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EcoTV - Février 2019 07/02/2019

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Bonjour à tous et bienvenue dans cette édition de février 2019 d'EcoTV, le magazine des économistes de BNP Paribas.

Au sommaire de cette édition, les prévisionnistes ont le blues. Tant du côté du FMI que de la Banque centrale européenne, les prévisions de croissance sont revues à la baisse. On verra avec le chef économiste William De Vijlder pourquoi. On verra aussi si William a revu ses propres prévisions à la baisse.

Dans le Graphique du mois, nous allons parler des pays émergents. Comment sont-ils impactés par ce ralentissement économique à venir et par la question de la dette. On verra cela avec François Faure. Pour terminer, Trois questions sur le Mexique avec Hélène Drouot. Quelques semaines après l'accession au pouvoir du nouveau président Andrés Manuel López Obrador, nous ferons le point sur la perception des investisseurs après ses premières décisions.

 

FOCUS

François Doux : Les prévisionnistes ont le blues. Les économistes qui prévoient le comportement de la croissance dans les mois à venir sont de plus en plus pessimistes.

Ceux interrogés par la BCE ne prévoient plus que 1,5 % de croissance dans la zone euro en 2019, contre 1,8 %.

William De Vijlder, bonjour.

William De Vijlder : Bonjour François.

François Doux : Vous aussi vous êtes pessimiste ? Un peu plus qu'avant ?

William De Vijlder : On est moins optimiste, moins confiant. Nous sommes donc passés de 1,4% à 1 % de croissance en zone euro cette année.

François Doux :  Il n'y a pas que vous. Il n'y a pas que les enquêtes de la Banque centrale européenne, il y a aussi le Fonds monétaire international. On va voir les chiffres apparaître derrière nous. Le FMI a revu à la baisse ses prévisions de croissance. Au niveau mondial à 3,5 %, on était à -0,2 %. Aux États-Unis, c’est inchangé à 2,5 % et puis, en zone euro, ils restent plus optimistes que vous, avec 1,6 %. Quelles sont les raisons de cet excès de pessimisme ?

William De Vijlder :  Je ne sais pas si c'est un excès de pessimisme. Disons que la prudence est beaucoup plus grande et c’est à mettre en rapport avec différents facteurs.

Premièrement, force est de constater lorsque l'on revisite un peu les prévisions de l'année précédente, ou d’il y a six mois, qu’il y avait un peu trop d'optimisme. Je pense que tout le monde s'est laissé emporter par des chiffres de croissance robuste avec des indicateurs de confiance à un niveau très élevé.

En revanche, ce qui est beaucoup plus important, c'est que le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui a très fortement évolué. Il y a un an, par exemple, le Fonds monétaire mettait beaucoup l'accent sur le risque de remontée des taux aux États-Unis, liée à une remontée de l'inflation.

Aujourd'hui tout le monde est préoccupé par les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine, ou encore le Brexit. Donc, finalement, le monde a beaucoup changé.

François Doux :  Les risques ont évolué. Ils sont même un petit peu plus nombreux. Du coup l'exercice de prévoir l'avenir est-il compliqué, la visibilité est-elle moindre ?

William De Vijlder :  La visibilité est réduite et elle l’est d'autant en raison également de facteurs ponctuels. Par exemple ce que l'on vit en France ces dernières semaines. C'est un vrai défi d'appréhender dans quelle mesure cet effet, qui devait être temporel a priori, pourrait influencer de manière plus durable la dynamique de croissance. A notre avis, c'est temporaire. Du côté allemand, on a également vu des facteurs qui ont joué un rôle très ponctuel, notamment la nouvelle norme antipollution qui a impacté le secteur automobile.

Ce sont donc des éléments qui, effectivement, créent un environnement plus difficile à analyser, plus opaque. Et cette visibilité réduite a également une influence sur le comportement des ménages et des entreprises. Les ménages, par exemple, ont vu une baisse de leur niveau de confiance. Je pense que c’est à mettre en rapport avec cette visibilité réduite. Lorsque les entreprises sont un peu moins confiantes, qu’elles ont un peu moins de visibilité, alors elles freinent leurs investissements.

François Doux : Plus d'incertitudes, on le voit aussi sur les marchés financiers avec des statistiques économiques moins bonnes que prévu en zone euro et, du coup, cela surréagit encore plus sur les marchés. Est-ce qu'il n'y a pas quelques lueurs d'espoir William De Vijlder ?

William De Vijlder : Tout à fait. Psychologiquement, il y a un risque de passer d'un optimisme excessif à un pessimisme excessif. C'est très connu.

Le deuxième élément, que je trouve plus important, c'est qu’il y a bon espoir qu'au niveau des négociations entre les États-Unis et la Chine, on parvienne à une sorte d'accord. Le deuxième point est le Brexit où là on est dans l'opacité totale, mais on parle quand même de l'hypothèse selon laquelle une sortie sans accord pourra être évitée. C'est aussi un facteur de soutien au moral.

Un troisième élément, qui est très important, c'est que la Chine a annoncé une série de mesures, également d'ordre budgétaire, qui devraient commencer à porter leurs fruits à partir du deuxième trimestre.

Donc avec la conjonction de ces trois éléments, on pourrait dire que les indicateurs de confiance devraient se stabiliser au minimum, et donc donner lieu à une lecture un peu plus confiante des perspectives pour le reste de l'année.

 

LE GRAPHIQUE DU MOIS

François Doux : Le ralentissement de la croissance, dont on vient de parler avec William De Vijlder, touche aussi les pays émergents. Attention au talon d'Achille de ces pays, la dette. François Faure, bonjour.

François Faure : Bonjour.

François Doux : Où en est-on de la dette des pays émergents en ce début d'année 2019 ?

François Faure : Cela dépend si on inclut ou non la Chine dans les pays émergents. Si l'on inclut la Chine, on voit non seulement que le taux d'endettement est beaucoup plus élevé.

François Doux : C'est la courbe bleue

François Faure : Exactement, mais aussi qu'il a continué à augmenter au cours de l'année 2018. En revanche, si on exclut la Chine, on voit que le taux d'endettement est à peu près stable. Cela dit, par rapport à juste avant la crise financière de 2008-2009, il est plus élevé, ce qui fait dire au FMI et à d'autres institutions financières internationales que le désendettement n'a pas eu lieu.

François Doux : Entrons dans le détail, quels pays vont faire face à une hausse de leurs remboursements ?

François Faure : Pour mesurer la vulnérabilité de ces pays, on a pris l'ensemble de l'amortissement de la dette obligataire et des prêts syndiqués de ces pays par rapport à leurs réserves de change et on a reporté sur ce graphique les pays pour lesquels ce ratio était le plus élevé. En fait, on distingue deux groupes de pays. Il y a des pays pour lesquels la situation macro-économique et les fondamentaux macro-économiques sont plutôt bons. C'est le cas de la Corée du Sud, du Mexique, de la Malaisie, voire même de la Chine pour lesquels on n'a pas d'inquiétudes majeures même si les ratios sont relativement élevés. En revanche, un groupe de pays est plus fragile, c'est-à-dire l'Ukraine, l'Afrique du Sud, la Turquie et le Ghana pour lesquels le ratio est assez élevé. Pour l'Ukraine, il devrait même s'alourdir assez nettement au cours des trois prochaines années.

François Doux : Pour conclure, est-ce qu'une hausse de l'endettement pourrait, en cas de problème, conduire à une crise du crédit ?

François Faure : La réponse est plutôt non. Les économistes de la Banque centrale européenne ont récemment publié une étude. Lorsque l'on compare les conditions macro-économiques telles qu'elles étaient du temps de la grande crise financière asiatique de la fin des années 90 avec la situation actuelle, il y a très peu de pays dont la probabilité de crise a augmenté. Les seuls pays pour lesquels cette probabilité a augmenté sont la Turquie, l'Ukraine et l'Argentine.

 

3 QUESTIONS

François Doux : Trois questions sur le Mexique, un peu plus de deux mois après l'accession au pouvoir du nouveau président Andrés Manuel López Obrador qui a la majorité absolue aux deux chambres du Parlement.

Hélène Drouot, bonjour.

Hélène Drouot : Bonjour.

François Doux : Première question, quelle est la perception des investisseurs après ces quelques semaines d'exercice du pouvoir ?

Hélène Drouot : Pour l'instant, il a délivré des signes rassurants pour les investisseurs. Il s'est engagé à maintenir l'indépendance de la banque centrale et à ne pas détériorer les finances publiques au cours de son mandat. Par ailleurs, il a approuvé la signature de l'accord commercial avec les États-Unis et le Canada alors qu'il s'y était fermement opposé pendant la campagne. Et, enfin, il a annoncé de grands projets d'infrastructures destinés à renforcer l'attractivité du pays et à améliorer la productivité.

François Doux : Il avait aussi fait des promesses très populaires, qu'en est-il de ses promesses ?

Hélène Drouot : Il a essayé de mener les deux de front. C'est-à-dire des mesures rassurantes pour les investisseurs, mais aussi maintenir ses promesses de campagne, notamment en augmentant le salaire minimum ou en facilitant l'accès pour les plus démunis aux soins et à l'éducation. Mais, surtout, il a fait de la lutte contre la corruption la priorité de son mandat. Dans ce cadre, il a organisé une consultation publique dont le résultat a été l'annulation d'un projet d'aéroport à Mexico. Pour lui, ce genre de projet est synonyme de corruption.

François Doux : Deuxième question, vous qui êtes économiste, est-ce que vous voyez des risques de dérapage budgétaire du Mexique ?

Hélène Drouot : A très court terme, pour l'exercice 2019, les risques sont limités. Le budget présenté est dans la ligne des budgets qui étaient présentés précédemment par l'administration sortante. En revanche à moyen terme les risques existent. D'une part, parce qu'il y a plusieurs oublis à ce budget, notamment les coûts associés à l'annulation du projet de l'aéroport à Mexico. Et, surtout, le flou concernant la réforme énergétique pourrait peser sur le déficit public. AMLO et son équipe se sont engagés à renflouer la compagnie nationale pétrolière Pemex. Les besoins en capital de l'entreprise pourraient être récurrents et, surtout, ils pourraient avoir été sous-estimés.

François Doux : On le verra dans les mois à venir. Troisième et dernière question, quels risques, d'un point de vue un peu plus général, pèsent sur le Mexique ?

Hélène Drouot : Ce que l'on va surveiller plus particulièrement, c'est justement le flou concernant l'avenir de la réforme énergétique. Le président précédent Peña Nieto avait ouvert aux investisseurs privés les investissements concernant le secteur pétrolier. La position d'AMLO pour le moment n'est pas claire et on redoute un changement de politique en cours de mandat.

Au-delà du secteur pétrolier, cela pourrait rebuter les investisseurs dans l'ensemble de l'économie. Donc on fera attention au sentiment des investisseurs.

 

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