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Risque souverain et risque bancaire en Italie

11/07/2019

La prime de risque sur les obligations souveraines entre l’Italie et les autres pays de la zone euro (Grèce excepté) s’est élargie depuis un peu plus d’un an maintenant. Retour sur ce décrochage et ses conséquences.

TRANSCRIPT // Risque souverain et risque bancaire en Italie : juillet 2019

3 QUESTIONS

François Doux : L'écart se creuse entre l'Italie et d'autres pays de la zone euro, Grèce exceptée, tant d'un point de vue structurel que d'un point de vue cyclique.

François Faure, bonjour.

François Faure : Bonjour.

François Doux : On va voir avec vous l'impact sur le secteur bancaire italien de cet écartement entre l'Italie et les autres pays de la zone euro, c'est ce que l'on appelle les « spreads ». Pourquoi voit-on cet écartement ?

François Faure : Pour des raisons de stabilité du ratio de dette publique. D'abord parce que la croissance et l'inflation restent très faibles. Et deuxièmement, en raison de bricolages budgétaires de ce nouveau gouvernement de coalition.

François Doux : Parlez-nous de ces finances publiques ?

François Faure : En 2019, le déficit budgétaire devrait être contenu en dessous de la cible de 3 % parce que la Commission européenne a demandé à l'Italie de réviser son budget en décembre dernier. Cela dit, les efforts budgétaires vont juste permettre de stabiliser le ratio de dette, parce que la croissance est particulièrement faible. Par ailleurs le fait que les spreads soient beaucoup plus élevés implique que l'Italie ne va pas pouvoir bénéficier autant que les autres pays de la zone euro, d'un abaissement de sa charge d'intérêts.

François Doux : Plus fondamentalement la croissance en Italie est faible, quelles en sont les raisons ?

François Faure : Des raisons démographiques mais essentiellement une stagnation de la productivité, avec une conséquence immédiate, qui est l'absence d'amélioration de la compétitivité. C’est un point essentiel pour l'économie de l'Italie qui repose sur un tissu dense de PME orientées à l'exportation. Or ces PME sont particulièrement sensibles à la dégradation de leur compétitivité-prix.

François Doux : Parlons maintenant du secteur bancaire italien. Quelles sont les conséquences de ces hausses des primes de risque sur les emprunts souverains ?

François Faure : Il y a un effet immédiat, qui est l'effet sur la valorisation des titres publics que détiennent les banques italiennes. Au niveau des taux d’intérêt actuels et compte-tenu de la maturité de la dette publique italienne, il faut savoir que 100 points de base entraînent une dévalorisation du portefeuille des banques italiennes de 6,5%, ce qui n'est pas négligeable. Fort heureusement, un peu plus de la moitié du portefeuille de titres publics sont des titres détenus à maturité, sur lesquels les banques italiennes ne sont pas censées avoir de pertes.

François Doux : Ce risque bilanciel est connu mais il s'ajoute au risque de crédit, autrement dit les créances douteuses. Quelle est la situation ?

François Faure : La situation s'est améliorée. Le ratio de créances douteuses s'est amélioré au cours des dernières années, même s'il reste plus élevé que la moyenne de la zone euro, puisqu'il est de 8 % contre 3 % seulement dans la zone euro. Le stock a été divisé par deux parce que les banques italiennes ont nettoyé leurs bilans. Et, par ailleurs la situation financière des entreprises s'est améliorée.

François Doux : Pourquoi ?

François Faure : Elle s'est améliorée d'abord parce que les entreprises se sont désendettées. Le fameux ratio de levier qui rapporte la dette au capital est passé de 50 % à 39 % actuellement. 

39 %, c'est le niveau d’avant la crise financière, ce qui fait qu'avec ce désendettement et avec la baisse des taux d'intérêt ces six dernières années, le poids de la dette pour les entreprises a également été divisé par deux, ce qui leur a permis de reconstituer leur trésorerie.

François Doux : Dernière question. Est-ce qu'il peut y avoir là encore un impact négatif de cette hausse des primes de risque ?

François Faure : Oui, évidemment, parce que les banques pourraient répercuter cette hausse des primes de risque sur leurs taux d’intérêt créditeurs.    Mais cela va peser surtout sur les PME, d'abord parce qu'elles sont plus fragiles et, surtout, parce que la majorité des lignes de financement sont à court terme.

François Doux : François Faure, merci.
Au nom de toutes les équipes des Études économiques de BNP Paribas, nous vous souhaitons un bel été.
Rendez-vous à la rentrée.

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