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Pays d'Amérique latine en 2019 : le maillon faible ? 08/01/2019

Depuis plusieurs années, la croissance en Amérique latine est à la traîne. La reprise au Brésil et les changements des gouvernements au Mexique et au Brésil changent-ils la donne pour 2019 ? Rien n'est moins sûr.

TRANSCRIPT // Pays d'Amérique latine en 2019 : le maillon faible ? : janvier 2019

FOCUS

 

François Doux : Focus sur l'Amérique latine. Nouvelle donne politique dans plusieurs pays avec l'année dernière des élections présidentielles au Mexique et au Brésil. Cette année, c'est au tour de l'Argentine.

François Faure, bonjour.

 

François Faure : Bonjour.

 

François Doux : Première question, quel est le contexte économique de la zone Amérique latine en ce début d'année ?

 

François Faure : Il est relativement difficile parce que c'est une zone qui, comme tous les pays émergents, subit à la fois un dollar fort, des prix des matières premières en baisse, notamment ceux des métaux et du pétrole, mais aussi un durcissement à venir et en cours de la politique monétaire américaine. En ce qui concerne l'Amérique latine principalement, on a un retournement qui date d'il y a peu près trois mois et qui se confirme dans les enquêtes, à l'exception peut-être du Brésil qui va un petit peu mieux.

 

François Doux : Côté commerce international, comment est-ce que ces pays vont être affectés ?

 

François Faure : Ils vont être affectés essentiellement par la conjoncture chinoise. Il faut savoir que la Chine est un débouché important pour nombre de ces pays dans la région ; le Pérou et le Brésil exportent à peu près 20 % de leur production vers la Chine, et on monte à 25 % pour le Chili.

 

François Doux : Comment, justement, ces pays seront-ils aussi affectés par le durcissement du commerce international imposé par les États-Unis ?

 

François Faure : De deux façons. D'abord, il y a le cas spécifique du Mexique avec ce nouvel accord passé avec les États-Unis et le Canada qui devrait normalement être ratifié par les parlements. Il est encore très difficile de dire si cela va pénaliser le Mexique et, notamment, son secteur automobile parce qu'on attend de cet accord une redistribution des sites de production ; mais cela pourrait peser sur la production mexicaine.

D'un autre côté, et c’est un autre sujet, si elles sont maintenues les mesures de rétorsion de la Chine vis-à-vis des produits agricoles américains pourraient bénéficier aux céréaliers brésiliens et argentins.

 

François Doux : Qu'en est-il du durcissement des conditions financières extérieures pour ces pays ?

 

François Faure : En fait, les conditions se sont très nettement durcies essentiellement pour l'Argentine. Pour les autres pays, c'est un peu moins prégnant. Néanmoins, les simulations qu'avait faites le FMI en octobre dernier montrent que l'effet sur la croissance peut être significatif. Entre un 0,5 et 1 point de PIB selon les pays, à horizon d'un an.

 

François Doux : L'environnement extérieur, on l'a compris, est globalement négatif. Du coup, est-ce que les deux présidents élus, monsieur Bolsonaro au Brésil et monsieur Obrador au Mexique, vont disposer d’une marge de manœuvre, tant sur la politique monétaire que sur la politique budgétaire, pour le contrebalancer?

 

François Faure : Globalement, sur le policy mix, non. Je pense que les politiques monétaires et budgétaires vont rester sinon restrictives du moins très prudentes pour assurer les grands équilibres macro-économiques. Cela dit, on peut apporter une précision sur la politique monétaire au Brésil et sur la politique budgétaire au Mexique. D'abord, au Brésil, la politique monétaire a été assouplie grâce à la baisse de l'inflation. Et si le président Bolsonaro arrive à faire passer sa fameuse réforme des retraites, il se pourrait que la politique monétaire soit assouplie un peu plus.

 

François Doux : Du côté du Mexique, c'est vrai que le président Obrador avait détaillé une centaine de mesures. Est-ce qu’on y voit un petit peu plus clair du côté de la politique budgétaire ?

 

François Faure : La politique budgétaire devrait être un peu plus expansionniste parce qu'effectivement il y a beaucoup de mesures de soutien au revenu des populations les plus fragiles. Les retraités vont voir leur retraite fortement augmenter. Il est prévu également une hausse du salaire minimum et que les bourses soient diffusées plus largement aux étudiants. Cela va avoir un effet mécanique de soutien de la demande et donc de la croissance à court terme. A moyen terme, c'est surtout la réforme du secteur de l'énergie qui devrait être importante parce que la production pétrolière a fortement chuté au cours des dernières années. On attend un plan d'investissement assez massif qui permettrait d'élever le potentiel de croissance, non seulement du secteur, mais plus généralement de l'ensemble de l'économie.

 

François Doux : À suivre donc en 2019 cette économie mexicaine mais aussi l'économie brésilienne et, bien sûr, les élections en Argentine.

Merci François Faure. Dans un instant, on parlera des États-Unis. C'est le Graphique du mois avec William De Vijlder.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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