Perspectives

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France  
Sur la voie d’une lente accélération  
L’accélération attendue de la croissance en 2016 n’a pas été au rendez-vous : les espoirs se reportent sur 2017. 2016 s’est tout de  
même terminé sur un chiffre de croissance robuste qui permet à 2017 de bien démarrer. Les enquêtes de confiance sont par ailleurs  
bien orientées au premier trimestre mais ce signal positif est contrebalancé par des données mensuelles d’activité médiocres. Le  
tableau général est celui d’une croissance française un peu plus solide, à la faveur notamment de l’amélioration du marché du travail.  
Mais la croissance attendue en 2017 ne serait pas beaucoup plus élevée qu’en 2016 (1,3% en moyenne annuelle après 1,1%), freinée  
dans son accélération par la remontée de l’inflation.  
Un bon début d’année ?  
1- Synthèse des prévisions  
La présomption d’un bon chiffre de croissance au premier trimestre  
017, similaire à celui du quatrième trimestre 2016 (soit 0,4% en  
rythme trimestriel) est sur la sellette : elle reste étayée par les  
résultats favorables des données d’enquêtes mais pas par les  
données mensuelles d’activité, médiocres.  
Variations annuelles, %  
PIB  
2016 e 2017 e 2018 e  
2
G
P
G
E
1,1  
1,8  
2,8  
1,2  
1,3  
1,4  
2,5  
3,4  
1,5  
1,6  
2,7  
3,9  
Consommation privée  
Investissement  
Exportations  
S’agissant des enquêtes (disponibles jusqu’en mars), l’indicateur  
synthétique du climat des affaires de l’INSEE atteint en effet 104 en  
moyenne sur le premier trimestre. Il se situe ainsi nettement au-  
dessus de 100, sa moyenne de référence (elle-même compatible  
avec un taux de croissance trimestriel de l’ordre de 0,3-0,4%). De  
plus, il dépasse, légèrement, son niveau moyen du quatrième  
trimestre 2016 (103), signalant même une possible accélération de  
la croissance. Le signal envoyé par les indices PMI est plus positif  
encore.  
Indice des prix à la consommation (IPCH)  
Taux de chômage (%)  
H
U
C
G
G
0,3  
10,0  
-0,9  
-3,4  
96,0  
1,6  
9,7  
1,0  
9,4  
Balance courante (% PIB)  
-0,9  
-3,0  
96,1  
-1,1  
-2,7  
95,1  
Solde des Adm. Publiques (% PIB)  
Dette publique (% PIB)  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Moins de chômage, mais encore trop  
Taux de chômage, en % de la population active  
Mais les données mensuelles d’activité disponibles pour janvier et  
février viennent ternir le tableau. Les dépenses de consommation  
des ménages en biens (énergie plus produits manufacturés) portent  
la trace des à-coups subis par les dépenses d’énergie, occasionnés  
par les fortes variations de températures : le mois de janvier a, en  
effet, été le plus froid depuis 2010 et février le plus chaud depuis  
France Zone euro  
13  
12  
11  
13  
12  
11  
10  
9
2
007. Mais la hausse puis la baisse de la consommation totale de  
biens masquent une évolution en sens inverse des achats de  
produits manufacturés. Les conditions climatiques ont impacté de la  
même manière la production d’énergie (à la hausse en janvier, à la  
baisse en février) mais la production industrielle a reculé les deux  
mois, tirée à la baisse par la production manufacturière. Les  
données mensuelles du commerce extérieur sont également  
contrastées : les exportations portent la trace des à-coups sur les  
livraisons d’airbus, les importations celles d’un approvisionnement  
exceptionnel, en janvier, de produits pharmaceutiques en  
provenance d’Autriche.  
10  
9
8
8
7
7
1
995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017  
Source : Eurostat  
Ces résultats médiocres côté activité pèsent plus lourd dans la  
balance que ceux, favorables, des enquêtes et font peser un risque  
baissier sur notre prévision de croissance de 0,4% t/t au premier  
trimestre. Sur la base des données d’activité, notre modèle nowcast  
estime à 0,2% t/t la croissance au premier trimestre contre 0,5% t/t  
sur la base des données d’enquêtes. A titre de comparaison, l’INSEE  
table sur 0,3% t/t ainsi que la Banque de France, qui a abaissé sa  
prévision de 0,1 point lors de son actualisation en mars.  
cette prévision optimiste. Du côté des exportations, le risque de  
mauvaise surprise est grand mais il pourrait être contrebalancé par  
des importations également moins élevées que prévu. Du côté de  
l’investissement, un risque à la baisse existe sur celui des ménages  
(dû au froid en janvier), tandis que l’investissement des entreprises  
pourrait surprendre favorablement (dans un dernier sursaut avant  
l’expiration, en avril, de la mesure de suramortissement). Enfin,  
notre prévision de croissance est tirée vers le bas par une  
contribution négative des variations de stocks, en ligne avec les  
mauvais chiffres de production, contribution négative qui pèse sur  
l’ensemble de l’année 2017.  
Au niveau des composantes de la croissance, notre prévision  
intègre bien une consommation des ménages moins dynamique  
qu’au trimestre précédent. Mais les données mensuelles de  
dépenses en biens, sans la remettre totalement en cause, rendent  
economic-research.bnpparibas.com  
France  
2ème trimestre 2017  
10  
3
Une croissance un peu plus solide…  
moyenne par an depuis 2014 ) se réduirait à 0,3 point en 2017 et  
,1 point en 2018 (croissance attendue à 1,6% les deux années,  
0
Le tableau général brossé dans nos prévisions est celui d’une  
croissance un peu plus solide même si elle n’est pas beaucoup plus  
élevée. Cette plus grande solidité tient notamment à l’amélioration  
du marché du travail observée depuis la mi-2015 du côté de l’emploi,  
et depuis la fin 2015 s’agissant du chômage. Cette amélioration est  
progressive mais elle est bel et bien enclenchée et contribue à  
mettre l’économie sur les rails d’une croissance auto-entretenue.  
après 1,7% en 2016). Les risques autour de ce scénario sont  
équilibrés, voire légèrement à la hausse.  
La contreperformance de la croissance française en 2016 est, pour  
partie, due à une série d’à-coups sur l’activité et de chocs ponctuels  
négatifs, qui ont ôté quelques dixièmes de points de pourcentage  
4
(via notamment leur impact sur les exportations) , susceptibles  
d’être rattrapés en 2017. Si la croissance attendue est encore peu  
élevée cette année, la raison est à chercher du côté de l’évolution  
disparate de ses différentes composantes. Une nette décélération  
de la consommation des ménages est, en effet, anticipée, dans le  
sillage des moindres gains de pouvoir d’achat, érodés par la  
remontée de l’inflation, elle-même entraînée par les prix du pétrole.  
Le ralentissement en moyenne annuelle de l’investissement des  
entreprises porte la trace de son profil trimestriel heurté dû à  
l’expiration du dispositif de suramortissement, mais il masque une  
accélération au fil de l’année. La reprise de l’investissement des  
ménages devrait se poursuivre et s’amplifier, apportant une  
contribution positive de 0,2 point à la croissance. Enfin, après une  
piètre année 2016, les exportations devraient rebondir sur un  
rythme en ligne avec la demande mondiale adressée à la France  
Quels en sont les signes ? En termes de créations d’emplois, le  
bilan 2016 est très positif : +167k emplois salariés marchands non  
agricoles en moyenne sur l’année, +192k sur un an. Ces chiffres  
marquent un net mieux par rapport à 2015 (+24k créations nettes  
en moyenne annuelle, +99k sur un an). Le rythme de créations  
nettes d’emplois atteint en 2016 est en fait le plus élevé depuis  
2007. Ces créations sont portées par le secteur des services (+159k  
en 2016 après +86k en 2015) et l’intérim (+53k et +29k,  
respectivement). Si l’on fait la distinction, au sein des services  
(
intérim compris), entre les secteurs pourvoyeurs d’emplois peu  
qualifiés et ceux pourvoyeurs d’emplois qualifiés, c’est dans ces  
derniers que les créations ont été les plus importantes, en 2016  
1
comme en 2015 . L’industrie et la construction restent dans le rouge  
mais les destructions nettes d’emplois ont diminué (-29k après -37k  
dans l’industrie et -15k après -45k dans la construction).  
(
estimée à 3,4%), elle-même soutenue par un environnement  
extérieur plus porteur.  
L’emploi progresse et le chômage recule : -3,1% sur un an en  
février ; -29k sur l’ensemble de 2016 par rapport à 2015 pour le  
nombre des demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A à Pôle  
emploi (première baisse depuis 2008). En revanche, la courbe n’est  
pas encore inversée pour les catégories B et C qui comptabilisent  
Dans ce scénario, l’écart de production, négatif en 2016 à hauteur  
d’un peu plus de 1 point d’après les estimations de la Commission  
européenne, se réduirait peu à l’horizon de la prévision. Le taux de  
chômage a amorcé un mouvement de baisse mais la dynamique  
des salaires reste contrainte par la lenteur de ce mouvement et le  
niveau encore élevé du chômage. Le redressement de l’inflation  
sous-jacente devrait donc être lent. A tel point que l’inflation sous-  
jacente française resterait inférieure à 1% en moyenne annuelle et  
en deçà de celle de la zone euro (où les déterminants de l’inflation,  
au niveau agrégé, sont un peu mieux orientés). La France en tirerait  
un léger avantage de compétitivité.  
2
les demandeurs d’emplois en activité réduite . Quant au taux de  
chômage, tel que mesuré par l’INSEE au sens du BIT, il s’établit à  
10% de la population active au quatrième trimestre 2016 (9,7% pour  
la France métropolitaine), en baisse de 0,2 point sur un an. En  
moyenne sur 2016, il atteint 10,1% et recule de 0,3 point par rapport  
à 2015, soit sa baisse la plus importante depuis 2008. Mais cette  
baisse s’est enclenchée plus tardivement que dans la zone euro (où  
elle est amorcée depuis 2013) et plus lentement (un demi-point de  
moins par rapport au pic du troisième trimestre 2015 contre un point  
de moins pour la zone euro). Le taux de chômage français n’est  
ainsi pas encore passé sous la barre des 10%, contrairement à  
celui de la zone euro (9,5% en février 2017, cf. graphique).  
L’issue du scrutin présidentiel le 7 mai prochain est incertaine.  
Quelle qu’elle soit, elle changera la donne mais l’on ne sait pas  
dans quel sens ni dans quelle ampleur. Notre scénario est donc à  
politique inchangée, dans tous les sens du terme et en particulier en  
matière budgétaire. La croissance reste donc bridée par  
l’ajustement structurel en cours (que nous évaluons à 0,25 point,  
soit moitié moins que l’estimation du gouvernement). D’après nos  
prévisions, le déficit budgétaire reviendrait tout juste à 3% du PIB en  
mais pas beaucoup plus élevée  
Nos prévisions de croissance sont inchangées par rapport à celles  
de janvier. Une accélération modérée est anticipée : après 1,1% en  
2
017 (contre 2,8% d’après la nouvelle prévision du gouvernement  
pour le programme de stabilité d’avril 2017, soit 0,1 point de plus  
que dans la loi de finances 2017, pour une prévision de croissance  
inchangée à 1,5%).  
2016 en moyenne annuelle, la croissance française s’élèverait à  
1,3% en 2017 puis à 1,5% en 2018. Notre prévision pour 2017 est  
identique à celle du consensus d’avril et 0,1 point au-dessus pour  
2018. L’écart avec la zone euro (négatif à hauteur de 0,6 point en  
1
Groupe « peu qualifiés » : commerce, transports & entreposage, hébergement &  
3
restauration, services aux ménages (+73k en 2016, +37k en 2015). Groupe  
qualifiés » : information & communication, activités financières et d’assurance,  
Pour mémoire, il était positif à hauteur de 0,2 point en moyenne par an de 1995 à  
«
2013.  
activités immobilières, services aux entreprises (+138k en 2016, +77k en 2015).  
4Douceur de lhiver 2015-2016, Euro 2016 (10 juin-10 juillet), grèves et blocages de  
2
Mais ces statistiques posent une difficulté d’interprétation : comment distinguer le  
raffineries (mai-juin), secteur céréalier impacté par les intempéries du printemps,  
secteur touristique par les attentats de novembre 2015 et juillet 2016, secteur  
aéronautique par des problèmes d’approvisionnement, exportation délectricité  
réduite en fin d’année par les fermetures de tranches pour maintenance.  
«
bon » cumul activité réduite/chômage (première étape avant d’entrer durablement  
sur le marché du travail) du « mauvais » (enfermement subi dans la précarité ou  
calcul pour bénéficier des règles d’indemnisation) ?  
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France  
2ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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