Conjoncture

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Conjoncture // Juillet août 2017  
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De retour depuis 2013, la croissance reste limitée à 1%. Ce manque de vigueur, pour partie conjoncturel, a aussi des racines  
structurelles, telles que la faiblesse du taux d’activité et des gains de productivité. Mais leurs marges de progression laissent entrevoir  
des réserves importantes de croissance facilement mobilisables, pourvu que les bonnes réformes soient mises en œuvre. La faiblesse  
de la croissance est aussi liée à celle de la compétitivité dont le redressement est en bonne voie, notamment au travers de la remontée  
du taux de marge des entreprises. Mais des problèmes persistent, dont le coût élevé des intrants non salariaux et une compétitivité hors-  
prix insatisfaisante. La formation, l’innovation, la mobilité sont des leviers efficaces sur lesquels le nouveau gouvernement compte  
mettre l’accent, en plus de la poursuite de la politique d’allègement du coût du travail, en particulier, et de la fiscalité, en général.  
Mal en point il y a cinq ans, l’économie française apparaît en 2017 en a connu son acmé de la fin 2011 à la mi-2012 avant que les  
meilleure forme. Elle a amorcé un lent redressement depuis début 2013, interventions répétées de l’Europe et de la BCE ne parviennent à faire  
qui va au-delà du mieux conjoncturel et du simple retour de la refluer le stress sur les marchés obligataires. Cette deuxième crise est  
croissance, encore peu élevée au demeurant. Les trois grands venue interrompre la reprise qui s’était engagée en 2010, au sortir de la  
chantiers de l’économie (compétitivité, comptes publics et marché du récession.  
travail) ont avancé, à des degrés divers toutefois, ce qui les laisse plus  
ou moins loin d’être achevés (cf. tableau 1). Une amélioration de fond  
se dessine mais par petites touches : elle a été amorcée mais elle reste  
à confirmer et à amplifier.  
Tableau 1 : Chemin parcouru par l’économie française entre 2012  
et 2016 en quelques indicateurs  
2012 2013  
2014 2015 2016 2017(P) tendance  
Croissance, moyenne  
annuelle (cjo)  
0
,2% 0,6%  
1,0% 1,0% 1,1% 1,6%  
Dans la suite de cet article, nous revenons plus en détail sur les  
problématiques de croissance et de compétitivité. Il s’agit de faire un  
état des lieux de la dynamique à l’œuvre, des progrès accomplis et des  
problèmes persistants, à l’occasion de la nouvelle mandature qui  
s’ouvre sous la présidence d’Emmanuel Macron, comme nous l’avions  
Ecart de production, %  
du PIB potentiel  
-1,1% -1,4% -1,7% -1,4% -1,3% -0,8%  
Taux de chômage, % de  
la population active  
9
,8% 10,3% 10,3% 10,4%10,1% 9,6%  
64% 64% 64,2% 64,3%64,7%  
4,8% -4,0% -3,9% -3,6% -3,4% -3,0%  
Taux d’emploi, % de la  
population en âge de  
travailler  
1
fait en mai 2012 au moment de l’élection de François Hollande , avec  
l’idée de répondre plus précisément aux deux questions suivantes :  
pourquoi la croissance n’est-elle pas plus élevée (première partie) et  
que faut-il faire pour redresser plus visiblement la  
compétitivité (deuxième partie) ?  
Déficit budgétaire, % du  
PIB  
-
Ratio de dette  
publique, % du PIB  
89,5% 92,3% 94,9% 95,6%96,3% 96,3%  
Déficit commercial, %  
du PIB  
-3,2% -3,0% -2,7% -2,0% -2,2% -2,5%  
Déficit sur les échanges  
de produits  
-1,8% -1,7% -1,8% -1,7% -2,0%  
manufacturés, % du PIB  
Déficit courant, % du  
PIB  
Commençons par revenir en arrière pour expliquer l’intitulé de cette  
partie, « la France à l’épreuve de la reprise ». C’est, tout d’abord, une  
formule en écho aux cinq années précédentes, de 2007 à 2011, au  
cours desquelles la France a été « à l’épreuve de la crise ». Au cours  
de cette période, l’économie française a, en effet, fait face à deux crises  
majeures : d’abord la crise financière de 2008, qui a entraîné une  
-1,2% -0,9% -1,3% -0,4% -0,9% -1,2%  
Parts de marché à  
l’export  
Part de l’industrie dans  
la valeur ajoutée brute 13,8% 13,9% 13,9% 14,2%14,1%  
(VAB)  
3,5% 3,6%  
3,6% 3,6% 3,6%  
2
récession marquée en 2009 ; ensuite, la crise des dettes souveraines  
européennes, dont les tous premiers signes datent de la fin 2009 et qui  
Coûts salariaux  
unitaires, variation en  
moyenne annuelle  
Taux de marge des  
SNF, % de la VAB  
2,3% 1,2%  
0,9% 0,1% 0,5%  
30,2% 29,9% 30,4% 31,9%31,9% 31,6%  
1
2
Les grands chantiers de l’économie française, Conjoncture n°9, mai 2012  
Pour parler de cette période, le terme de Grande Récession a été rapidement employé,  
Sources : INSEE, Douanes, Banque de France, Commission européenne, Eurostat,  
OCDE, BNP Paribas  
en référence à la Grande Dépression des années 1930 et compte tenu de ses  
ressemblances.  
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Conjoncture // Juillet août 2017  
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Quand François Hollande succède à Nicolas Sarkozy en mai 2012, vis budgétaire en 2012 : d’après les chiffres de la Commission  
l’économie est donc vacillante : la crise des dettes souveraines n’est européenne, il a, en effet, été à peu près deux fois moins important  
pas terminée et ses effets sur la croissance sont visibles depuis cette année-là en France qu’au niveau agrégé de la zone euro  
quelques temps déjà mais sans que l’on puisse bien encore en mesurer (amélioration du déficit structurel de 0,8 et 1,5 point, respectivement, cf.  
l’ampleur et la durée, faute de recul. Aujourd’hui, on dispose de ce recul graphique 3). S’il a été réparti différemment dans le temps, on retiendra  
et l’on sait que la France a connu une panne de croissance du toutefois que, sur l’ensemble de la période de consolidation budgétaire  
deuxième trimestre 2011 au premier trimestre 2013. Cette date marque 2011-2016, l’effort total est similaire, de l’ordre de 3 points de réduction  
alors le début d’un nouveau cycle, d’une reprise encore en cours et qui du déficit structurel. En revanche, en termes de réduction du déficit  
est donc entrée dans sa cinquième année, après le faux départ de structurel primaire, l’effort est un peu moins important côté français (2,9  
2
010-2011.  
points contre 3,5 points pour la zone euro dans son ensemble).  
Ce titre, « la France à l’épreuve de la reprise », fait aussi directement De manière concomitante, et avec un lien de causalité (détérioration du  
référence aux défaillances de la reprise actuelle, qui en a le nom mais contexte économique due à la consolidation budgétaire), la rechute de  
pas l’allure : la croissance est effectivement de retour depuis début l’activité dans le secteur de la construction, après un éphémère rebond  
2013 mais sa caractéristique principale est son manque de vigueur, en en 2010, a constitué une autre entrave importante à la croissance et ce  
tout cas jusqu’en 2016, avec tout juste 1% de croissance par an en de manière également prolongée, la crise du secteur ayant perduré  
moyenne sur la période. 2017 pourrait toutefois mettre fin à cette jusque mi-2015. En moyenne, chaque année de 2012 à 2015, la seule  
langueur, avec une croissance attendue à 1,6% en moyenne annuelle.  
baisse de l’investissement immobilier des ménages a ôté 0,1 point de  
pourcentage à la croissance.  
Début juin, dans un rapide état des lieux de l’économie française, nous  
avons fait le constat de cette faiblesse de la croissance, en l’illustrant de 2013-2014 : moteur bridé  
3
diverses manières . Le graphique 1 permet aussi de la visualiser dans  
En 2013, la reprise a commencé à s’esquisser mais avec peine. La  
une perspective historique : la faiblesse récente s’inscrit dans un  
ralentissement tendanciel de la croissance. Dans la section qui suit,  
nous procédons à un examen plus détaillé, selon une trame  
chronologique, des raisons conjoncturelles de cette faiblesse, pour  
ensuite, dans une deuxième section, relever quelques-unes des causes  
structurelles de cette faiblesse.  
crise des dettes souveraines européennes a été circonscrite et les pays  
les plus touchés entament une convalescence fragile. Le moteur de la  
croissance se remet lentement en marche mais il reste grippé. Il l’est  
5
resté en 2014 au regard du rythme encore poussif de la croissance .  
Celle-ci reste freinée par la consolidation budgétaire qui s’installe dans  
le temps et par la sévérité de la correction immobilière et par un autre  
élément qui prend de l’ampleur, l’affaiblissement de la croissance dans  
les pays émergents (Russie et Brésil en particulier, Chine dans une  
moindre mesure).  
En même temps, le soutien attendu du crédit d’impôt pour la  
compétitivité et l’emploi (CICE), en vigueur depuis 2013, tarde à venir et  
le Pacte de responsabilité et de solidarité, présenté en janvier 2014, n’a  
pas non plus eu l’effet d’annonce escompté sur la confiance. Au  
contraire : les enquêtes sur le climat des affaires, qui avaient  
commencé à se redresser tout au long de 2013, ont interrompu leur  
mouvement en 2014 (cf. graphique 4). C’est le signe du manque de  
visibilité, en général, sur les perspectives économiques et du manque  
de lisibilité, en particulier, de la politique économique qui nuit aux effets  
positifs que l’on peut en attendre (cf. encadré 1 pour un récapitulatif des  
mesures engagées).  
2
012 : la croissance plie mais ne rompt pas  
2
012 est la première année difficile d’une série de cinq, chacune avec  
des raisons qui lui sont propres et quelques points communs. Elle est  
marquée, comme 2011 avant elle, par les efforts de consolidation  
budgétaire, imposés par la crise des dettes souveraines européennes,  
et qui constituent la première et principale entrave à la croissance sur  
toute la période ici sous revue. Cet ajustement budgétaire a d’autant  
plus freiné la croissance qu’il a été réalisé concomitamment par  
plusieurs pays de la zone euro. L’OFCE estime ainsi que la  
consolidation budgétaire (effet direct sur l’économie française et indirect  
via la baisse d’activité des partenaires) a coûté 0,8 point de croissance 2015-2016 : croissance encore peu élevée mais un peu plus solide  
4
à la France en moyenne chaque année entre 2012 et 2017 .  
Fin 2014, les espoirs d’une croissance plus forte se reportent sur 2015.  
Ils apparaissent aujourd’hui déçus (la croissance étant identique les  
La France s’est, toutefois, plutôt bien sortie de cette passe difficile, la  
croissance subissant seulement un coup d’arrêt en 2012 et échappant à  
la rechute en récession contrairement à ses partenaires d’Europe du  
Sud (cf. graphique 2). L’importance des stabilisateurs automatiques  
deux années, à 1%, d’après les comptes de la Nation actuellement  
6
disponibles ).  
(
poids des transferts) et un degré d’ouverture plus faible expliquent en  
5
partie cette résistance à la baisse. La croissance a également, et  
probablement surtout, été préservée par la moindre ampleur du tour de  
Le caractère décevant de la croissance en 2014 a été assez fortement atténué à la  
faveur des révisions des comptes nationaux. Initialement estimée à seulement 0,2% en  
moyenne annuelle, la croissance en 2014 s’établit, en effet, désormais à 1% selon la  
version définitive des comptes, après un passage à 0,7% dans la version semi-définitive.  
Elle a donc bien marqué une accélération par rapport à 2013 (0,6%, aussi revue en  
hausse depuis l’estimation initiale de 0,3%).  
3
Etat des lieux de l’économie française, EcoFlash n°8, 9 juin 2017  
OFCE, Le quinquennat de François Hollande : enlisement ou rétablissement ?, policy  
4
6
brief, 5 septembre 2016.  
Version semi-définitive pour 2015 donc susceptible d’être encore révisée  
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Conjoncture // Juillet août 2017  
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La faiblesse de la croissance française remise en perspective  
Enquêtes INSEE sur le climat des affaires en France  
g.a., %, et taux de croissance moyen au cours des cycles  
8
Indicateurs normalisés de moyenne 100 et d'écart-type 10  
110  
6
4
2
0
105  
100  
95  
90  
-
-
2
4
85  
Industrie  
2011  
Commerce  
2012 2013  
Services  
2014  
Construction  
2015 2016  
Ensemble  
80  
7
1 73 75 77 79 81 83 85 87 89 91 93 95 97 99 01 03 05 07 09 11 13 15 17  
2010  
2017  
Source : INSEE  
Graphique 1  
Source : INSEE  
Graphique 4  
Niveaux de PIB en France et dans la zone euro  
Décomposition de la croissance française  
T1 2008 (pic d'avant-crise) = 100  
Contribution à la croissance des composantes du PIB, points de %, moyenne annuelle  
2.5%  
1
1
1
10  
05  
00  
2.1%  
FRA  
UEM  
ALL  
ESP  
ITA  
1.9%  
2.0%  
1.5%  
1.0%  
0.5%  
0.0%  
1.1%  
1.0%  
1.0%  
0.6%  
0.2%  
9
5
0
-
-
0.5%  
1.0%  
9
2
010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
T1  
T1  
T1  
T1  
T1  
T1  
T1  
T1  
T1  
T1  
Consommation privée  
Consommation publique  
Investissement des entreprises  
2
008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Variations de stocks  
Commerce extérieur  
Investissement des ménages  
Graphique 2  
Sources : INSEE, Eurostat  
Graphique 5  
Source : INSEE  
Effort structurel en France et dans la zone euro  
France : Les ingrédients d'une reprise auto-entretenue : le redémarrage  
de l'investissement et de l'emploi  
g.a.  
g.a.  
Variation du solde structurel, en point de %  
2010/2009  
Emploi salarié marchand non agricole  
2
1
0
1
2
3
10%  
5%  
1
1
1
1
0
0
0
0
0
.6  
.4  
.2  
.0  
.8  
.6  
.4  
.2  
.0  
2011/2010  
2012/2011  
2013/2012  
2014/2013  
2015/2014  
restriction budgétaire  
0%  
-
-
-
-5%  
-10%  
-15%  
2016/2015  
2017/2016  
Investissement des entreprises  
assouplissement budgétaire  
-
0.2  
France  
Zon ee u r o
Source : Commission européenne  
2
005  
Graphique 6  
2007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
Source : INSEE  
Graphique 3  
5
Conjoncture // Juillet août 2017  
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L’absence d’accélération de la croissance entre 2015 et 2016 peut freins, les premiers ayant été moins forts que prévu et les seconds plus  
toutefois être relativisée. Tout d’abord, elle masque une contribution marqués. Parmi les imprévus de l’année 2016, il faut aussi mentionner  
plus positive de la demande intérieure finale (cf. graphique 5). Ensuite, le vote en faveur du Brexit, même s’il n’a pas eu d’effets négatifs  
les bases d’une reprise auto-entretenue se sont mises en place en évidents sur la croissance française pour l’heure. La croissance en  
2
015, le redémarrage de l’emploi s’ajoutant à celui de l’investissement 2016 a également été marquée par une série d’à-coups et de chocs  
7
des entreprises (cf. graphique 6) : la croissance reste peut-être peu spécifiques, qui ont pesé sur la moyenne annuelle .  
élevée mais elle devient ainsi un peu plus solide. S’il faut chercher un  
La croissance a, par ailleurs, pâti des difficultés particulières de trois  
bémol, c’est, éventuellement, du côté du commerce extérieur. Les  
exportations ont été freinées dans leur élan par le nouveau  
fléchissement de la croissance des pays émergents tandis que le  
dynamisme des importations a continué de surprendre à la hausse.  
secteurs d’activité importants : le tourisme (conséquence des attentats  
terroristes), l’agro-alimentaire (suite aux conditions climatiques très  
défavorables au printemps) et laéronautique (problèmes  
d’approvisionnement et de retards de livraison). L’INSEE estime que la  
Le rythme peu élevé de la croissance en 2015 peut aussi surprendre au baisse d’activité dans le tourisme et l’effondrement de la production  
regard de la combinaison inédite de facteurs très favorables qui prévaut agricole ont ôté, chacun, 0,2 point à la croissance en 2016. Ces  
alors : taux d’intérêt toujours plus bas, baisse marquée des prix du difficultés expliquent, en partie, le tassement des exportations en 2016,  
pétrole de la mi-2014 à la fin 2015, dépréciation importante de l’euro l’autre facteur d’explication étant la modération de la demande mondiale  
tout au long de 2014 et jusque début 2015, un « alignement des adressée à la France (cf. graphique 7). Et ce mauvais chiffre des  
planètes » qui s’ajoute aux mesures diverses de soutien à la croissance exportations explique à son tour la contribution très négative du  
et à l’emploi. Mais ces vents favorables font face à des vents contraires commerce extérieur en 2016, qui se trouve être la principale cause de  
aussi puissants (comme la consolidation budgétaire et le ralentissement la faiblesse de la croissance en 2016.  
de la croissance dans les pays émergents) : d’après les estimations de  
Une faiblesse apparente donc, qui masque une contribution de 2 points  
l’INSEE, les effets positifs des uns auraient été parfaitement  
de la demande intérieure finale, qui plus est en nette hausse par rapport  
compensés par les effets négatifs des autres, laissant la croissance en  
à 2015 (1,2 point), à la faveur de l’accélération de la consommation des  
2
015 sur son rythme tendanciel (cf. tableau 2). Pour 2016, l’INSEE  
ménages (2,1% après 1,4%), de leur investissement (2,4% après -2,1%,  
première progression depuis 2011) et, dans une moindre mesure, de  
l’investissement des entreprises (3,4% après 2,9%). A l’aune de ces  
évolutions, la croissance en 2016 apparaît sous un jour plus favorable.  
prévoyait que l’impact net serait positif, à hauteur de 0,3 point, à la  
faveur de la dissipation des freins internes, ce qui aurait porté la  
croissance à 1,6% d’après ses prévisions.  
Tableau 2 :  
Impact des chocs internes & externes sur la croissance française  
Exportations françaises et demande mondiale  
2
015  
2016  
prévisions)  
(
g.a., %  
1
0
8
6
4
2
0
2
Demande des pays développés  
Demande des pays émergents  
Exportations françaises  
Impact total sur la croissance  
Impact des facteurs externes  
Baisse du prix des matières premières énergétiques  
Politique monétaire accommodantes de la BCE  
Baisse des taux d’intérêt  
0,0  
0,5  
0,3  
0,4  
0,2  
0,2  
-0,1  
0,1  
-0,2  
-0,5  
-0,7  
0,4  
-0,1  
-0,1  
0,3  
0,4  
0,4  
0,2  
0,2  
0,0  
-0,2  
0,0  
-0,2  
-0,1  
-0,4  
0,3  
0,0  
0,0  
Demande mondiale adressée à la France  
Baisse de l’euro  
Demande mondiale  
Reprise en Europe du Sud  
Ralentissement des émergents  
Impact des facteurs internes  
-
Hausses passées des prélèvements  
Mesures d’allègement du coût du travail (CICE et PRS)  
Effet des mesures en dépenses  
Recul de l’investissement des ménages  
2010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
Graphique 7  
Sources : INSEE, FMI, BNP Paribas  
Note : les effets mesurés tiennent comptent uniquement des différents chocs  
observés jusque fin 2015. Les chocs ultérieurs sont exclus, y compris pour 2016, à  
l'exception de la demande des partenaires, des mesures en dépenses et de  
l'investissement des ménages. L'impact des fluctuations du prix des matières  
premières énergétiques début 2016 n'est ainsi pas considéré : l'effet de +0,4 point  
sur 2016 ne dépend que de la baisse constatée jusque fin 2015.  
7
Au premier trimestre (+0,6% t/t), la croissance a été soutenue par trois éléments : la  
mesure de suramortissement qui a dopé les dépenses d’investissement des entreprises ;  
les achats anticipés de téléviseurs en vue de l’Euro 2016 et du changement de norme  
pour la TNT numérique ; le rebond des dépenses d’énergie des ménages après leur recul  
marqué au trimestre précédent pour cause de températures supérieures aux normales  
saisonnières. La disparition de ces facteurs au deuxième trimestre a entraîné un net  
contrecoup sur l’activité (-0,1% t/t), accentué par les grèves et les blocages de raffineries  
sur une partie des mois de mai et juin au moment des manifestations contre la loi Travail.  
Ce contrecoup a été suivi d’un rebond limité au troisième trimestre (+0,2%) et, bien que  
robuste, le dernier trimestre (+0,5%) n’a pas suffi pour remonter la moyenne annuelle.  
Source : INSEE, note de conjoncture juin 2016  
La réalité a été tout autre, avec une estimation provisoire de la  
croissance en 2016 bien en-deçà, à seulement 1,1%. La cause est à  
chercher du côté des facteurs de soutien à la croissance comme des  
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Conjoncture // Juillet août 2017  
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De 2012 à 2016, les réformes et autres mesures pour redresser l’économie française se sont enchaînées. Elles se renforcent les unes et les autres et vont dans la  
bonne direction, s’attelant chacune à un problème de fond spécifique de l’économie, mais de manière trop timide et confuse pour provoquer le choc de confiance espéré  
et un sursaut tangible et substantiel de la croissance. Il est aussi trop tôt pour obtenir des résultats plus visibles : les réformes engagées le sont depuis peu et elles  
mettent longtemps, par nature, à porter leurs fruits. Elles se télescopent par ailleurs avec l’impact négatif sur l’activité de la consolidation budgétaire. Il est toutefois  
possible que, sans ces mesures, la situation aurait été plus détériorée encore (le CICE  Crédit d’Impôt pour la Compétitivi et l’Emploi – a notamment pu jouer un rôle  
défensif, amortissant les difficultés de trésorerie). Nous listons ci-dessous, par ordre chronologique, ces réformes et rappelons leurs grandes lignes et mesures phares.  
Le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi (PCCE), annoncé en novembre 2012, est la première d’entre elles. Il tente d’apporter une réponse  
d’ensemble au déficit de compétitivité de l’économie, en agissant sur la compétitivité-prix (avec le CICE, crédit d’impôt de EUR 20 mds) et hors-prix (soutien à  
8
l’innovation, au financement des PME, attractivité, mesures de simplification, …) .  
L’accord de janvier 2013 sur la sécurisation de l’emploi est une autre avancée notable. Il promeut une plus grande flexisécurité du marché du travail, mêlant un peu  
plus de flexibilité pour les entreprises dans la gestion de leur main d’œuvre (via les accords de maintien dans l’emploi et la simplification du dispositif de chômage  
partiel), de simplicité et de clarté dans les procédures de licenciement et un peu plus de sécurité pour les salariés via de nouveaux droits (complémentaire santé pour  
tous, droits rechargeables à l’assurance chômage, compte personnel de formation, droit à une période de mobilité volontaire sécurisée, recadrage du temps partiel,  
surtaxe sur les cotisations chômage sur les CDD pour lutter contre l’usage abusif des contrats courts accompagnée d’une exonération de charges pendant trois mois  
pour toute embauche en CDI d’un jeune de moins de 26 ans).  
9
Une nouvelle réforme des retraites a été conclue en septembre 2013 . Un certain nombre de paramètres du régime général du secteur privé ont été modifiés à des  
fins de réduction du déficit, notamment la hausse des cotisations (entreprises comme salariés) et l’allongement de la durée de cotisations. Le compte pénibilité a été  
créé à cette occasion. Les retraites complémentaires ont également fait l’objet d’une réforme importante (accord conclu en octobre 2015), dont l’objectif principal est de  
reporter l’âge de départ à la retraite. La réforme de la formation professionnelle, bouclée fin 2013, vise un meilleur fléchage des fonds vers ceux qui ont le plus besoin  
d’être formés et active le nouveau compte personnel de formation.  
Le Pacte de responsabilité, annoncé en janvier 2014, est venu renforcer la politique de l’offre initiée avec le PCCE. Il contient un cumul de EUR 20 mds de nouveaux  
allègements de charges et d’impôts en faveur des entreprises, échelonnés dans le temps à l’horizon 2020 (baisses des cotisations d’abord ciblées sur les bas salaires  
jusque 1,6 Smic puis élargies, en 2016, jusqu’à 3,5 Smic ; baisse des cotisations familiales des travailleurs indépendants et artisans ; suppression de la C3S  
(
5
Contribution Sociale de Solidarité des Sociétés) ; suppression de la surtaxe d’IS ; amorce de la baisse du taux d’IS). Il est doublé d’un pacte de solidarité allouant EUR  
mds de baisses d’impôts en faveur des plus modestes à l’horizon 2017.  
La convention d’assurance-chômage a fait l’objet de deux renégociations. Le premier accord, obtenu en mai 2014, contenait des mesures durcissant certaines règles  
1
0
d’indemnisation à des fins d’économies budgétaires et des incitations au retour à l’emploi (via notamment l’introduction des droits rechargeables) . L’objectif  
d’économies est toujours présent dans le deuxième accord, finalement conclu en avril 2017 et signé pour trois ans. Cet accord contient, notamment, une hausse  
générale des cotisations employeurs contre la suppression quasi-totale du dispositif de surtaxe sur les CDD, une nouvelle modification du mode de calcul des droits au  
chômage pour gommer les différences de traitements selon l’enchaînement ou non de contrats très courts, et un décalage de 50 à 53 ans de la borne d’âge ouvrant  
1
1
droit à la durée maximale d’indemnisation de 36 mois .  
Les toutes premières annonces concernant la réforme territoriale remontent à janvier 2014 avec la mise en avant des métropoles. Un deuxième volet a suivi en janvier  
2015 avec, notamment, la réduction du nombre de régions métropolitaines de vingt-deux à treize. La loi NOTRe (nouvelle organisation territoriale de la République),  
promulguée en août 2015, constitue le troisième volet : elle confie de nouvelles compétences aux régions et redéfinit en conséquence celles attribuées à chaque  
collectivité territoriale. L’objectif ultime de cette réforme est de réduire le « millefeuille territorial » et les doublons d’emplois associés pour gagner en efficacité.  
Une négociation sur la modernisation des règles du dialogue social et de la représentation des salariés a été engagée début octobre 2014 par les partenaires  
sociaux. Faute d’accord, le gouvernement a repris la main en janvier 2015 pour aboutir à la promulgation, en août, de la loi relative au dialogue social et à l’emploi, dite  
loi Rebsamen du nom du ministre du Travail de l’époque. Cette loi vise à simplifier et à rationaliser l’exercice du dialogue social (via, notamment, le regroupement des  
instances représentatives du personnel, les IRP, et des consultations obligatoires) et à mieux assurer la représentation du personnel dans les plus petites entreprises.  
Elle donne aussi officiellement naissance au Compte Personnel d’Activité, un compte qui a vocation à regrouper les divers droits des salariés et à les rendre portables  
d’un emploi à l’autre (compte personnel de formation, compte épargne temps, compte pénibilité à ce stade). Le texte lance également la création de la prime d’activité  
er  
(
fusion, à partir du 1 janvier 2016, de la prime pour l’emploi et du RSA-activité).  
L’emploi a fait l’objet de nombreuses mesures de soutien, directes au travers des emplois aidés et indirectes au travers de la politique de l’offre, de restauration de la  
compétitivité des entreprises et de flexibilisation du marché du travail. Les dernières mesures directes du quinquennat sont : le plan « Tout Pour l’Emploi » de juin 2015  
ciblé sur les TPE-PME (prime à la première embauche ; augmentation de un à deux du nombre de renouvellements possibles d’un CDD ; simplification des seuils  
sociaux ; assouplissement des accords de maintien dans l’emploi) suivi du plan d’urgence déployé en janvier 2016 (nouvelle facilité d’accès à l’apprentissage ; nouvelle  
prime à l’embauche dans les PME ; vaste programme de formation des chômeurs).  
2015 a été marquée par l’adoption, au mois de juillet, de la loi Macron, alors ministre de l’Economie (intitulée « loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances  
économiques »). Cette loi, présentée en détail en décembre 2014, a ensuite fait l’objet de vifs débats au point de devoir être adoptée en usant de l’article 49.3 de la  
Constitution. Elle cherche à lever un ensemble de freins à l’activité et à libérer du pouvoir d’achat. Elle contient des mesures hétéroclites visant certaines professions  
réglementées (dont les professionnels du droit), le transport par autocar, le permis de conduire, le travail dominical, le dialogue social, la justice prud’homale,  
l’actionnariat et l’épargne salariale. La loi Travail, portée par Myriam El Khomri, adoptée en juillet 2016, également par 49.3, vient clore cette longue séquence de  
réformes (cf. encadré 2 pour plus de détails).  
8
Cf., pour plus de détails, France : à la recherche de la compétitivité perdue, Conjoncture n°2, février 2013  
Cf., pour plus de détails, France : une réforme des retraites qui n’a rien de spécial, Ecoweek n°13-33, 20 septembre 2013  
Cf., pour plus de détails, France : le régime d’assurance-chômage bientôt durci ?, EcoFlash n°14-1, 3 novembre 2014  
Cf., pour plus de détails, les Echos, Assurance-chômage : les gagnants et les perdants de la nouvelle convention, 14 avril 2017  
9
10  
11  
7
Conjoncture // Juillet août 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
années 2000 suivi d’un second dans les années 2010 post-crise (cf.  
graphique 10).  
S’il y a matière à relativiser la contre-performance de la croissance en  
On retrouve naturellement, derrière cette perte de vitesse, les mêmes  
ingrédients du ralentissement de la croissance potentielle , notamment  
2016 par diverses circonstances exceptionnelles, en toile de fond, la  
14  
croissance n’en manque pas moins fondamentalement de dynamisme.  
Sur une base de croissance faible, le moindre choc se voit ; si le rythme  
sous-jacent avait été plus élevé, les différents chocs seraient passés  
inaperçus. La faiblesse de la croissance française de ces dernières  
années n’est pas seulement conjoncturelle. Ses racines sont profondes,  
comme en atteste la faiblesse de la croissance potentielle et son  
érosion au fil du temps, et plus particulièrement dans les années 2000  
avec une division par deux de son rythme, d’environ 2% hier à 1%  
la faiblesse du taux d’activité et des gains de productivité du travail. Ce  
que l’OCDE relève également dans la section de son rapport 2017  
«
Réformes économiques : Objectif croissance » consacrée à la France.  
Ces deux leviers de croissance nous intéressent aussi plus  
spécifiquement pour leur caractère aisément identifiable.  
Décomposition de la croissance potentielle française  
1
2
aujourd’hui (cf. graphique 8) .  
Contributions à la croissance potentielle, %  
2.5  
PGF  
Diverses estimations de la croissance potentielle française  
Facteur capital  
Facteur travail  
Croissance potentielle  
2.2  
2.0  
1.5  
1.0  
0.5  
0.0  
1.8  
0.4  
3
2
2
1
1
0
0
.0 g.a., %  
FMI  
OCDE  
Commission européenne  
1.2  
1
.2  
.5  
.0  
.5  
.0  
.5  
.0  
1
.0  
0
.7  
.6  
0.5  
0.4  
0.3  
0
.6  
.4  
0
.5  
.2  
0
0
0.3  
0
1
994-1999  
2000-2008  
2009-2014  
2015-2020  
Graphique 9  
Source : FMI, Country Report n 15/178, juillet 2015  
PIB réel par tête en France et dans la moyenne des pays de l'OCDE  
1981  
1986  
1991  
1996  
2001  
2006  
2011  
2016  
Graphique 8  
Sources : FMI, OCDE, Commission européenne  
1976 = 100, parité de pouvoir d'achat , USD  
2
1
1
00  
50  
00  
La première marche à la baisse est due au fort ralentissement des  
gains de productivité globale des facteurs 1 et la deuxième aux  
conséquences de la crise financière au travers de son impact sur  
l’investissement et le chômage (cf. graphique 9). Et l’amélioration  
anticipée (estimation de la croissance potentielle rehaussée de 0,2  
point, à 1,2%) reste limitée, pour ne pas dire non significative. Certes, la  
France n’est pas un cas isolé mais cela n’enlève rien à l’ampleur du  
problème. L’évolution du PIB par habitant illustre également bien la  
perte de dynamisme de l’économie française. Après avoir évolué au  
même rythme que le PIB par habitant de la moyenne des pays de  
l’OCDE du milieu des années 1970 à la fin des années 1990, un  
premier décrochage du PIB par habitant français s’est opéré dans les  
France OCDE  
3
1
976 1980 1984 1988 1992 1996 2000 2004 2008 2012 2016  
Graphique 10 Source : OCDE  
1
5
S’agissant du taux d’activité, et derrière lui le taux d’emploi , leur  
niveau relativement faible en France et stable, en particulier comparé à  
l’Allemagne, est un fait connu et régulièrement pointé du doigt (cf.  
graphique 11). Le potentiel de hausse, de rattrapage de ces indicateurs  
est conséquent. C’est une bonne nouvelle dans le sens où il existe, par  
ce biais, un potentiel de hausse également significatif de la croissance.  
Le côté mécanique du gain de croissance ainsi obtenu donne une  
impression de facilité.  
12  
Cf. notre analyse plus détaillée dans Les petits ruisseaux feront-ils une grande rivière ?  
De l’affaiblissement passé de la croissance potentielle française et de son redressement à  
venir, Conjoncture n°3, mars 2014  
13  
La productivité globale des facteurs (PGF) s’assimile au progrès technique. C’est la part  
résiduelle de la croissance expliquée ni par le facteur capital ni par le facteur travail. Elle  
dépend de facteurs tels que l’éducation, les infrastructures, les dépenses en R&D,  
l’organisation des processus de production. C’est le seul endroit dans cet article où nous  
faisons appel à cette notion. Par la suite, nous nous en tiendrons à la productivité horaire  
du travail, sachant que PGF et productivité du travail sont liées de la manière suivante, en  
ß
1-ß  
14  
partant d’une fonction Cobb-Douglas classique : Y = AK L , avec Y le PIB réel, L le  
facteur travail (exprimé en nombre d’heures travaillées), K le stock de capital, ß la part de  
la rémunération du capital dans la valeur ajoutée ; fonction qui, exprimée en taux de  
croissance, devient y=a+ß(k), avec yℓ les gains de productivité horaire du travail, a  
les gains de PGF et kℓ la mesure de l’approfondissement de l’intensité capitalistique.  
Camille Thubin, Le décrochage du PIB par habitant en France depuis 40 ans : pourquoi,  
Lettre Trésor-Éco n°131, juin 2014  
15  
Le taux d’activité rapporte la population active (somme des personnes en emploi et à la  
recherche d’un emploi) à la population en âge de travailler et le taux d’emploi rapporte le  
nombre de personnes en emploi à la population en âge de travailler.  
8
Conjoncture // Juillet août 2017  
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Une première réforme du Code du travail a été engagée par Myriam El Khomri, ministre du Travail sous François Hollande. Cette première loi Travail, dont l’intitulé  
complet est « loi relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnel », a été lancée en février 2016 et adoptée en  
juillet de la même année.  
La lourdeur, la complexité du Code du travail et la forte protection de l’emploi, en contribuant à la rigidité et à la dualité du marché du travail, font partie des explications  
avancées (mais très débattues) au chômage de masse qui prévaut en France. La réforme vise à donner aux entreprises plus de souplesse et de visibilité dans la  
gestion de leur main d’œuvre, du temps de travail et des rémunérations, en fonction des variations de leur activité, l’objectif ultime étant de les inciter à embaucher  
plus, en CDI notamment. Pour ce faire, un des marqueurs de la réforme est de donner davantage de place à la négociation collective et aux accords d’entreprise afin  
que les décisions en matière d’organisation du travail soient prises au plus près de la réalité du terrain.  
Pour les entreprises, on retiendra les changements suivants : les règles encadrant le licenciement économique sont précisées pour réduire l’incertitude entourant le  
processus ; les possibilités de dérogation aux 35h sont encore élargies et, avec elles, les modalités de rémunération des heures supplémentaires assouplies (la  
majoration de salaire peut être abaissée, les seuils de déclenchement relevés). La loi Travail étend également le champ des accords de maintien dans l’emploi : à la  
version « défensive » d’origine, en cas de difficultés conjoncturelles (introduite dans l’accord de janvier 2013 sur la sécurisation de l’emploi), est ajoutée une version  
«
offensive » pour faire face à un développement de l’activité. L’accord collectif prévaut alors sur les dispositions du contrat individuel. Tout changement est conditionné  
au vote d’un accord majoritaire d’entreprise, c’est-à-dire signé par l’employeur et les syndicats ayant recueilli plus de 50% des voix (contre 30% précédemment). A  
défaut, un référendum auprès des salariés peut être organisé à l’initiative de syndicats représentant plus de 30% des suffrages.  
Du côté des travailleurs, l’accent est mis sur la création du Compte Personnel d’Activité. Il doit aider à sécuriser les parcours professionnels grâce à la portabilité des  
droits (formation, pénibilité). C’est un dispositif novateur, au potentiel important, une première étape vers le rattachement de la couverture sociale à la personne et non  
plus en fonction de l’emploi occupé comme aujourd’hui, mais dont le contenu doit encore être étoffé.  
Une seconde loi est en cours de préparation depuis début mai 2017, portée par la nouvelle ministre du Travail, Muriel Penicaud, pour poursuivre et compléter le travail  
engagé avec la loi El Khomri. Cette nouvelle réforme du Code du travail se fixe trois objectifs : définir le bon niveau de négociation (ce qui relève de la loi, de l’accord  
d’entreprise, de l’accord de branche) et la bonne articulation entre ces niveaux ; simplifier et renforcer le dialogue social (via, notamment, la fusion des différentes  
instances représentatives du personnel) ; sécuriser les relations de travail (via, notamment, la mise en place d’un barème des dommages et intérêts versés à l’issue du  
procédure prud’homale).  
Cette nouvelle réforme du Code du travail fait partie d’un projet plus global de rénovation du modèle social, qui s’articule autour de cinq autres réformes : le soutien  
au pouvoir d’achat des salariés (via la suppression des cotisations salariales maladie et chômage, financée par une hausse de la CSG) ; le renforcement de la  
formation professionnelle ; l’élargissement de l’assurance chômage aux démissionnaires et aux indépendants ; le développement de l’apprentissage ; la rénovation du  
système de retraite en un régime unique par points. Le tout vise à développer et parachever une flexisécurité à la française et, ce faisant, à contribuer à regagner en  
compétitivité et attractivité.  
Les effets à attendre de ces remaniements du Code du travail sont difficiles à apprécier. Tout d’abord, il n’est pas certain que le Code du travail y perde en épaisseur  
compte tenu des strates supplémentaires (ce qui se décide au niveau de la loi, de la branche, de l’entreprise et ce qui prévaut en l’absence d’accord). L’enjeu est de  
gagner en clarté. Mais, tout comme le renforcement attendu du dialogue social, ce n’est pas gagné d’avance. Ensuite, les effets sur l’emploi sont ambivalents. Si  
l’objectif est davantage d’embauches, il faut s’attendre à ce qu’il y ait aussi plus de licenciements, à court terme du moins, avec un effet net incertain. Enfin, la  
modération recherchée du coût unitaire du travail est, de même, à double tranchant. Elle constitue, d’un côté, un facteur de soutien de la compétitivité des entreprises,  
et donc, in fine, de l’emploi, mais, de l’autre, elle pèse aussi sur les revenus salariaux et la consommation des ménages, et donc, in fine, sur l’emploi. Quel effet  
l’emporte, à quel horizon ? Le débat est difficile à trancher car de nombreux paramètres entrent en ligne de compte. Mais il semblerait que l’effet négatif sur la  
demande domine à court terme avant que l’effet positif sur l’offre ne l’emporte à long terme.  
Taux d'emploi et taux d'activité en France et en Allemagne  
Passer de la théorie à la réalité n’est cependant pas aussi simple :  
encore faut-il réaliser les réformes permettant d’aboutir à une telle  
utilisation plus optimale du facteur travail. Manifestement celles menées  
jusqu’ici n’ont pas suffi . La dernière piste explorée en date est la  
réforme du Code du travail (cf. encadré 2). Il reste à voir si elle aura  
plus de succès.  
Taux d'emploi  
France (cvs) Allemagne  
Taux d'activité  
France (cvs) Allemagne  
%
%
16  
8
7
7
6
6
0
5
0
5
0
8
7
7
0
8
6
S’agissant des gains de productivité du travail, leur épuisement est une  
caractéristique commune à nombre de pays avancés et fait l’objet d’un  
74  
1
7
intense débat parmi les économistes . Dans une note de janvier 2016,  
France Stratégie (organe de réflexion rattaché au Premier ministre)  
7
2
0
18  
s’est intéressé au cas spécifique de la France (cf. graphique 12). La  
7
1
6
68  
Cf. notre tour d’horizon de la question dans France : chômage, la profondeur du mal,  
03  
05 07 09 11 13 15 17  
03 05 07 09 11 13 15 17  
Sources : INSEE, Eurostat  
Conjoncture n°2, février 2015 et France : chômage, mal ancien, nouveaux outils Ecoweek  
n°13-24, 21 juin 2013  
Graphique 11  
1
7
Pour un tour d’horizon global, cf. Raymond Van der Putten, Le ralentissement de la  
croissance de la productivité, Conjoncture n°9-10, septembre-octobre 2016  
18  
Arthur Sode, Comprendre le ralentissement de la productivité en France, France  
Stratégie, La Note d’analyse n°38, janvier 2016  
9
Conjoncture // Juillet août 2017  
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première des raisons identifiées du décrochage par rapport aux Etats- faire au détriment des gains de productivité, et inversement. La voie de  
Unis (communément pris comme référence car ils représentent la passage serait d’axer plus nettement les efforts de redressement des  
frontière technologique) est que les entreprises françaises ont gains de productivité sur la formation, l’innovation et la mobilité comme  
insuffisamment investi dans les technologies de l’information et de la le met en avant France Stratégie, c’est-à-dire jouer sur la qualité du  
communication (TIC) et donc peu modernisé leur capital. Cela rejoint la facteur travail plutôt que sur sa quantité, ce qui rendrait les deux  
problématique plus générale de la qualité de l’investissement des objectifs complémentaires et non plus substituables.  
entreprises en France, déséquilibré en faveur de l’investissement en  
Gains de productivité horaire du travail en France sur longue période  
construction au détriment des investissements en machines et  
équipements, plus porteurs de progrès technique. L’investissement en  
France a aussi pour particularité d’être concentré dans un nombre  
g.a., %  
1
0
8
6
4
2
0
restreint d’entreprises (en 2012, 75% des investissements ont été  
réalisés par 1% des entreprises). Qui plus est, l’investissement en R&D  
dans l’industrie manufacturière est lui-même concentré dans des sous-  
secteurs dont l’importance économique dans la valeur ajoutée est en  
1
9
voie de diminution . Le tout constitue un facteur d’affaiblissement des  
gains de productivité et de la compétitivité des entreprises.  
La deuxième raison identifiée de la faiblesse des gains de productivité  
français est le processus de destruction créatrice moins intense, c’est-  
à-dire le moindre renouvellement du tissu productif au travers de la  
disparition des entreprises les moins productives et du développement  
-2  
2
0
1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015  
Graphique 12  
des plus productives et innovantes , ce dernier étant freiné davantage  
par des barrières à la croissance des entreprises que par des barrières  
Source : Conference Board  
2
1
à l’entrée .  
Mais comme pour le taux d’emploi, la correction de ces faiblesses  
laisse entrevoir un réservoir important de croissance, au travers dun  
accroissement des gains de productivité horaire du travail : un surplus  
que France Stratégie estime à environ un demi-point par an pendant  
une dizaine d’années (à l’image de ce qui a été observé aux Etats-Unis  
entre 1995 et 2004 pendant la vague des TIC et de la « nouvelle  
économie »). Pour ce faire, d’après le think tank, les trois leviers clés à  
actionner sont : la formation, l’innovation et la mobilité.  
Tableau 3 : Effets des mesures sur le marché du travail  
Effets  
Sur la  
composition  
de la  
Sur la  
Sur le  
niveau de la  
productivité  
productivité  
horaire hors  
effets de  
Sur  
l’emploi  
Mesures  
population  
active  
composition  
Allègements de  
cotisations et CICE  
5 heures  
Entrée des  
non qualifiés  
Neutre  
+
+
--  
Neutre  
++  
--  
+
3
Les nombreuses mesures mises en place visant à réduire le chômage,  
notamment en enrichissant le contenu en emplois de la croissance, ont  
aussi leur rôle dans l’évolution de la productivité du travail en France (cf.  
tableau 3). France Stratégie en fournit une clé de lecture, que nous  
retranscrivons ici : « La mise en place des 35 heures à partir de 2000 a  
eu un effet ambigu sur la productivité : d’un côté, la réduction du temps  
de travail a augmenté la productivité horaires des personnes en  
emploi ; de l’autre, elle a pu accroître l’intensité de la croissance en  
emploi et donc réduire la productivité. La hausse continue du SMIC  
depuis 15 ans a pu accroître le niveau de la productivité apparente du  
travail en réduisant l’accès à l’emploi des moins qualifiés. Les  
allègements de charges et le CICE ont eu l’effet inverse. La création du  
statut d’auto-entrepreneur ou les emplois aidés ont exercé un effet  
positif sur l’emploi des moins qualifiés mais négatif sur la productivité. »  
Sortie des  
non qualifiés  
Hausse du SMIC  
Neutre  
++  
Statut des auto-  
entrepreneurs  
Entrée des  
non qualifiés  
+
+
Neutre  
Neutre  
-
-
Entrée des  
non qualifiés  
Emplois aidés  
Source : France Stratégie (Sode, 2016)  
A la question « Où sont les réserves de croissance ? », on pourrait  
aussi répondre, tout simplement, « dans la croissance elle-même ». Il  
existe, en effet, d’une part, une réserve de croissance « mécanique »,  
celle permettant de combler l’écart de production encore  
significativement négatif aujourd’hui, de rattraper le retard de  
croissance accumulé ces dernières années (cf. graphique 13). Jusqu’ici,  
cette croissance spontanée plus élevée, supérieure à la croissance  
potentielle, n’a pas été au rendez-vous pour toutes les raisons  
évoquées plus haut. La question se pose aussi de la contrainte exercée  
par la faiblesse même de la croissance potentielle, son affaiblissement  
entraînant, en retour, celui de la croissance effective, selon une  
causalité inverse à celle établie.  
Les leçons à tirer de ces observations, pour la politique économique  
future, sont malaisées dès lors que la baisse du chômage tend à se  
1
9
Industrie automobile, produits informatiques, électroniques et optiques et produits  
pharmaceutiques (cf. Commission européenne, Rapport 2017 pour la France).  
2
0
Bartelsman E., Haltiwanger J. et Scarpetta S. (2009), Cross-Country Differences in  
Productivity: The Role of Allocation and Selection, NBER Working Paper n° 15490.  
21  
Cf. OFCE, Département Innovation et concurrence, L’état du tissu productif français :  
absence de reprise ou véritable décrochage ?, policy brief n°6, 9 novembre 2016.  
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0
Conjoncture // Juillet août 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Mais d’autre part, en s’appuyant sur cette même causalité, remise dans majeurs de l’économie (avec le redressement des comptes publics et  
le bon sens, un redressement de la croissance réelle plus net (ce que celui du marché du travail), c’est celui de la compétitivité qui a le plus  
l’embellie conjoncturelle du premier semestre 2017 laisse entrevoir) avancé. Les mesures prises en ce sens (CICE et Pacte de  
pourrait aussi enclencher un nouveau cercle vertueux : le renforcement responsabilité) ont porté leurs tous premiers fruits. Nous les passerons  
de la croissance effective entraînerait à sa suite celui de la croissance en revue dans une première sous-partie. Mais nous sommes encore  
potentielle via notamment l’accumulation du capital. La croissance loin de pouvoir conclure que la France a retrouvé sa compétitivité  
potentielle pourrait y gagner quelques dixièmes de points de perdue. Des progrès certains ont été accomplis sur le front de la  
pourcentage, une amélioration nécessaire mais insuffisante. Rehausser compétitivité-coût mais il y a encore matière à l’améliorer. Quant à la  
durablement et nettement la croissance potentielle, au-delà des compétitivité hors-prix, elle a fait l’objet de mesures dédiées mais qui  
projections actuelles à 1,2%, passe par un redressement conjoint du n’ont pas été suivies d’effets, en tout cas pas de manière visible à ce