eco TV
Essoufflement des perspectives de croissance en Zone euro 08/01/2019

Après l’embellie économique de 2017, la Zone euro ralentit. La montée générale des incertitudes en Europe et ailleurs pèse sur l’environnement économique, en particulier sur l’Allemagne, traditionnel moteur de la croissance de la Zone.

TRANSCRIPT // Essoufflement des perspectives de croissance en Zone euro : janvier 2019

3 QUESTIONS

 

François Doux : Trois questions sur la conjoncture en zone euro.

Louis Boisset, bonjour.

 

Louis Boisset : Bonjour François.

 

François Doux : Une tendance-clé, une tendance évidente est que ça ralentit : à peine 0,2 % de croissance au troisième trimestre 2018. Les indicateurs conjoncturels sont eux aussi en baisse. Comment cela s'explique-t-il ?

 

Louis Boisset : Tout d'abord, il faut garder à l'esprit que ce ralentissement était en partie attendu, compte-tenu des bonnes performances économiques de 2017. Toutefois son ampleur peut surprendre. Plusieurs explications peuvent être avancées pour souligner cette mauvaise performance. Tout d'abord, une tendance globale à la hausse des incertitudes aussi bien sur le plan politique que commercial. Mais également des explications plus spécifiques avec, notamment, des difficultés dans le secteur automobile allemand au troisième trimestre qui ont pesé sur la croissance. Celle-ci a d'ailleurs été négative pour la première fois depuis début 2015. Et nous avons également une croissance légèrement négative en Italie.

 

François Doux : Parlez-nous, c’est la deuxième question, des indicateurs plus structurels, Louis ?

 

Louis Boisset : Effectivement, il y en a plusieurs et la hausse des tensions commerciales, en particulier, fait partie des risques les plus structurels surtout pour les pays dépendants de leur secteur exportateur comme l'économie allemande. D'ailleurs on peut remarquer que le commerce extérieur a pesé sur la croissance en zone euro depuis début 2018 alors même qu'il l'avait sensiblement soutenue en 2017. Au-delà du seul canal commercial, on peut avoir en tête qu’une hausse des tensions commerciales conduirait à une perte de confiance de la part des agents économiques – ménages et entreprises – et, in fine, ce serait la demande interne agrégée, c’est-à-dire la consommation et l’investissement, qui serait durablement réduite.

 

François Doux : Est-ce qu'il n'y a pas certains indicateurs qui appellent un petit peu d'optimisme ?

 

Louis Boisset : Absolument. Tout d'abord, l'amélioration du marché de l'emploi. On remarque une baisse continue du taux de chômage qui a atteint un niveau bas, un plus bas d'ailleurs depuis 10 ans, une hausse prolongée du taux d'emploi dont le niveau aujourd'hui excède son niveau d'avant-crise, et une accélération des salaires en zone euro depuis mi-2016. Cette accélération des salaires soutiendrait la consommation, qui serait elle-même favorable à l'emploi.

 

François Doux : Troisième et dernière question. Quelles sont vos prévisions macro-économiques pour 2019-2020 ?

 

Louis Boisset : On anticipe une poursuite du ralentissement. 1,4 % de croissance en 2019 et 1,2 % en 2020. L’inflation fléchirait légèrement à 1,8 % en 2019 puis à 1,5 %. Sa composante sous-jacente se raffermirait toutefois sous l'effet de l'accélération des salaires.

 

François Doux : Louis Boisset, merci.

On se retrouve en février pour un nouveau numéro d'EcoTV.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

Quand l’industrie manufacturière éternue, les services s’enrhument-ils ? 14/06/2019
Selon Mario Draghi, la question-clé est de savoir combien de temps les autres secteurs de l’économie seront épargnés par le ralentissement de l’industrie manufacturière. L’indice des directeurs d’achat du secteur manufacturier et celui des services sont historiquement très corrélés, signe, entre autres choses, du rôle important de ces derniers dans la chaîne de valeur de l’industrie manufacturière. La résilience du secteur des services dans la zone euro dépendra en très grande partie de l’évolution de la situation en Allemagne où l’écart entre les PMI des deux secteurs est anormalement élevé. 
BCE : prête mais pas pressée 07/06/2019
La BCE a légèrement assoupli sa politique monétaire en prolongeant sa forward guidance sur les taux directeurs. Par ailleurs, les conditions de la troisième campagne de TLTRO III sont un peu moins généreuses que les précédentes. Un débat s’est ouvert au sein du Conseil des gouverneurs sur la manière de réagir en cas d’aggravation de la situation. Au vu des fondamentaux de la zone euro, la BCE n’est pas pressée, pour le moment, de réagir à la prolongation des incertitudes. Une manière de ne pas brûler trop vite ses cartouches.  
BCE : accommodante mais prudente 07/06/2019
La BCE a annoncé l’extension de sa forward guidance et a précisé les modalités de ses prêts à long terme pour les banques de la zone euro.
Impulsion du crédit 31/05/2019
Après s’être redressée en février, l’impulsion du crédit dans la zone euro est demeurée relativement stable en mars 2019 pour les ménages tandis qu’elle a faiblement reculé pour les sociétés non financières. La demande est attendue en hausse au deuxième trimestre 2019 pour l’ensemble des catégories de prêts. Si les banques prévoient d’assouplir leurs conditions des prêts à la consommation, elles projettent en revanche de durcir légèrement celles des prêts à l’habitat et aux entreprises.
Des signaux contrastés 24/05/2019
Les résultats des enquêtes de conjoncture publiés cette semaine envoient des signaux contrastés : amélioration de la confiance des consommateurs, fléchissement de l’indice Ifo du climat des affaires en Allemagne et stabilisation de l’indice Insee en France. Les indices PMI IHS Markit indiquent une stabilisation au cours de ces derniers mois de l’industrie manufacturière, à un niveau très faible à faible, et des services à un niveau plus satisfaisant. Plusieurs facteurs continuent de soutenir la demande intérieure. Un malaise persiste toutefois, principalement pour des raisons sur lesquelles la zone euro n’a aucun contrôle. Le risque d’une hausse des droits de douane est en haut de la liste des préoccupations.
Accélération de l’activité économique au 1er trimestre 2019 10/05/2019
La majorité des indicateurs économiques sont conformes, voire supérieurs aux attentes. L’activité dans le secteur manufacturier reste néanmoins dégradée, l’indice des directeurs d’achat (PMI) s’établissant seulement à 47,9 en avril. Cette contre-performance est en partie compensée par la résistance du PMI dans les services qui, bien qu’en deçà de sa moyenne de long terme, reste bien ancré au-dessus du seuil d’expansion de 50 (52,8 en avril).
Communication des banques centrales: lire entre les lignes 09/05/2019
La communication des banques centrales peut fortement influencer le sentiment des agents économiques. Pour cette raison, elles veulent être claires tout en étant prudentes. Il en découle une nécessité de ‘lire entre lignes’. C’est ainsi qu’on peut observer du côté de la Réserve fédérale dans ses propos récents, un biais fort vers la prudence. Cette impression est encore plus manifeste en zone euro : l’inconfort de la BCE monte face à l’inertie de l’inflation sur une toile de fond de ralentissement de croissance. Il en découle aussi que la BCE est en mode proactive et réagira si les chiffres économiques le nécessitent.
Convergence en zone euro : où en est-on ? 30/04/2019
Au cœur du projet initial de création de la zone euro, la convergence économique des Etats membres a connu depuis 20 ans un chemin particulièrement heurté. Concept protéiforme, la convergence recouvre à la fois les critères issus du traité de Maastricht, la dynamique de croissance et la dispersion des niveaux de richesse. Si la période qui a précédé la grande crise financière a été marquée par un processus d’alignement nominal relativement abouti, la dynamique de convergence réelle affiche quant à elle un bilan beaucoup plus mitigé. L’absence d’« optimalité » de la zone euro, de possibilité de dévaluation du change et de mécanismes de stabilisation macroéconomique sont autant de freins importants à la convergence durable au sein de l’union monétaire.
BCE, l’atonie de l’inflation fait monter la pression 19/04/2019
Plus l’inflation est élevée au moment de l’accélération de la croissance des salaires, plus la répercussion de cette dernière sur la hausse des prix est forte et rapide. Dans la zone euro, la faiblesse de l’inflation a freiné le mécanisme de transmission. Le ralentissement prononcé de la croissance, sur fond de baisse de la demande extérieure et de chocs d’incertitude, vient compliquer le processus. La pression sur la BCE se fait d’autant plus sentir que l’inflation sous-jacente reste bloquée à un niveau bien inférieur à son objectif.
Freins externes, espoirs internes 18/04/2019
Le secteur manufacturier de la zone euro souffre de la baisse de la croissance du commerce international et du niveau toujours élevé des incertitudes. L’ouverture internationale forte de la zone euro la rend sensible aux ralentissements conjoncturels mondiaux. Les fondamentaux macroéconomiques internes restent toutefois solides et l’éclaircie venant du secteur des services résiste. La BCE prend acte de la dégradation plus durable qu’attendu de l’activité et mobilise de nouveau ses prêts à long terme. De nombreux risques pèsent toujours sur l’horizon de prévision. Les perspectives pourraient nettement s’assombrir si toutefois ces risques se matérialisaient.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2141 articles et 562 vidéos