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Convergence en zone euro : un bilan mitigé

08/04/2019

La convergence consiste à regarder si les économies réduisent les écarts entre elles au niveau macro-économique. Ce processus en zone euro a connu deux phases distinctes. Si avant la crise de 2008 la convergence économique semblait bien enclenchée, depuis lors le tableau est plus mitigé.

TRANSCRIPT // Convergence en zone euro : un bilan mitigé : avril 2019

FOCUS

François Doux

La zone euro a 20 ans. Nous allons parler de la convergence des économies à l'intérieur de cette zone.

20 ans, c'est jeune pour une Union économique et monétaire. Il y a eu des crises comme la crise des subprimes aux États-Unis, mais aussi une crise à l'intérieur de la zone euro. Des des succès aussi, ne les oublions pas. La stabilité économique et surtout la stabilité monétaire. Pourquoi le concept de convergence économique est-il si important ?

Louis Boisset

La convergence, c'est regarder si les économies vont réduire leurs écarts au niveau macro-économique entre elles. Plus concrètement, par exemple, on peut regarder si les économies initialement plus pauvres vont croître plus rapidement et donc enclencher un processus de rattrapage économique, ou bien si les écarts de niveaux de richesse se réduisent au fil du temps. Dans l’Union économique et monétaire, dans la zone euro, c'est d'autant plus important que cela va faciliter la transmission de la politique monétaire.

François Doux

Tout cela est ancré dans le fameux traité de Maastricht de 1992. Quels étaient les critères à l'époque, ceux qui ont déterminé cette convergence ?

Louis Boisset

Dans le traité de Maastricht on parle plutôt de « convergence nominale ». On va regarder en particulier la convergence des taux d'intérêt à long terme, des taux d'inflation et des taux de change.

François Doux

20 ans après, où en est-on ?

Louis Boisset

On peut clairement distinguer deux phases : la première décennie pré-crise et la période post-crise. Avant la crise, on a observé une convergence nominale relativement aboutie avec des écarts de taux  d’intérêt à long terme proches de zéro. Mais aussi une convergence des taux d'inflation qui avait commencé avant même la création de la zone euro pour justement répondre aux critères du traité de Maastricht. La convergence des taux d'inflation a été importante mais des écarts ont persisté entre les pays.

Cela a amené des écarts de taux d'intérêt réels, c'est-à-dire les taux d'intérêt corrigés de l’inflation, ce qui a pu conduire, dans certains pays, à des booms du crédit importants qui ont pu se être relativement déstabilisateurs.

Du côté de la convergence dite « plutôt réelle », on peut dire qu'il y a eu un rattrapage économique, mais qu’il a été quasi exclusivement porté par des économies plus petites, comme les pays Baltes.

François Doux

Après 2008 le diagnostic change un peu ?

Louis Boisset

Le tableau est effectivement un petit peu plus sombre. Le rattrapage économique se tasse, les écarts de niveaux de richesse tendent à ne plus se réduire. Plusieurs facteurs peuvent être avancés à ce stade. Il y a probablement des écarts importants en termes de dynamique de productivité entre les pays. Certaines économies ont vu leurs gains de productivité baisser après la crise pour des raisons structurelles comme en Italie, mais également en raison d’une baisse drastique de l'investissement comme en Grèce. Au total, on peut dire que le boom du crédit d'avant la crise n'a pas permis un rattrapage durable de la productivité des pays les moins productifs vers les plus productifs.

François Doux

Louis Boisset, j'ai envie de vous parler d'un autre critère de convergence : les comptes extérieurs. D'un côté, on a des pays, comme l'Allemagne, avec de forts excédents - 8% du PIB en 2017 selon le FMI - puis d'autres pays qui sont au contraire en fort déficit. Est-ce problématique ?

Louis Boisset

Oui parce que cela sous-tend que les mécanismes d'ajustement ne sont pas à l'œuvre au sein de la zone euro. Effectivement il y a eu un écart très important de compte courant entre les pays excédentaires et les pays déficitaires avant la crise. Il tend toutefois à se réduire car du côté des pays déficitaires une dépression de la demande interne a considérablement pesé sur les importations. Cela a réduit leur déficit courant. Pourquoi de tels écarts ? Il y a des écarts de dynamique de compétitivité-coût. Lorsque l'on regarde, par exemple, les coûts salariaux unitaires, donc globalement les salaires au regard de la dynamique de productivité du travail, on remarque qu’ils ont stagné en Allemagne sur la première décennie de l'euro, alors que dans d'autres économies ils ont été particulièrement dynamiques, notamment en Grèce et en Espagne. Cela crée des divergences de compétitivité-coût. Divergences qui se sont toutefois réduites ces dernières années avec l’enclenchement d’un rééquilibrage certain, les dynamiques salariales en Allemagne étant plus importantes qu'en moyenne dans la zone euro. Cela conduit à une baisse des déséquilibres au sein de la zone.

François Doux

Au final, on comprend bien que cette zone euro n'est pas une zone économique optimale mais comment éviter des crises telles que celles que l'on a connues ?

Louis Boisset

On peut regarder davantage du côté de la convergence dite « institutionnelle ». Des progrès ont été fait sur ce terrain-là avec, au moment de la crise des dettes souveraines en zone euro, la création du mécanisme européen de stabilité, ou plus récemment de l'Union bancaire. Il faut probablement approfondir ces structures et peut-être en créer de nouvelles. Pourquoi pas, par exemple, un budget au niveau de la zone euro qui est d'ailleurs une idée poussée du côté français. Un budget qui, pour être efficace, doit être relativement important et contenir une fonction de stabilisation macro-économique. On doute aujourd'hui qu'à moyen terme un tel budget puisse voir le jour. Néanmoins d'autres solutions peut-être plus simples à mettre en œuvre pourraient prendre place en zone euro, par exemple une moindre pro-cyclicité de la politique budgétaire ou encore une meilleure coordination des politiques budgétaires nationales entre elles.

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