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Hong Kong : la dette, le boom sans la crise ? 09/01/2018

Lorsque les économistes évoquent le problème de la dette en Chine, ils font référence à la Chine continentale. Mais la Chine c’est également Hong Kong et, en la matière, la région administrative spéciale n'est pas en reste. Faut-il s'en inquiéter ?

TRANSCRIPT // Hong Kong : la dette, le boom sans la crise ? : janvier 2018

-  Pour le Graphique du mois, direction Hong Kong. François Faure, bonjour.

- Bonjour François.

- Il y aurait une bulle du crédit à Hong Kong et une croissance de la dette vertigineuse. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

- On peut le voir de façon très claire sur ce graphique de l’évolution du ratio de la dette du secteur privé, uniquement par rapport au PIB. Vous voyez que pour Hong Kong, en l’espace de seulement huit ans, la dette a augmenté de la bagatelle de 135% du PIB, ce qui fait un ratio à plus de 300%.

-  Donc Hong Kong est quelque part plus endetté que la Chine selon ce graphique. Qui s’endette à Hong Kong ?

- Essentiellement les entreprises. Même si la dette des ménages a beaucoup augmenté. Peut-être une précision sur les statistiques : les banques à Hong Kong prêtent à des entreprises situées à Hong Kong mais qui ont une activité sur l’ensemble de la région et notamment sur la Chine continentale. Cela veut dire que le ratio d’endettement, calculé uniquement avec le PIB de Hong Kong, est surestimé. Cela dit, en termes de dynamique cela ne change pas grand-chose et la situation est assez préoccupante.

- Pourquoi faut-il s’inquiéter de cette situation ?

- D’une part parce que si l’on compare avec l’évolution du ratio d’endettement caractéristique qui a mené à une crise financière, on voit que Hong Kong est largement au-dessus et qu’il est même largement au-dessus des Etats-Unis qui a connu, par le passé, la fameuse crise des subprimes. Il faut s’en inquiéter également parce que, conjointement à cette augmentation de l’endettement, on a une bulle des prix immobiliers. Vous voyez bien que les prix flambent sur ce graphique. Et quand on a la conjonction des deux (beaucoup d’endettement et une bulle des prix de l’immobilier), en cas de retournement des prix, cela fait très mal.

- Pour conclure, qu’en est-il du véritable risque à Hong Kong ? On sait que, selon Karl Marx, l’histoire ne se répète pas, par contre elle peut bégayer. Quel est votre point de vue sur Hong Kong ?

- Je ne pense pas qu’il y aura une crise comme aux USA au cours de la décennie passée. D’abord, les banques de Hong Kong, contrairement à leurs homologues américaines, n’ont pas versé dans la titrisation à outrance. Or, c’est ce  qui a fait passer d’une crise de crédit à une crise de liquidité. Deuxièmement, les prêts des banques sont plutôt diversifiés, en tout cas géographiquement. Troisièmement, le risque d’une très forte dévaluation du taux de change avec une parité fixe au dollar, qui plongerait les entreprises hongkongaises endettées en dollar dans l’insolvabilité, est assez limité. Enfin, les banques hongkongaises elles-mêmes sont fortement capitalisées.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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