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Économie mondiale : les nuages s'amoncellent 07/06/2018

La combinaison de taux d'intérêt réels bas, créations d'emplois, hausse des bénéfices des entreprises et augmentation des échanges internationaux devrait permettre à la croissance économique mondiale de rester soutenue. Toutefois, les nuages font leur apparition : les indicateurs de confiance régressent en Europe, au Japon et dans les marchés émergents ; ce qui n'était jusqu'alors qu'une menace protectionniste est devenu réalité ; en Italie, l'incertitude politique a provoqué des turbulences sur les marchés et des questions concernant les choix économiques du nouveau gouvernement restent en suspens. Ensemble, ces vents contraires pourraient freiner la croissance mondiale.

TRANSCRIPT // Économie mondiale : les nuages s'amoncellent : juin 2018

François Doux : En ce mois de juin 2018, faisons un point sur la conjoncture mondiale. On était sur un petit nuage, il me semble que l'on arrive dans le nuage maintenant. William De Vijlder, bonjour.

William De Vijlder : Bonjour François.

François Doux : Est-ce que cette métaphore des nuages est bonne ? Est-ce que les nuages s'amoncellent devant nous ?

William De Vijlder : Oui, j’aime bien cette métaphore. Effectivement le contexte a évolué. Il y a 6 mois, les économistes se demandaient « Comment se fait-il que le ciel soit bleu et que rien ne nous inquiète ». Aujourd'hui, au contraire, de nombreux sujets retiennent l’attention. D’abord, les indicateurs de sentiment ont fléchi, surtout en zone euro mais également dans les pays émergents. Les Etats-Unis résistent encore mais ce fléchissement est un facteur d'interrogations car on se demande si la tendance va se poursuivre.

François Doux : Au-delà du sentiment, des mesures sont bel et bien prises aux Etats-Unis. Elles font douter de la robustesse de la croissance.

William De Vijlder : Effectivement, cela fait des mois que l’on vit dans un contexte d’augmentation de l'incertitude au niveau de la politique économique. Cela concerne bien évidemment la politique commerciale des Etats-Unis, les négociations avec les Chinois et surtout maintenant la décision de l’administration américaine et de M. Trump d'imposer une surtaxe sur l'importation d’acier et d’aluminium.

Cette décision va toucher les entreprises européennes, canadiennes, mexicaines. Mais, et c'est très important de le dire, cela ne sera pas sans impact sur l'économie américaine.

François Doux : Est-ce que l’on craint la stagflation ?

William De Vijlder : Disons que lorsqu'on pousse le raisonnement, c’est un risque que l'on voit apparaître. D’ailleurs, les entreprises américaines ont immédiatement réagi en disant que cela allait augmenter leurs prix, et même provoquer des pertes d'emplois. Donc effectivement il y aura un effet stagflationniste.

François Doux : Du côté européen, le nuage est bel et bien là, au-dessus de l'Italie et de l'Espagne. On parlera en fin d’émission de l’Espagne avec Frédérique Cerisier. Donc le risque politique est là, l’incertitude en tout cas ?

William De Vijlder : Oui, beaucoup d’incertitudes. En fait, pour rester dans la métaphore, le ciel a été extrêmement variable.

Y aura-t-il un gouvernement en Italie ? De nouvelles élections ? Il y aura finalement un gouvernement italien, c’est une bonne nouvelle. Il n'empêche que le sentiment d’incertitude persiste parce que l'on se demande quelle sera sa politique en matière de budget et, surtout, ses relations avec « Bruxelles », la Commission européenne, les partenaires européens, etc. Il n’y a pas lieu de s'inquiéter mais on regardera de très près la politique du nouveau gouvernement italien.

François Doux : L'impact sur les marchés de tous ces nuages, c’est la volatilité ?

William De Vijlder : Oui, la volatilité a vraiment été extrêmement élevée, avec des mouvements journaliers très importants qui sont également à mettre en rapport avec les chutes de liquidité. Cela amplifie le mouvement.

Autre point intéressant : cela a eu des répercussions loin de l’Italie, on pourrait même dire que la baisse des rendements des bons du Trésor américain a été liée à des développements en Italie, c'est assez fascinant.

François Doux : Pour conclure, William De Vijlder, que va-t-on regarder dans les mois à venir ?

William De Vijlder : Pour un économiste, il est difficile de donner un chiffre. Qu’est-ce que cela vaut en termes de points de base de croissance ? Au minimum, il est clair que l’incertitude augmente. En conséquence, les analystes et les investisseurs vont vraiment regarder à la loupe la dynamique des indicateurs de sentiment. Il y a donc fort à parier que si la tendance se poursuit, voire accélère, ils mettront cela en rapport avec les sujets dont on a déjà parlé.

Merci William De Vijlder pour cette vue d’ensemble de la macroéconomie et de la dynamique de croissance.

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