eco TV

Sous surveillance

07/02/2019

Un peu plus de six mois après son élection, les premières actions du nouveau président mexicain Andres Manuel Lopes Obrador suscitent de nombreuses questions.

TRANSCRIPT // Sous surveillance : février 2019

3 QUESTIONS

François Doux

Trois questions sur le Mexique, un peu plus de deux mois après l'accession au pouvoir du nouveau président Andrés Manuel López Obrador qui a la majorité absolue aux deux chambres du Parlement.

Hélène Drouot, bonjour.

Hélène Drouot

Bonjour.

François Doux

Première question, quelle est la perception des investisseurs après ces quelques semaines d'exercice du pouvoir ?

Hélène Drouot

Pour l'instant, il a délivré des signes rassurants pour les investisseurs. Il s'est engagé à maintenir l'indépendance de la banque centrale et à ne pas détériorer les finances publiques au cours de son mandat. Par ailleurs, il a approuvé la signature de l'accord commercial avec les États-Unis et le Canada alors qu'il s'y était fermement opposé pendant la campagne. Et, enfin, il a annoncé de grands projets d'infrastructures destinés à renforcer l'attractivité du pays et à améliorer la productivité.

François Doux

Il avait aussi fait des promesses très populaires, qu'en est-il de ses promesses ?

Hélène Drouot

Il a essayé de mener les deux de front. C'est-à-dire des mesures rassurantes pour les investisseurs, mais aussi maintenir ses promesses de campagne, notamment en augmentant le salaire minimum ou en facilitant l'accès pour les plus démunis aux soins et à l'éducation. Mais, surtout, il a fait de la lutte contre la corruption la priorité de son mandat. Dans ce cadre, il a organisé une consultation publique dont le résultat a été l'annulation d'un projet d'aéroport à Mexico. Pour lui, ce genre de projet est synonyme de corruption.

François Doux

Deuxième question, vous qui êtes économiste, est-ce que vous voyez des risques de dérapage budgétaire du Mexique ?

Hélène Drouot

A très court terme, pour l'exercice 2019, les risques sont limités. Le budget présenté est dans la ligne des budgets qui étaient présentés précédemment par l'administration sortante. En revanche à moyen terme les risques existent. D'une part, parce qu'il y a plusieurs oublis à ce budget, notamment les coûts associés à l'annulation du projet de l'aéroport à Mexico. Et, surtout, le flou concernant la réforme énergétique pourrait peser sur le déficit public. AMLO et son équipe se sont engagés à renflouer la compagnie nationale pétrolière Pemex. Les besoins en capital de l'entreprise pourraient être récurrents et, surtout, ils pourraient avoir été sous-estimés.

François Doux

On le verra dans les mois à venir. Troisième et dernière question, quels risques, d'un point de vue un peu plus général, pèsent sur le Mexique ?

Hélène Drouot

Ce que l'on va surveiller plus particulièrement, c'est justement le flou concernant l'avenir de la réforme énergétique. Le président précédent Peña Nieto avait ouvert aux investisseurs privés les investissements concernant le secteur pétrolier. La position d'AMLO pour le moment n'est pas claire et on redoute un changement de politique en cours de mandat.

Au-delà du secteur pétrolier, cela pourrait rebuter les investisseurs dans l'ensemble de l'économie. Donc on fera attention au sentiment des investisseurs.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

Nouvelle détérioration des perspectives économiques 01/07/2020
Le PIB mexicain s’est effondré en avril (-19,9% en g.a.). Dans le même temps, la production industrielle a chuté de près de 30% (la composante manufacturière de plus de 35%). Outre l’effet des mesures de confinement sur la demande interne, l’activité économique est affaiblie par la baisse du prix du pétrole, les ruptures dans les chaînes d’approvisionnement, ainsi que par la forte baisse de la demande externe (principalement en provenance des États-Unis) et des recettes du tourisme. Les mesures annoncées par la banque centrale et la baisse du taux directeur (-225 points de base depuis janvier, à 5%) ne suffiront pas à atténuer l’ampleur du choc. En effet, désireux de maintenir l’austérité budgétaire à laquelle il s’était engagé, le gouvernement n’a pas annoncé de plan de soutien à l’économie. Au total, le PIB devrait reculer de plus de 10% en 2020. Contrairement à d’autres pays émergents, la capacité de rebond de la croissance mexicaine est limitée. Les perspectives de croissance pour 2021 (à moins de 3,5%) et les années suivantes sont affaiblies par des facteurs qui prévalaient avant la crise. La détérioration du climat des affaires, liée aux signaux contradictoires envoyés par le gouvernement, va notamment continuer de peser sur l’investissement.
Mexique : la croissance restera faible en 2020 05/02/2020
D’après les premières estimations, l’activité mexicaine a reculé pour le troisième trimestre consécutif au T4, de 0,3% en g.a. L’industrie manufacturière a été la plus touchée, enregistrant un recul de près de 2%. Sur l’ensemble de l’année 2019, le PIB réel a reculé de 0,1%, après avoir progressé de 2% en 2018. La croissance devrait légèrement rebondir en 2020 (+0,6%), mais restera nettement inférieure à son potentiel (estimé à 2,5% par le FMI). En effet, un an après son arrivée au pouvoir, la politique économique d’Andres Manuel Lopez Obrador reste difficile à lire et pèse sur l’investissement. L’avenir du secteur énergétique soulève également de nombreux doutes, renforçant la méfiance des investisseurs, domestiques et étrangers. Dans le même temps, le risque de dérapage des finances publiques augmente : dans un contexte de faible croissance, maintenir la politique d’austérité souhaitée par le gouvernement s’avèrera de plus en plus difficile.
Mexique : premier bilan du président Lopez Obrador 10/01/2020
Le président mexicain s’est engagé à ne pas détériorer les finances publiques au cours de son mandat, mais les hypothèses retenues dans le budget paraissent trop optimistes pour être réalisables. À moyen terme, le risque de dérapage budgétaire persiste.
La croissance ralentit 20/09/2019
Après avoir progressé de 1,2% en g.a. au T1, le PIB mexicain a reculé de 0,7% au T2. Le manque de dynamisme de la croissance américaine pénalisant le secteur exportateur mexicain et le ralentissement marqué de l’investissement (domestique et étranger), lié au manque de confiance des investisseurs, sont les principaux facteurs du ralentissement de l’activité. Pour ces mêmes raisons, les risques restent orientés à la baisse pour les trimestres à venir.
Mexique : la croissance ralentit 19/06/2019
Les perspectives de croissance au Mexique s’assombrissent : le ralentissement de l’activité aux Etats-Unis, l’austérité de la politique budgétaire et la faiblesse de l’investissement ont pesé sur la croissance du PIB au T1 (1,2% en g.a., après 1,7% au T4 2018). Elle devrait s’établir à 1,5% en 2019, après 2,0% en 2018, et les risques sont orientés à la baisse. D’une part, les potentielles tensions commerciales avec les Etats-Unis (suite aux menaces du président américain d’augmenter les tarifs douaniers sur l’ensemble des produits mexicains) pèseront sur le climat des affaires, bien que les deux pays soient parvenus à un accord. D’autre part, le manque de clarté de la politique gouvernementale et le soutien apporté à l’entreprise pétrolière Pemex (qui pourrait affecter durablement les finances publiques) affaiblissent les perspectives à moyen terme. Début juin, Fitch a dégradé la note souveraine du Mexique et de Pemex, alors que Moody’s les a placés (ainsi que plusieurs entreprises publiques) sous surveillance négative.
Ambivalence des sentiments 04/02/2019
L’élection d’Andres Manuel Lopez Obrador à la présidence du Mexique soulève de nombreuses questions. Si le nouveau président et son équipe bénéficient d’un fort soutien populaire, la politique proposée pour les six prochaines années inquiète les investisseurs. Les promesses de maintien de la discipline budgétaire, de l’indépendance de la banque centrale et, plus généralement, d’un pragmatisme économique, pourraient être incompatibles avec les mesures proposées. En particulier, plusieurs réformes ont été remises en cause, dont celle du secteur de l’énergie. A court terme, ces contradictions ne portent pas à conséquence compte tenu des solides fondamentaux dont bénéficie l’économie mexicaine. A moyen terme en revanche, la capacité du gouvernement à respecter la discipline budgétaire, maintenir à flot le secteur de l’énergie et garder la confiance des investisseurs constituent des risques.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2458 articles et 632 vidéos