eco TV
Hyperstimulation monétaire : bientôt la fin 12/03/2018

Depuis fin 2008, les grandes banques centrales ont fait l'acquisition de presque 10.000 milliards de dollars d'actifs et injecté autant de liquidités dans les marchés. Une décennie d'hyperstimulation monétaire qui touche à sa fin.

TRANSCRIPT // Hyperstimulation monétaire : bientôt la fin : mars 2018

 - Après 10 ans de soutien monétaire à l’économie, 2018 va-t-elle marquer un tournant ? Jean-Luc Proutat bonjour.

- Bonjour.

- Pour répondre à cette question, quel graphique avez-vous choisi ?

- Tout simplement la représentation du bilan des grandes banques centrales de la planète, soit les quatre principales : la Réserve fédérale des Etats-Unis, la Banque centrale européenne, la Banque du Japon et la Banque d’Angleterre. Ce graphique montre que le bilan des banques centrales a été multiplié par près de 4. Depuis 10 ans, elles ont acheté à peu près 10 000 milliards de dollars d’actifs. C’est pratiquement le PIB de la zone euro. Et imaginez que la Banque du Japon, à elle seule, a acheté l’équivalent du PIB de la France.

- Sur la fin de cette courbe, ce sont vos projections. Cela baisse. Pourquoi ? Pouvez-vous nous expliquer ce qui se passe ? 

- A partir de 2018 on s’aperçoit effectivement que la taille du bilan des banques centrales se stabilise en part du PIB, voire baisse un tout petit peu. C’est d’abord parce que la Réserve fédérale des Etats-Unis, qui est à l’achat depuis dix ans, commence à vendre. Il s’agit donc d’un début de normalisation monétaire. Les banques centrales reprennent un peu de la liquidité qu’elles avaient injectée. Alors pourquoi ? Parce que l’on constate que la plupart des grandes économies vont mieux. Par exemple l’économie américaine tourne à nouveau à 3% de croissance. Parce qu’également ces injections de liquidité ont eu pour effet une très forte augmentation du prix des actifs financiers, notamment sur les marchés d’actions. Et que les banques centrales, notamment la Banque centrale des Etats-Unis, commencent à considérer qu’il est peut-être temps de normaliser la situation sur ce front-là également. Donc la suite probable, c’est un début de reprise de la liquidité des banques centrales avec des conséquences possibles sur les taux d’intérêt à long terme. On estime que cette inflexion pourrait avoir pour effet de faire remonter les rendements un peu partout : aux Etats-Unis mais pas seulement, également en Europe. Peut-être au Japon. Comme les marchés d’actions et les marchés obligataires sont très connectés les uns aux autres, ce que font les quatre principales banques centrales ont des implications globales.

- On suivra cela dans les mois à venir avec vous Jean-Luc Proutat.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

Faut-il s’inquiéter de la baisse des prix des matières premières ? 07/12/2018
Les prix du pétrole et des métaux ont nettement reculé cette année. Concernant le pétrole, le repli semble principalement imputable à des facteurs liés à l’offre. La baisse des prix des métaux, quant à elle, reflète probablement le ralentissement de la croissance mondiale. Il existe une relation négative évidente entre les variations des prix du brut et la croissance ultérieure du PIB réel aux Etats-Unis. Quels que soient les vents contraires auxquels la croissance américaine devra faire face en 2019, elle bénéficiera aussi de la chute des prix du pétrole observée cette année.
L’étrange débat sur l’indépendance des banques centrales 23/11/2018
L’indépendance des banques centrales est-elle menacée ? La question peut surprendre. Après tout, elle a joué un rôle déterminant dans la baisse de l’inflation et des anticipations d’inflation durant les années 80 et 90.
Une COP24 pour préserver l’accord de Paris 21/11/2018
La COP24 (Conference of the Parties) aura lieu du 3 au 14 décembre à Katowice, en Pologne. L’objectif est de progresser dans la mise en place de l’accord de Paris sur le climat qui vise une réduction mondiale des émissions de CO2 d’environ 20 % par rapport aux niveaux de 2010 d’ici à 2030, et un «bilan nul» des émissions aux alentours de 2075 pour limiter le réchauffement à moins de 2 °C par rapport aux niveaux pré-industriels. Or,  les émissions restent sur une tendance haussière. Certes, elles ont (un peu) baissé depuis 2000 dans l’OCDE, où l’intensité en CO2 de la production diminue, mais elles augmentent rapidement dans les pays en développement, en raison de l’industrialisation et du processus de rattrapage. Dans les BRIICS (Brésil, Russie, Inde, Indonésie, Chine, Afrique du Sud), les émissions de CO2 par tête ont presque doublé depuis 2000. Limiter ou, a fortiori, inverser cette tendance nécessitera beaucoup d’efforts et de coopération. Les économies avancées auront pour responsabilité d’aider les pays en développement dans la mise en œuvre de politiques d'adaptation et d’atténuation des changements climatiques. Elles ont déjà promis à mobiliser conjointement 100 milliards de dollars par an d'ici 2020.
Le QE face à une "borne supérieure effective" ? 16/11/2018
Alors que le bilan de la Banque du Japon atteint une taille équivalente au PIB du pays, l’inflation reste obstinément faible par rapport à l’objectif officiel. Des années d’assouplissement quantitatif (QE) ont provoqué des distorsions sur les marchés actions et pesé sur la liquidité du marché des JGB. On craint désormais une diminution de l’effet marginal des achats d’actifs par la BoJ, entraînant, de fait, l’établissement d’une borne supérieure effective pour le QE. Une telle évolution, si elle devait se confirmer, pourrait avoir une importance bien au-delà des frontières du Japon en influençant la perception de l’efficacité de futures vagues de QE.
Montée de l’incertitude 09/11/2018
Les fluctuations en matière d'incertitude peuvent avoir un effet considérable sur la croissance car elles agissent sur la confiance des ménages et des entreprises mais aussi sur le coût de financement. L'incertitude n'est pas directement observable mais certaines variables permettent de la détecter.
Ralentissement de la croissance sur fond de montée des incertitudes 17/10/2018
La croissance marque le pas depuis le début de l’année, en zone euro, dans les pays en développement, mais pas aux États-Unis, où l’activité a bénéficié de baisses d’impôts considérables. Cette désynchronisation a entraîné une appréciation du dollar, notamment face aux devises émergentes, qui, pour certaines (peso argentin, livre turque) ont lourdement chuté. La croissance mondiale devrait encore décélérer en 2019, cette fois ci avec les Etats-Unis, où les effets de l’impulsion budgétaire se dissiperaient, tandis que ceux du resserrement monétaire apparaitraient. Même en l’absence de surenchère sur les droits de douane, l’investissement des entreprises américaines serait freiné et, avec lui, le commerce mondial.
Chute soudaine de l'appétit pour le risque 12/10/2018
L’explosion de la volatilité sur les marchés actions aux États-Unis, avec ses effets de contagion, n’est qu’une réaction différée à la remontée assez significative des rendements obligataires depuis la deuxième quinzaine d’août. Les anticipations implicites d’inflation sur les marchés n’ayant guère évolué, la hausse des taux longs reflète celle des rendements réels, elle-même liée aux chiffres relatifs à une forte croissance. La relation entre les variations hebdomadaires des rendements et la performance du marché actions est historiquement faible. Il convient donc de se concentrer sur les facteurs déterminants de l’appétit des investisseurs pour le risque et, en particulier, sur les signes de ralentissement de la croissance.
Des signaux d'incertitude contradictoires 05/10/2018
Si l'on s'en tient au fil des actualités pour estimer l'incertitude économique, celle-ci continue d'augmenter. Plus inquiétant encore, les entreprises allemandes ont des opinions de plus en plus divergentes lorsqu'elles évaluent le climat des affaires actuel, ce qui constitue aussi un signal d'une hausse de l'incertitude. Or, cela pourrait finir par influencer les prises de décision. Pourtant, vue des marchés boursiers (dispersion de la performance des valeurs individuelles) elle semble particulièrement faible aux Etats-Unis comme dans la zone euro.
Du mieux sur les marchés et pourtant rien n'a changé 21/09/2018
D’après l’évolution récente des marchés financiers, les investisseurs ont de nouveau le moral. Sur le plan économique (croissance, perspectives de politique monétaire), on note toutefois peu de changements. L’euro a bénéficié de cet environnement où les investisseurs sont enclins à prendre plus de risque. Il s’est renforcé face au dollar en dépit d’un élargissement du différentiel de taux d’intérêt.
Economie mondiale : dix ans après, où en sommes-nous ? 21/09/2018
Dix ans après la grande crise financière mondiale de 2008, le tableau du paysage économique apparaît contrasté. Dans la plupart des pays, le PIB réel par habitant est plus élevé qu’avant la crise tandis que le taux de chômage est redescendu à son niveau d’avant 2008 voire même en deçà. Néanmoins l’effort de stimulation pour y parvenir a été considérable, en particulier sur le front monétaire. Les taux d’intérêt restent, encore aujourd’hui, très faibles, limitant ainsi la marge de manœuvre des banques centrales en cas de nouveau ralentissement. La dette publique n’a pas diminué malgré la croissance du PIB et la forte baisse des taux d’intérêt. Dans plusieurs pays émergents, la dette des entreprises libellée en devises s’est envolée dans un contexte de liquidités abondantes des économies développées, augmentant ainsi la sensibilité de ces pays à la politique de resserrement monétaire américaine ou à la hausse du dollar. En cas de récession, les politiques budgétaires contra-cycliques seront davantage contraintes par le niveau de la dette publique que par les déficits budgétaires structurels. Ainsi, au-delà des efforts à fournir pour renforcer l’économie mondiale (réformes structurelles) et éviter les déséquilibres (politique macroprudentielle), il est urgent de réfléchir à la manière d’aborder, le moment venu, la prochaine récession.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1963 articles et 543 vidéos