). Les effets potentiels de ces réformes sur la  
valorisation des créances douteuses sont présentés dans un  
second jeu d’hypothèses.  
La nécessaire poursuite des réformes  
Au regard de ces éléments, la poursuite des efforts visant à  
améliorer la valeur des créances douteuses apparaît salutaire.  
Le retour à la stabilité du secteur bancaire italien semble devoir  
passer par un apurement des bilans comme le requiert la BCE.  
Celui-ci se fera d’autant plus facilement que les réformes seront  
crédibles aux yeux des investisseurs et que les banques seront  
incitées à se séparer de leurs créances douteuses. Le secteur  
bancaire et l’économie italienne dans son ensemble pourraient  
bénéficier de ce processus.  
Afin d’illustrer un scénario dans lequel les réformes portent leurs  
fruits, le flux de trésorerie est réestimé à 55% de l’encours brut  
de la créance. Cela correspondrait à un alignement du coût du  
recouvrement (frais d’entretien ou de saisie par exemple) des  
créances douteuses en Italie (23% du montant de la créance)  
sur celui observé en moyenne en Allemagne, en France, en  
1
2
Grèce et au Portugal (15%) . Le délai de recouvrement est  
réduit d’une année à 3,2 ans grâce à l’accélération des  
procédures de liquidation d’entreprises. Marcucci et Al. (2015)  
estiment que la durée totale des procédures liées aux  
défaillances d’entreprises pourrait être ramenée de 6 à 3 ans  
dans le scénario le plus favorable. Au regard des rigidités et du  
temps nécessaire  
l’environnement économique à ces réformes, cette réduction de  
ans peut paraître optimiste, ce dont les auteurs conviennent.  
Aussi, l’hypothèse, prudente, d’une réduction du temps  
à
l’adaptation de l’ensemble de  
3
1
Andrea Enria, EBA wants Europe-wide bad bank to fix NPLs, Euromoney, 23 mars  
017  
1
2
1
2
Source : World Bank’s Doing Business 2016  
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Thomas Humblot  
8 juin 2017  
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economic-research.bnpparibas.com  
Thomas Humblot  
8 juin 2017  
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