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Investissement en zone euro : dynamique et recomposition

11/07/2019

Après une longue période de baisse de l’investissement en zone euro suite à la crise de 2008, un redressement tardif a été observé à partir de 2014. La part dédiée aux actifs immatériels a par ailleurs progressé.

TRANSCRIPT // Investissement en zone euro : dynamique et recomposition : juillet 2019

FOCUS

François Doux : En cet été 2019, certes des incertitudes pèsent sur la croissance en zone euro, mais il y a un facteur de soutien ces derniers trimestres : l'investissement.

Louis Boisset, bonjour.

Louis Boisset : Bonjour François.

François Doux : L'investissement a donc soutenu la croissance dans la zone euro ces derniers trimestres mais cela n'a pas été toujours le cas.

Louis Boisset : Absolument. Le double choc de 2008 et de 2012 a sensiblement pesé sur la dynamique d'investissement dans la zone euro, qui a marqué une baisse importante sur cette période.

Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer. D'abord une hausse des coûts de financement et, plus globalement, des difficultés d'accès au crédit, une hausse de l'endettement notamment public dans certains pays et une hausse importante des incertitudes. Depuis 2014, on observe un rebond relativement marqué, mais le niveau de l'investissement total aujourd'hui, public et privé, n'a toujours pas atteint son niveau d'avant-crise.

François Doux : Vous parlez de la crise. Tous les pays la zone euro n'ont pas été affectés de la même manière par la crise, il en est de même sur ce volet de l'investissement. L'Espagne par exemple avait connu un fort taux d'investissement jusqu'à la crise.

Louis Boisset : Absolument. Il y a des diversités importantes entre les pays de la zone euro et des diversités en termes de modèle de croissance. L'Espagne est un bon exemple. Le taux d'investissement espagnol était particulièrement élevé avant la crise, ce qui suggérait des surcapacités de production dans certains secteurs, notamment dans la construction.  Ensuite, la correction a été particulièrement marquée de ce fait.

Dans d'autres pays, le taux d'investissement a également légèrement baissé, comme en Allemagne et en Italie, alors qu’en moyenne le taux d'investissement français est plus élevé après, qu'avant la crise.

François Doux : Alors, on a coutume de dire dans les manuels d'économie que l'investissement est bon pour la croissance à long terme, mais tout dépend encore de la nature de l'investissement.

Louis Boisset : Oui, il est à ce titre intéressant de remarquer que la composition de l'investissement total en zone euro s'est réorientée en faveur des actifs dits immatériels. Par exemple la recherche et développement, au détriment d'autres actifs plus traditionnels comme les machines-équipements ou l'immobilier. Là encore il y a des disparités entre les pays. Même s'il faut regarder ces statistiques avec prudence, on remarque que la France investit relativement plus que ses voisins européens. L'Espagne et l'Italie accusant un certain retard sur ce type d'actifs, les actifs immatériels.

Un fait intéressant à ajouter est que la dynamique en volume de l'investissement en actifs dits immatériels ne semble pas avoir été particulièrement affectée par la crise, au contraire d'autres actifs comme les machines.

François Doux : Vous citiez la recherche et le développement. Est-ce que justement on assiste à une dynamique commune de cet investissement en R&D dans la zone euro, en comparaison à d'autres grands pays comme les États-Unis ou la Chine ?

Louis Boisset : Si on regarde uniquement le champ de l'industrie, qui est une branche marchande assez exposée à la concurrence internationale et réputée productive, on remarque que les taux d'investissement en R&D des industriels allemands et français sont nettement plus élevés qu'en Italie ou en Espagne. D'autres branches dans les services marchands sont réputées productives. C'est le cas notamment du secteur de la communication et de l'information qui affiche également un taux d'investissement en R&D relativement élevé, notamment en France. Lorsqu'on compare à d'autres économies, on remarque, malgré le fait que la productivité soit relativement élevée en zone euro, qu’elle reste en retard par rapport à la productivité des États-Unis. Cela montre que les efforts d'investissement doivent être maintenus et, dans certains pays, accélérés.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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