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Royaume-Uni : À propos du Brexit 11/06/2019

Le Brexit est reporté au 31 octobre 2019 mais il n’est pas dit que, obtenant un délai supplémentaire, le Royaume-Uni soit mieux à même de l’acter.

TRANSCRIPT // Royaume-Uni : À propos du Brexit : juin 2019

François Doux : 2019 sera-t-elle l'année du Brexit ? 31 mars, 12 avril et maintenant le 31 octobre 2019. Jean-Luc Proutat bonjour.

Jean-Luc Proutat : Bonjour François.

François Doux : Le 31 octobre est la prochaine échéance, a priori, à laquelle le Royaume-Uni devrait quitter l'Union européenne. Première question : pourquoi la situation semble ainsi bloquée ?

Jean-Luc Proutat : Parce qu'elle est inextricable. Il faut bien comprendre qu'en 45 ans de vie partagée, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont tissé des liens très étroits, très imbriqués, qui vont bien au-delà de simples accords de libre-échange.

On peut prendre l'exemple d'Airbus. Le Royaume-Uni en est une pièce essentielle (pour les ailes, les circuits électriques, les moteurs, etc.). Airbus fait vivre, directement, ou à travers ses sous-traitants, une centaine de milliers de familles au Royaume-Uni. Or, une fois en dehors de l'UE, cela risque d'être plus compliqué.

François Doux : Pourquoi ?

Jean-Luc Proutat : Tout simplement parce que l'Union européenne met en commun des normes juridiques, techniques, réglementaires, ce qui qui assure une très grande sécurité dans les échanges. L’UE permet aussi la libre circulation des travailleurs, ce qui, pour un secteur aussi intégré que l'aéronautique, est très important. On pourrait multiplier les exemples dans toute l'industrie mécanique, l'agroalimentaire, etc.

Le Fonds monétaire international a parlé d' « automutilation » au sujet du Brexit. On peut donc comprendre pourquoi, au moment de couper les liens, les parlementaires britanniques et les politiques hésitent.

François Doux : D’où la deuxième question : que vont faire les responsables politiques ? Au moment où l’on enregistre cette émission, on ne connait pas les résultats du scrutin européen mais on a quand même des sondages.

Est-ce que cette nouvelle donne peut changer les choses ?

Jean-Luc Proutat : Il est à craindre que non. Les sondages montrent que le pays est divisé en trois. A peu près un tiers des électeurs sont partisans d'un Brexit "pur et dur". En face, un bon tiers également sont pour un maintien dans l'Union européenne et votent pour des partis tels que les libéraux-démocrates, les verts, le parti écossais par exemple. Et au milieu, le dernier tiers hésite un peu à l'image des leaders conservateurs modérés ou des leaders travaillistes.

Donc dans ce paysage-là, il sera très difficile d'acter la moindre décision. On sait en outre que la première ministre, madame Teresa May, est tout prêt de démissionner. Elle devra être remplacée par un autre membre du parti conservateur ; on ne peut pas exclure non plus qu'il y ait des élections générales anticipées, avec, pourquoi pas, un nouveau référendum sur le Brexit. Tout ceci va occuper beaucoup les politiques britanniques dans les semaines et mois à venir. La recherche d'un accord autour du Brexit passera au second plan. Si bien qu'au 31 octobre, on risque d'être finalement plus ou moins au même stade qu'aujourd'hui.

François Doux : Troisième et dernière question : avec cette incertitude qui n'en finit pas, où en l'économie britannique ?

Jean-Luc Proutat : Elle freine indubitablement. Elle a beaucoup ralenti depuis trois ans. Il y a eu un petit sursaut d'activité au premier trimestre 2019 parce que les Britanniques se sont livrés à une intense activité de stockage, ce qui a un peu soutenu l’économie précisément en vue du Brexit. Les tendances de fond sont moins bonnes. On pourrait dire que le Brexit agit un peu comme un poison lent. On voit par exemple les flux d'investissements directs étrangers se tarir, tangenter vers zéro. Les flux migratoires en provenance de l'UE ralentissent aussi très nettement. L'immobilier atterrit et il y a finalement assez peu de raisons de penser que ces tendances s'inverseront dans les mois et trimestres à venir.

 

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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