eco TV
Taux d'ouverture et balances courantes : liaison incertaine 09/10/2018

Taxer les échanges permet-il d’éliminer les déficits ? Pas si sûr !

TRANSCRIPT // Taux d'ouverture et balances courantes : liaison incertaine : octobre 2018

LE GRAPHIQUE DU MOIS

 

François Doux : Taxer les échanges permet-il de réduire les déficits ? C'est une question d'actualité que nous allons traiter avec Jean-Luc Proutat. Bonjour.

 

Jean-Luc Proutat : Bonjour.

 

François Doux : Jean-Luc, aux États-Unis le président Trump taxe les importations chinoises. Ce qu'il veut, c'est rééquilibrer les échanges, favoriser la production américaine. Au final est-ce que cela fonctionne ?

 

Jean-Luc Proutat : Sauf à pousser la logique jusqu'à l'absurde et viser l'autarcie, la réponse est « non » ; c’est ce que suggère ce graphique, qui croise deux séries de données.
Sur l'axe des ordonnées, les balances courantes, donc les déficits et excédents extérieurs, et sur l'axe des abscisses, les taux d'ouverture (le poids des échanges dans le PIB)

 

François Doux : Pour quelle corrélation, Jean-Luc ?

 

Jean-Luc Proutat : De fait, aucune. Lorsqu'on regarde, par exemple, les Etats-Unis, il s'agit d'un pays relativement peu ouvert aux échanges, inscrit sur la partie gauche du graphique, mais qui, pourtant, enregistre des déficits élevés. Cela signifie que se fermer davantage n'est pas, en soi, un gage d'amélioration de la situation.

Et puis vous avez ici les pays d'Europe du Nord, qui sont à la fois très ouverts aux échanges et qui dégagent des surplus. Ce qui veut dire que le taux d'ouverture en soi n'est pas un problème.

 

François Doux : Est-ce que cela veut dire que les politiques protectionnistes sont sans effet ?

 

Jean-Luc Proutat : Elles ont un effet, qui est plutôt récessif, et qui n'est pas véritablement celui visé par l'Administration américaine. Il est bien évident que les pays qui voient leurs produits taxés par les États-Unis réagissent par des mesures de rétorsion similaires, comme on l'a vu avec la Chine. Au final le commerce mondial ralentit, sans qu’aucun pays ne puisse en tirer un quelconque bénéfice.

 

François Doux : Ce qui peut quand même en tirer un bénéfice Jean-Luc, c'est l'environnement. Moins de commerce égale moins de pollution ?

 

Jean-Luc Proutat : Mais aussi plus de chômage, ce qui nous ramène à l’urgence d’opérer une transition énergétique. Si l’on souhaite continuer de commercer au même rythme, la question est comment faire en sorte que nos modes de production et de transport deviennent moins dépendants des énergies fossiles.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

Vers un ralentissement en 2019 11/12/2018
La croissance américaine devrait freiner en 2019 en raison de l’effacement du coup de pouce fiscal, de la croissance mondiale ralentie, de la hausse du dollar en 2018 et de celle des taux d’intérêt. Une croissance moins rapide donc, mais toujours au-dessus de la croissance potentielle, qui impliquera une politique monétaire prudente. On devrait voir deux hausses de taux au premier semestre 2019, puis une pause le temps d’observer la réaction de l’économie à ces resserrements. Cette situation devrait déboucher sur une désynchronisation monétaire car, au même moment, l’inflation de la zone euro remonterait suffisamment pour que la BCE augmente son taux de dépôt au deuxième semestre 2019. Cette désynchronisation renforcerait l’euro face au dollar. La principale source d’incertitude réside dans les conflits commerciaux qui opposent les Etats-Unis et l’Europe et, surtout,  les Etats-Unis et la Chine. Une incertitude persistante en la matière agirait comme un frein à la croissance.
Une croissance solide qui devrait ralentir 30/11/2018
La plupart des indicateurs se maintiennent au-dessus de leur moyenne de long terme. Bon nombre, et notamment celui -très important- des emplois non agricoles, ont dépassé les attentes. La croissance solide actuelle apparaît dans le nowcast de la Fed d’Atlanta (+2,6% annualisé par rapport au trimestre précédent).
Les Federal Home Loan Banks, au secours des ratios de liquidité bancaires 07/11/2018
Depuis octobre 2017, la Réserve fédérale américaine (Fed) réduit progressivement la taille de son bilan en limitant le montant de ses réinvestissements à échéance. Mécaniquement, cela a pour effet de dégonfler les réserves des banques auprès de la Fed. Afin de préserver leurs ratios de liquidité à court terme (LCR)1, certaines banques ont renforcé leur détention de titres souverains ou réduit leur recours aux financements dits « de gros » non garantis. D’autres ont récemment accru leurs emprunts sur le marché des fed funds (où les établissements disposant d’un compte auprès de la Fed s’échangent leurs avoirs en banque centrale). La garantie publique dont jouissent les Federal Home Loan Banks2 et leur importante capacité de prêt sur ce marché n’y sont pas étrangères. Leurs prêts, considérés comme des dépôts du secteur officiel, sont relativement peu pénalisés (leur probabilité de reconduction est supposée élevée et la sortie théorique de trésorerie associée, faible) et permettent aux banques de regonfler leur stock d’actifs liquides. 1 Cette norme impose aux banques de détenir suffisamment d’actifs liquides de haute qualité, telles que les réserves en banque centrale, pour faire face aux sorties nettes de trésorerie qu’occasionnerait une grave crise de liquidité d’une durée de 30 jours. 2 Réseau régional de 12 coopératives de crédit chargé de soutenir le financement du marché immobilier par le biais de prêts collatéralisés (advances) à ses membres
R, comme récession : le mot qui fâche 31/10/2018
Plus la couverture médiatique sur un sujet économique donné s’intensifie et plus l’actualisation des anticipations s’accélère. La modification des perspectives a un impact plus important que l’environnement conjoncturel actuel. Le suivi de la couverture médiatique du risque de ralentissement économique va devenir de plus en plus important dans un contexte de fléchissement des données d’enquête.
Les raisons de la hausse de la volatilité des marchés actions ? 26/10/2018
Les marchés actions restent particulièrement volatils. Une volatilité qui pèse naturellement sur les rendements des obligations d’Etat. La volatilité des obligations high yield demeure néanmoins faible. Les fluctuations des marchés actions pourraient donc être dues à d’autres facteurs que les inquiétudes entourant les perspectives de croissance du PIB ou de politique monétaire
Excès de vitesse 17/10/2018
Baisses historiques d’impôts, hausses des dépenses militaires, transferts aux agriculteurs victimes de l’affrontement commercial avec la Chine… A l’approche des élections de mi-mandat, tout est mis en œuvre par l’Administration américaine afin d’euphoriser la conjoncture. Quitte à faire exploser le déficit fédéral, dont la hausse est l’une des plus fortes jamais enregistrées hors période de récession. Les finances publiques sont sur une trajectoire difficilement soutenable, l’économie aussi. Le quasi plein emploi des ressources, le plafonnement des ratios d’endettement d’entreprises, les valorisations boursières tendues, sont autant de signes avant-coureurs d’un atterrissage, que nous jugeons possible dès 2019.
Etats-Unis, les déficits explosent 10/10/2018
Baisses historiques d’impôts, hausses des dépenses militaires, transferts aux agriculteurs, premières victimes collatérales de l’affrontement commercial avec la Chine : à l’approche des élections de mi-mandat, tout est mis en œuvre par l’Administration Trump afin de soutenir la conjoncture. Quitte à faire exploser le déficit fédéral, dont la hausse est l’une des plus fortes jamais enregistrée hors période de récession. Les Etats-Unis, dit-on, peuvent se le permettre, grâce au statut international du dollar. Mais l’exercice a ses limites. A bien des égards, la politique américaine consiste à emballer un moteur qui fonctionne déjà à plein régime. Des tensions en découlent, les taux d’intérêt remontent. A 3,23% sur le compartiment de la dette fédérale à 10 ans, ils sont au plus haut depuis mai 2011.
Croissance américaine : fondamentaux solides mais des incertitudes liées à la politique commerciale 09/10/2018
Les fondamentaux solides de l'économie américaine devraient continuer à soutenir la croissance. Toutefois, les chefs d'entreprises sont de plus en plus inquiets de l'effet des mesures commerciales protectionnistes.
Quand la dépendance aux données crée le malaise 05/10/2018
Les indicateurs récents confirment la persistance d’une croissance robuste aux Etats-Unis. L’indice ISM non manufacturier a fait grimper les rendements des Treasuries : compte tenu de la dépendance de la forward guidance à l’égard des chiffres économiques, les marchés s’attendent à ce que la Fed ne reste pas inactive face à la vigueur particulière des données. Malgré le ralentissement de la croissance mondiale, en dehors des Etats-Unis, les rendements obligataires partout dans le monde ont emboîté le pas à leurs homologues américains. Le dollar s’est également raffermi, une mauvaise nouvelle pour les entreprises des pays en développement, dont beaucoup sont très endettées en dollar.
Fed : la courbe de Phillips est plate 28/09/2018
Le président de la Fed, Jerome Powell, a fait des déclarations importantes lors de sa conférence de presse. La politique budgétaire est sur une trajectoire non viable et la hausse généralisée et durable des droits de douane serait néfaste pour les Etats-Unis et le reste du monde. La politique monétaire américaine reste accommodante et dépendante de la conjoncture. Les marchés ont apprécié le ton modéré (« dovish ») de ce message.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1963 articles et 543 vidéos