Graphiques de la semaine

Information économique : un économiste commente un graphique

Plan de relance : l’Union européenne fera-t-elle d’une pierre deux coups ?
Publié le 29 juil. 2020 par Hubert De Barochez

À travers la facilité pour la relance et la résilience, un volet essentiel de son plan « Next Generation EU », l’Union européenne (UE) accordera des subventions et des prêts aux États membres en fonction de critères bien précis. Les allocations pour 2021 et 2022 seront fonction de la population, du PIB par habitant et du taux de chômage de chaque pays. Les mêmes critères seront utilisés pour les allocations de 2023, à l’exception toutefois du taux de chômage qui sera remplacé par la perte de PIB réel enregistrée cette année ainsi que la perte cumulée pour la période 2020-2021.

Le think tank Bruegel a estimé le montant de ces allocations par pays[1]. Si l’on exclut les pays les plus développés (en rouge), il apparaît que les subventions bénéficieront particulièrement aux membres qui tirent le moins profit de leur appartenance au marché commun de l'UE. Il s’agit d'abord d’une coïncidence, la pandémie de Covid-19 ayant fortement touché des pays bénéficiant relativement peu du marché commun, comme l’Italie ou l’Espagne. Néanmoins, cela traduit aussi la double stratégie de l’UE : améliorer la résilience des pays les plus fragiles et favoriser la relance dans toute la région. Le but est ainsi d’éviter une divergence économique entre États membres. Au final, tous devraient y trouver leur compte. En effet, les pays recevant le moins de subventions comptent, pour soutenir leurs exportations, sur la demande des autres pays membres pour qui un décrochage économique a été rendu moins probable par le plan de relance.

[1] Bruegel, Having the cake, but slicing it differently: how is the grand EU recovery fund allocated?, 23 juillet 2020

PDF

Sur le même thème

Classification des banques européennes selon leur modèle d’activité : une approche objective 28/07/2020
L’analyse du modèle d’activité des banques répond à des besoins stratégiques, réglementaires ou encore d’étude des effets de la politique monétaire. Pourtant, aucune définition harmonisée n’existe. Les auteurs ont ainsi régulièrement recours aux méthodes de classification hiérarchiques afin classifier objectivement les banques selon leur modèle d’activité. Ces approches empiriques, fondées sur des algorithmes, reposent dans une large mesure sur des variables bilancielles. Or, la répartition des différentes sources de revenus des banques ou encore l’importance des actifs sous gestion constituent des variables tout aussi pertinentes. Nous réalisons donc notre propre classification des banques européennes selon leur modèle d’activité en utilisant l’ensemble de ces variables. En outre, nous appliquons une méthode de classification hiérarchique descendante qui apparaît sensiblement plus performante que sa version ascendante, pourtant plus courante dans la littérature. Enfin, la rétention d’une composante principale supplémentaire, en plus des deux qui le sont traditionnellement, permet d’améliorer la qualité de notre classification.
L’Europe centrale devrait rester le poumon industriel de l’Europe 29/06/2020
L’intégration des pays d’Europe centrale dans des chaînes de production multi-pays les expose à l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les flux de commerce international. À court terme, elle implique une contagion de la contraction du PIB en l’Europe de l’Ouest vers l’Europe centrale, notamment en Slovaquie et en République tchèque au travers du secteur automobile. Toutefois, dans ce secteur, même si la production des pays d’Europe centrale est montée en gamme, la proportion d’un véhicule conçu localement n’a pas augmenté ces dernières années : l’activité d’assemblage reste dominante, même si elle s’est progressivement déplacée vers le haut de gamme. Les arguments en faveur d’un maintien de ces industries en Europe centrale sont solides : outre une compétitivité qui s’est maintenue, les effets d’agglomération (économies de coût générées par le regroupement de plusieurs constructeurs dans une région de taille limitée) permettent une mutualisation des coûts difficilement transposable ailleurs.
Europe : la politique budgétaire en action 25/06/2020
Le choc du Covid-19 a entraîné une réaction budgétaire significative des États membres de l’Union européenne. La récession en 2020, même si elle devrait être de courte durée, sera historique. La réponse budgétaire était donc indispensable pour éviter des conséquences économiques nettement plus profondes et durables. Les États membres ne sont pas touchés de la même façon par la crise actuelle, et l’ampleur de la réponse budgétaire apportée diffère. La réponse européenne est l’un des rares aspects positifs de cette crise. Néanmoins, rien n’est encore joué. Le niveau de risques et d’incertitudes sur les plans sanitaire et économique restera particulièrement élevé dans les prochains mois. Un accord sur le plan de relance européen est donc nécessaire et le relâchement des efforts au niveau national apparaît peu envisageable.
L’ombre portée du chômage 19/06/2020
Les données économiques récentes se sont améliorées à la faveur des mesures de déconfinement, ce qui pourrait induire un sentiment de confort illusoire. Les effets liés à la gravité de la crise se feront sentir sur le long terme. Parmi les facteurs clés : la hausse du chômage et les anticipations de chômage qui pèsent sur les dépenses des ménages, en raison d’une perte de revenu et de la constitution d’une épargne de précaution. Malgré la reprise économique, les grandes banques centrales de l’Eurosystème s’attendent à une augmentation du chômage en 2021. Face à une visibilité qui reste faible et à des pressions élevées sur leurs bénéfices, de nombreuses entreprises n’ont d’autre choix que de réduire leurs effectifs.
L’endettement élevé des entreprises : un frein pendant la reprise 12/06/2020
L'une des conséquences les plus durables de cette crise est l’augmentation forcée de l’endettement des entreprises. Si celui-ci reste durablement très élevé, il risque d’agir comme un frein à la reprise. D'après la recherche économique, les sociétés les plus endettées réduisent davantage leurs investissements que les autres, ce qui limite l'efficacité de l'assouplissement monétaire. Ces entreprises lourdement endettées vont subir une perte durable de compétitivité vis-à-vis de leurs concurrentes mieux capitalisées. Une politique économique visant leur recapitalisation devrait avoir des effets favorables durables sur la croissance économique.
Les pays d’Europe centrale ne devraient pas échapper à une récession en 2020 20/05/2020
L’Europe centrale a enregistré au 1er trimestre 2020 une performance de croissance meilleure que celle de la moyenne de l’Union européenne, avec un repli limité à -1% (trimestre sur trimestre) contre -3,3% pour l’UE. La Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie sont même parvenues à maintenir une croissance positive. Il devrait en aller différemment au 2ème trimestre. Les chiffres de la production manufacturière montrent que le ralentissement économique s’est nettement renforcé en Europe centrale au mois de mars. Il est même devenu plus conséquent que celui de la moyenne européenne en Hongrie et en Roumanie, rejoignant en cela la Slovaquie (plus précocement touchée). Les exportations devraient être le vecteur prédominant de transmission de la récession vers les pays de la région. Ces pays sont très ouverts et la baisse de leurs exportations est plus sévère que pour la moyenne de l’Union européenne. en particulier dans l’industrie automobile. En conséquence, le PIB de l’Europe centrale devrait se replier de -3,8% en 2020, dont -5,8% en Slovaquie, -5,3% en Hongrie, -4,8% en Roumanie, -4% en République tchèque, -3,5% en Bulgarie et -2,9% en Pologne.
Vers un système de retraite plus austère 05/05/2020
Au cours des prochaines décennies, les pays européens seront confrontés à une augmentation des coûts liés au vieillissement de la population. D’après les simulations réalisées par le Comité de politique économique de l’Union européenne - à partir d’hypothèses très optimistes - ces coûts seront supportables. Il est néanmoins peu probable que les personnes qui entrent aujourd’hui sur le marché du travail partent à la retraite dans les mêmes conditions qu’actuellement. La transition vers des régimes de retraite publics plus austères requiert des mesures d’accompagnement, pour notamment encourager le maintien sur le marché du travail, et des incitations à mieux préparer sa retraite. Les autorités pourraient, en particulier, informer régulièrement les salariés du montant de leurs droits et les encourager à augmenter leur épargne-retraite.
La réponse de l’UE aux conséquences économiques de la pandémie : un certain progrès 24/04/2020
Des progrès rééls ont été réalisés lors du Conseil européen de cette semaine. Les propositions faites lors de la dernière réunion de l’Eurogroupe sur la création de trois filets de sécurité ont été approuvées. Il y a accord pour travailler sur un fonds de relance destiné aux secteurs et zones géographiques les plus touchés en Europe. Son financement serait lié au cadre financier pluriannuel. Fait important, la chancelière Merkel a déclaré que, dans un esprit de solidarité, il fallait se tenir prêt à verser temporairement une contribution plus élevée au budget européen.
Élections européennes : entre le Brexit et la fragmentation politique 20/05/2019
Pour la plupart des observateurs, les élections européennes sont avant tout vues comme un bulletin de santé politique simultané de l’ensemble des pays de l’Union européenne. Les grandes tendances mises en évidence par les sondages ne devraient pas être démenties. Dans cet article, nous évoquons quelques-unes des conséquences possibles de ces élections sur l’équilibre des forces à Bruxelles et le déroulement des événements qui vont suivre.
Baisse des émissions de CO2 liées à la consommation d’énergie 10/05/2019
Dans l’Union européenne, les émissions de CO2 liées à la combustion d’énergies fossiles ont diminué de 2,5 % en 2018 par rapport à l’année précédente. Compte tenu de la croissance du PIB, cette baisse s’explique par une réduction de l’intensité énergétique, confirmant ainsi une tendance de long terme. Cependant, les différences sont grandes au niveau européen, bon nombre de pays ayant enregistré une hausse des émissions. De même, on note des écarts considérables en termes d’émissions par habitant selon le niveau de développement économique, même s’il ne s’agit que d’un facteur parmi d’autres.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2485 articles et 640 vidéos