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France : La faiblesse des taux d’intérêt est-elle durable ? 11/12/2018

Les taux d’intérêt restent très bas en France, une situation qui devrait durer.

TRANSCRIPT // France : La faiblesse des taux d’intérêt est-elle durable ? : décembre 2018

3 QUESTIONS

 

François Doux : On parle à présent des taux d'intérêt en France. Ils sont plutôt bas.

Jean-Luc Proutat, bonjour.

 

Jean-Luc Proutat : Bonjour.

 

François Doux : Selon la Banque de France, le taux moyen des prêts à l'habitat est tombé à 1,51 % en septembre 2018, un plus bas historique. Première question : pourquoi ?

 

Jean-Luc Proutat : En raison de la politique de la Banque centrale européenne qui a précisément pour rôle de piloter les taux d'intérêt en zone euro, donc en France. Il faut savoir que, depuis plus de trois ans, la BCE maintient le taux des prêts à court terme aux alentours de zéro, mais elle influence aussi le niveau des taux d'intérêt à long terme en achetant de la dette, notamment de la dette des Etats sur le marché obligataire.

 

François Doux : Deuxième question, est-ce que cette situation de taux bas va durer ?

 

Jean-Luc Proutat : Cette politique de taux bas répond à un objectif qui est de stimuler le crédit et, in fine, l'activité. En général on la voit se mettre en place lorsque l'inflation est faible en zone euro, inférieure à la cible officielle de la BCE qui est de 2 %.

 

François Doux : Oui, mais Jean-Luc aujourd'hui en France l'inflation est bien à 2 % comme ailleurs dans la zone euro. Alors les taux vont-ils remonter ?

 

Jean-Luc Proutat : L'inflation effectivement a atteint 2 % mais c'est probablement transitoire. C'est essentiellement lié à la hausse du prix du pétrole qui d'ailleurs est en train de retomber. Hors énergie, l'inflation est plutôt basse et inerte dans la zone euro et en France proche de 1 %. Pour cela la Banque centrale n'a pas atteint son objectif donc il y a très peu d'incitation pour elle a modifier le niveau des taux d'intérêt en 2019.

 

François Doux :

Donc pas de changement ?

 

Jean-Luc Proutat : Si tout de même. A partir du 1er janvier la Banque centrale européenne devrait cesser ses achats nets de titres, ce qui pour certains observateurs pourrait avoir pour conséquence de faire remonter les taux d'intérêt à long terme, de manière modérée toutefois. Les anticipations du marché (forwards) sont très mesurées pour ce qui concerne les hausses de taux longs en 2019.

 

François Doux : Troisième et dernière question, cette situation de taux bas voire de taux zéro est-elle profitable ou dangereuse ?

 

Jean-Luc Proutat : Elle est assurément profitable pour les emprunteurs au premier rang desquels les Etats qui, grâce à la politique de la BCE, ont pu limiter la charge de leur dette qui a beaucoup augmenté. Mais elle peut aussi avoir des inconvénients.

 

François Doux : Lesquels ?

 

Jean-Luc Proutat : Poussée trop loin ou trop longtemps, la politique de taux zéro ou la politique de liquidité abondante peut avoir pour effet de faire monter de manière excessive le prix des actifs, immobiliers ou boursiers, et de générer un risque d'instabilité financière. Ce risque est actuellement très présent dans l'analyse des grandes institutions internationales comme le FMI. Il domine aussi le débat aux États-Unis, où la hausse des taux n'est plus une hypothèse mais une réalité depuis plusieurs trimestres.

 

François Doux : Jean-Luc Proutat, merci. On va regarder bien sûr ces questions de taux tout au long de l'année 2019.

Quant à moi, au nom de toutes les équipes des Études économiques de BNP Paribas, je vous souhaite d'excellentes fêtes.

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