Graphiques de la semaine

Information économique : un économiste commente un graphique

Kazakhstan : le flottement du tenge tourne à une forte dépréciation
Publié le 16 sept. 2015 par Anna DORBEC

La monnaie kazakhe a perdu un tiers de sa valeur en un mois. La position créditrice nette du gouvernement (environ 35% du PIB) ne fait plus le poids face à l’effondrement des cours du brut et à la dévaluation du yuan chinois intervenue quelques jours seulement avant la décision des autorités kazakhes de laisser flotter librement leur monnaie. Cette décision améliore certes les marges de manœuvre du gouvernement, mais les effets de la politique de relance risquent d’être atténués par le récent resserrement des taux (inévitable pour stabiliser le marché des changes). La dévaluation fragilise le secteur bancaire qui reste fortement dollarisé. Pour éviter la ruée sur les dépôts la banque nationale a d’ores et déjà annoncé qu’elle compensera la perte de valeur vis-à-vis du dollar pour les ménages qui maintiendront leurs dépôts dans les banques jusqu’en septembre 2016.

PDF

Sur le même thème

Europe centrale : renchérissement du coût de financement sur les marchés obligataires 14/06/2022
Ces dernières semaines, la remontée des taux des obligations d’État a été très marquée en Europe centrale. Depuis janvier 2022, les rendements à 5 ans ont respectivement augmenté de 338 points de base (pb) en Pologne, de 331 pb en Hongrie, de 350 pb en Roumanie et de 216 pb en République tchèque, et se situent désormais à des niveaux comparables à ceux de 2008. La tendance est similaire pour les taux à 10 ans. Ce mouvement peut s’expliquer en partie par une surréaction des marchés au regard de l’exposition relativement importante des pays d’Europe centrale à la Russie, en matière de débouchés et d’approvisionnement en énergie.  De même, leur proximité géographique avec l’Ukraine et la Russie contribue à une perception, par les marchés, d’un risque géopolitique plus élevé. Parallèlement, le durcissement monétaire, conséquence de la montée des pressions inflationnistes (+16% en g.a. en mai en République tchèque, +14,5% en Roumanie, +10,7% en Hongrie), a également poussé les rendements obligataires vers le haut. L’ampleur de la hausse des taux interpelle en Pologne alors que le pays est l’un de ceux qui résistent pour l’instant le mieux aux conséquences macroéconomiques de la guerre en Ukraine. Par ailleurs, la Pologne est bien préparée à une coupure du gaz russe grâce à des investissements passés visant à diversifier ses fournisseurs. Le pays pourrait aussi bénéficier d’un déblocage de fonds européens, sous certaines conditions. Le coût de financement de l’État sur le marché obligataire local s’est donc fortement renchéri pour l’ensemble des pays. Cela pourrait en inciter certains à recourir aux marchés internationaux pour couvrir leurs besoins de financement. Cette situation conduirait à une augmentation de la dette en devises étrangères et à une plus forte exposition des gouvernements au risque de change. À l’heure actuelle, la proportion de la dette du gouvernement en devises rapportée au PIB reste modérée pour l’ensemble des pays d’Europe centrale.
Dichotomie de politique monétaire dans les pays émergents 13/12/2021
La reprise dans les pays émergents depuis la mi-2020 s’est accompagnée d’un durcissement monétaire en Amérique latine et en Europe mais pas en Asie jusqu’à présent (à l’exception de la Corée du Sud). Le niveau et la trajectoire de l’inflation en sont les principales raisons. Elle est forte et accélère en Amérique latine et en Europe, plus modérée et encore contenue en Asie. Une comparaison entre les pays les plus industrialisés d’Europe centrale et d’Asie montre que si l’accélération récente de l’inflation relève pour partie de facteurs communs de nature conjoncturelle (hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation), les écarts d’inflation sous-jacente, apparus avant la pandémie et maintenus après, relèvent de facteurs plus durables (tensions sur les salaires et le marché de l’emploi, exposition des économies au choc d’offre).
Tensions inflationnistes dans les pays émergents 19/10/2021
Les pressions inflationnistes se renforcent dans les pays émergents depuis le début de l’année 2021. L’inflation totale a poursuivi son accélération au cours de l’été (à l’exception de l’Asie), principalement, sous l’effet conjugué de la hausse des prix des produits alimentaires et de l’énergie et du fléchissement des monnaies face à l’USD. Cependant, l’inflation sous-jacente s’est aussi globalement accélérée. Conséquence, les banques centrales d’Amérique latine et d’Europe centrale ont commencé à relever leurs taux directeurs. En Asie, l’inflation est restée faible (notamment en Asie du Nord) ou s’est stabilisée (Inde) de sorte que la politique monétaire est demeurée accommodante. Jusqu’à présent, les banques centrales engagées dans un cycle de resserrement monétaire ont fait preuve de retenue. Même les plus réactives (comme celles du Brésil et de la Russie) sont restées « behind the curve » (autrement dit, si le taux directeur réel est toujours négatif ou s’il n’a pas été relevé dans les mêmes proportions que la hausse de l’inflation). L’augmentation de l’inflation sera-t-elle transitoire ou s’inscrira-t-elle dans la durée ? La question reste ouverte. L’impact d’une forte reprise sur les prix du pétrole devrait s’atténuer avec l’augmentation programmée des quotas de production des pays de l’OPEP et dans l’hypothèse d’une fin rapide des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. Cependant, les pressions sur les prix risquent de persister si la hausse des prix des produits alimentaires et de l’énergie continue de se répercuter sur l’inflation totale. Mais également si les goulets d’étranglement du côté de l’offre tardent à se résorber, et/ou si les salaires nominaux rattrapent rapidement les prix, entraînant un désancrage potentiel des anticipations d’inflation. Une inflation élevée dans la durée pourrait faire peser un risque à la baisse sur les perspectives de croissance économique. De plus, les hausses affectant les produits alimentaires ont été plus importantes dans les pays particulièrement frappés par l’insécurité alimentaire, exerçant des pressions plus fortes sur les ménages les plus pauvres et renforçant le risque de troubles sociaux.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1811 articles et 362 vidéos