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Qatar  
Une vulnérabilité économique révélée par la crise politique  
Les conséquences de l’embargo saoudien et émirati sur l’économie du Qatar dépendront de la durée de la crise et de l’évolution de  
l’intensité des sanctions. La croissance économique devrait ralentir mais rester positive et l’inflation accélérer. De même, les  
finances publiques ne devraient qu’être modérément affectées. La principale menace serait une extension des sanctions au secteur  
financier. Le Qatar est très dépendant des financements extérieurs et une partie des ressources du fonds souverain n’est pas  
facilement mobilisable en cas de besoin. Néanmoins, le gouvernement devrait confirmer son soutien au secteur bancaire en cas de  
détérioration de la situation des banques.  
Les conséquences de la crise politique dans le Golfe sur l’économie  
du Qatar sont pour le moment contenues. Des voies commerciales  
alternatives sont utilisées et les exportations de gaz naturel liquéfié  
1- Prévisions  
2015 2016 2017e 2018e  
PIB réel, variation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
Solde budgétaire / PIB (%)  
3,6  
1,8  
-1,1  
34  
2,7  
2,7  
-8,3  
43  
1,5  
6,1  
-6,5  
55  
2,1  
8,6  
-2,4  
54  
(
GNL) ne sont pas touchées. Cependant, si les sanctions étaient  
étendues à d’autres secteurs, financier par exemple, la situation  
économique pourrait se détériorer rapidement. Par ailleurs, cette  
crise politique s’inscrit dans un contexte de ralentissement  
économique et de tensions sur la liquidité bancaire.  
Dette publique / PIB (%)  
Solde courant / PIB (%)  
8,0  
111  
37  
-5,0  
155  
32  
-1,3  
142  
28  
2,3  
132  
27  
Dette extérieure / PIB (%)  
Essoufflement de la croissance  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change /USD(fin d'année)  
Depuis plusieurs années, la croissance économique s’essouffle en  
raison du moratoire sur le développement du gaz et des mesures  
d’assainissement budgétaire. La croissance du PIB réel s’est  
inscrite à 3,9 % en moyenne au cours de la période 2012-2016  
contre 16 % en moyenne de 2007 à 2010.  
7,5  
3,6  
6,0  
3,6  
5,2  
3,6  
5,0  
3,6  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Dépôts bancaires  
À court terme, l’activité devrait lourdement pâtir du blocus régional  
contre le pays. Les restrictions relatives aux transports vont ralentir  
les entrées de marchandises et réduire la consommation intérieure  
ainsi que les investissements. Les nombreux projets d’infrastructure,  
liés au plan Vision 2030 et à la Coupe du monde de football de  
%
du total  
• • Secteur privé  Secteur public  Non-résidents  
70  
6
0
0
0
2
022 vont connaître des retards. Le blocus aura aussi des  
répercussions sur les flux de main-d’œuvre dont le Qatar dépend  
fortement.  
5
4
Au-delà des conséquences du blocus, les investissements relatifs à  
la Coupe du monde (un montant total de USD 65 mds, soit 40% du  
PIB 2015, a été affecté aux travaux publics liés à cet évènement)  
resteront l’un des principaux moteurs de l’activité. La consommation  
intérieure devrait être atone suite à la réduction des effectifs dans  
de nombreux secteurs ayant entraîné le licenciement d’expatriés. La  
croissance du PIB réel devrait atteindre environ 1,5% en 2017 et  
30  
2
0
0
0
1
12  
13  
14  
15  
16  
17  
2
,1% en 2018. À moyen terme, les développements dans le secteur  
Sources : QCB, BNP Paribas  
des hydrocarbures devraient soutenir la croissance suite à la levée  
du moratoire sur les investissements dans le secteur gazier.  
compenser la diminution des financements extérieurs des banques  
locales. Nous estimons néanmoins que cette inflation d’origine  
monétaire sera négligeable. À ce stade, selon notre scénario central,  
la hausse de l’IPC devrait s’inscrire à 6,1% en moyenne en 2017 et  
à 8,6 % en 2018.  
Accélération de l’inflation  
L’indice des prix à la consommation a connu une accélération  
depuis 2015, les coupes réalisées dans les subventions ayant  
poussé les prix à la hausse. L’indice a atteint 2,7% en 2016 (contre  
1
,8% en 2015). L’embargo devrait accélérer l’inflation en 2017, en  
Une dette extérieure élevée  
particulier pour les biens de consommation et les matériaux de  
construction dont les coûts de transport vont augmenter. Les prix du  
logement pourraient reculer sous l’effet de l’augmentation du taux  
de vacance étant donné la diminution des entrées d’immigrés et le  
retour dans leur pays d’une partie des expatriés. Une autre source  
d’inflation pourrait être liée à l’accroissement des agrégats  
monétaires, suite à la nécessité pour la banque centrale de  
La dette extérieure est traditionnellement assez élevée par rapport à  
celle des autres pays du CCG. Le financement des installations de  
GNL à la fin des années 1990 a porté la dette extérieure à 129 % du  
PIB en 1998. Après une période de ralentissement, cette dernière  
rebondit depuis cinq ans sous l’effet de la montée en puissance de  
nombreux projets liés au développement des infrastructures et de la  
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Qatar  
3ème trimestre 2017  
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nécessité de financer le déficit budgétaire. La dette a atteint un  
niveau record de 155 % du PIB à la fin de 2016. La position  
extérieure nette est largement positive (114% du PIB) malgré un  
endettement élevé. À fin 2016, la valeur des actifs du fonds  
souverain qatari (QIA) était estimée à 204% du PIB, les avoirs en  
devises de la banque centrale s’établissaient à 20 % du PIB, et la  
position extérieure nette du secteur bancaire était négative à  
hauteur de 26% du PIB. Si la position extérieure nette du pays reste  
confortable, il faut cependant considérer qu’une partie du fonds  
souverain n’est pas mobilisable en cas de difficultés. On peut  
estimer qu’environ un tiers de ce fonds est investi dans des actifs  
locaux et qu’une partie non négligeable du solde est peu liquide car  
investi dans l’immobilier ou le private equity par exemple.  
3
- Ecart de taux QIBOR 3M LIBOR 3M  
Points de base  
40  
1
120  
100  
80  
6
0
0
4
Des déficits budgétaires soutenables  
20  
2
016  
2017  
Les soldes budgétaires devraient modérément pâtir de la crise  
actuelle. Aussi longtemps que le Qatar pourra exporter du GNL, les  
recettes budgétaires seront assurées. On peut s’attendre à une  
légère hausse des dépenses pour atténuer les effets des pénuries  
de marchandises sur la population. Les recettes budgétaires hors  
hydrocarbures (et hors fonds souverain) devraient reculer, mais  
elles ne représentent qu’une part négligeable des recettes totales.  
Par conséquent, nous avons révisé notre déficit budgétaire pour  
Sources : Macrobond, BNP Paribas  
depuis la fin de 2014, passant de 2,4% du PIB en septembre 2014 à  
6% en mars 2017.  
2
Si la crise régionale actuelle n’est que temporaire, le secteur  
bancaire ne devrait pas être excessivement affecté. Pour le moment,  
les banques d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du  
Bahreïn n’ont pas émis de consignes officielles concernant les  
relations avec les établissements bancaires du Qatar. Certaines  
lignes de crédit ont été suspendues et les crédits de court terme ne  
sont pas renouvelés, mais aucune sanction financière n’a été  
appliquée. Si tel devait rester le cas, la situation resterait gérable,  
car la Banque centrale du Qatar pourrait injecter des liquidités à titre  
temporaire.  
2
017 à 8,3% du PIB. Ce déficit pourrait s’aggraver bien davantage  
en cas de prolongation de la durée des sanctions et de leur  
renforcement. Une aide de l’État au secteur bancaire sous forme de  
dépôts et/ou d’injections de capitaux serait en effet nécessaire,  
compte tenu de la diminution des ressources des banques et de la  
dégradation de la qualité de leurs actifs.  
Un secteur bancaire sous pression  
Il faut s’attendre à une détérioration de la qualité des actifs des  
banques compte tenu du ralentissement économique prévu et des  
difficultés grandissantes de certaines entreprises pour trouver des  
financements à court terme. Le tarissement de ces financements  
serait préjudiciable pour les entreprises sous-traitantes dans le  
secteur de la construction et entraînerait de nouveaux retards  
d’investissement. Certaines de ces entreprises, dont les factures  
n’auront pas été réglées pendant plusieurs mois, pourraient souffrir  
de difficultés financières.  
Depuis la fin de 2014, la baisse des prix du pétrole et la nécessité  
de financer les nombreux projets d’infrastructures ont été des  
facteurs de tension de la liquidité bancaire. La détérioration du solde  
budgétaire a entraîné un accroissement de l’exposition des banques  
au risque souverain et un repli significatif des dépôts du secteur  
public. L’exposition nette des banques au risque souverain en  
pourcentage de leurs actifs domestiques est passée de moins de  
2
% au T1 2014 à 16% en mars 2017. Les créances sur le secteur  
public augmentent (+25 % en glissement annuel en mars 2017,  
76% pour les seules administrations publiques) et représentent  
En cas de prolongement de la crise et d’aggravation des sanctions  
avec application de sanctions financières), on assisterait à des  
+
(
actuellement plus de 40% du crédit intérieur total. Par ailleurs, les  
dépôts du secteur public ont régulièrement baissé depuis la fin de  
sorties de capitaux, notamment de la part des pays du Golfe  
impliqués dans l’embargo. Les estimations de la dette extérieure  
brute des banques qataries vis-à-vis des autres pays du GCC est  
variable suivant les sources : de USD 20 mds (10% du PIB) à  
USD 35 mds (18% du PIB). En tout état de cause, le secteur  
bancaire pourra compter sur l’aide de l’État qui a déjà prouvé son  
soutien au secteur, notamment lors de la crise financière  
internationale de 2009.  
2
4
014. Ils représentent actuellement 26% du total des dépôts contre  
3% en septembre 2014. Du fait de la grande dépendance des  
banques à l’égard des dépôts et de la croissance positive (malgré  
un ralentissement) des créances sur le secteur privé (+7% en mars  
2017), on assiste à une réduction de la liquidité domestique depuis  
la fin de 2014.  
Les banques ont émis des emprunts obligataires ainsi que des  
sukuk (obligations islamiques) pour augmenter leurs ressources.  
Les taux interbancaires ont augmenté mais, surtout, la dette externe  
du système bancaire s’est accrue. Les dépôts des non-résidents  
sont actuellement d’un niveau comparable à ceux du secteur public  
(
contre, respectivement, 6% et 43% du total des dépôts en  
septembre 2014). En conséquence, la position extérieure nette du  
secteur bancaire est négative et elle s’est sensiblement détériorée  
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Qatar  
3ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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