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États-Unis, à propos du retournement de conjoncture 07/03/2019

Les deux premières années de la présidence Trump ont coïncidé avec conjoncture économique dynamique. Les deux dernières risquent d’être plus difficiles.

TRANSCRIPT // États-Unis, à propos du retournement de conjoncture : mars 2019

FOCUS

François Doux : Focus sur les États-Unis dont l'économie jouissait d'une santé éclatante depuis l'élection du président Trump.

Jean-Luc Proutat, bonjour.

Jean-Luc Proutat : Bonjour François.

François Doux : Depuis le début de l'année par contre, l'étoile de l'économie américaine est en train de pâlir ?

Jean-Luc Proutat : On voit quelques signes de fléchissement mais c'est vrai que depuis deux ans, l'économie américaine a plutôt bien performé. Le taux de chômage est tombé à un très bas niveau, de l'ordre de 4 % de la population active. C'est historiquement bas. La croissance est assez robuste, elle a atteint pratiquement 3 % en 2018.

François Doux : D'ailleurs le président Trump qualifiait sa propre économie comme "la meilleure de l'histoire" qu'ait connue le pays.

Jean-Luc Proutat : Tout à fait, peut-être en omettant de préciser qu'une bonne partie de ce bilan flatteur est quand même attribuable à l'administration précédente. Peut-être également en omettant de dire que l'impulsion donnée à la croissance, notamment en 2018 par des baisses d'impôts, a très largement contribué à faire déraper le déficit fédéral, qui connaît une de ses plus fortes augmentations en temps de paix.

On peut également signaler que la conjoncture aux États-Unis, la dynamique de croissance reposent sur des facteurs, des effets de richesse qui sont réversibles.

François Doux : Lesquels Jean-Luc ?

Jean-Luc Proutat : D'abord le pétrole. On ne le dit pas suffisamment mais l'économie américaine a doublé sa production de pétrole depuis 10 ans. C'est devenu l'un des tout premiers producteurs au monde devant l'Arabie Saoudite et la Russie. Ce qui fait que la conjoncture aux États-Unis est devenue assez dépendante des fluctuations des prix du pétrole. On remarque même que lorsque les prix du pétrole baissent, cela peut exercer un frein sur l'investissement dans le secteur de l'énergie aux États-Unis.

François Doux : On dit aussi que l'économie américaine serait à nouveau fortement endettée ?

Jean-Luc Proutat : C'est vrai. Surtout les entreprises, notamment dans les secteurs de l'énergie, des infrastructures, des technologies de l'information et des télécommunications. Le FMI alerte sur l'économie américaine depuis plusieurs trimestres déjà, sur l'extension des prêts à effet de levier qui ont tendance à multiplier de plus en plus les bénéfices des sociétés. Cela rend l'économie fragile aux modifications des conditions d'emprunt sur le marché et notamment au fait que la politique monétaire est en train d'être normalisée.

François Doux : Justement, la Fed a remonté ses taux au cours de l'année 2018. Est-ce que cela peut pénaliser la croissance ?

Jean-Luc Proutat : On s'est aperçus que cela avait assez vite contribué à freiner l'économie, ce qui était le but recherché. Notamment des indices, en particulier dans le bâtiment et le logement, ont commencé à se retourner, à tel point que la Banque centrale a décidé d’un coup d'arrêt, d’une pause dans son processus de resserrement monétaire pour 2019.

François Doux : Dernière question, Jean-Luc Proutat. Est-ce que la guerre commerciale menée par le président Trump a des conséquences dès aujourd'hui sur l'économie ?

Jean-Luc Proutat : En tout cas elle n'a aucune conséquence sur le déficit commercial des États-Unis qui continue d'augmenter et atteint, lui aussi, des records. Le paradoxe est d'ailleurs que c’est vis-à-vis de la Chine que les États-Unis ont le plus creusé leur déficit, alors que c'est le pays qui a subi le plus de hausses de tarifs douaniers. Mais d'une manière générale, on peut dire que l'incertitude générée par la politique tarifaire de l'administration Trump n'aide pas à la prise de décision et contribue à ralentir les flux commerciaux. Très récemment on a vu les indices d'enquêtes sur les perspectives de commandes à l'industrie fléchir aux États-Unis.

François Doux : Jean-Luc Proutat, merci. Dans un instant, on reviendra en zone euro avec William De Vijlder avec le Graphique du mois. Nous verrons quel indicateur anticipe la croissance dans la zone euro. Restez avec nous.

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