eco TV
Une rentrée économique marquée par l’incertitude 09/09/2019

Cet été, les signes de ralentissement de l’économie mondiale se sont multipliés, l’incertitude est montée d’un cran et de nouveaux assouplissements monétaires ont été évoqués. Ces sujets devraient continuer de s’imposer au cours des prochains mois.

TRANSCRIPT // Une rentrée économique marquée par l’incertitude : septembre 2019

FOCUS

 

François Doux :

En cette rentrée 2019, on va faire un point sur la conjoncture mondiale. William De Vijlder, bonjour.

William De Vijlder : Bonjour François.

François Doux : Quel a été le fait saillant de cet été 2019 pour vous ?

William De Vijlder : Très clairement la chute des taux longs, vertigineuse, très forte chute aux États-Unis et puis en Europe aussi, avec notamment les taux allemands qui ont atteint  moins 70 points de base.

François Doux : Alors pourquoi ces taux longs ont-ils chuté ?

William De Vijlder : Les chiffres économiques bien sûr jouent un rôle. On a vu quand-même une continuation de la tendance. Tendance sur le ralentissement que l'on voit depuis plusieurs mois. Et en fait la tendance a continué. On a notamment observé en Chine une panoplie de chiffres qui montrent que "cela cafouille". Et aussi quand même des signaux venant des autorités chinoises, qui ne sont pas vraiment prêtes immédiatement "à mettre le paquet" pour soutenir la croissance.

En Europe, on a vu aussi quand même cette continuation avec un secteur manufacturier sous pression, les exportations sous pression et avec une certaine nuance quand même du côté service.

Et puis cette grande divergence entre l'Allemagne qui souffre, dont la Bundesbank estime que le pays sera en récession au T3, et puis une France qui est très résiliente.

François Doux : France très résiliente. Du côté des États-Unis, William, quelle est la situation ?

William De Vijlder : Disons d'une manière générale, on peut dire comme le montre le graphique, que les chiffres américains ont été plutôt satisfaisants. Je suis un peu nuancé mais c'est important. On peut regarder ici la ligne verte qui donne l'estimation en temps réel par la Réserve fédérale d'Atlanta.

Donc c'est une estimation en temps réel de la croissance lorsque les chiffres sont publiés jour après jour.

En fait cela montre quand même que premièrement cela a évolué dans une fourchette assez faible ; mais pendant le mois d'août, donc l'estimation en temps réel pour la croissance au T3 s'est même plutôt légèrement améliorée.

François Doux : Et du coup, ce n'est pas un peu en porte-à-faux avec la baisse des taux longs, si on a de la croissance ?

William De Vijlder : Oui effectivement, c'est quelque chose qui saute aux yeux. On voit avec un peu de générosité, une légère tendance à la hausse de l'estimation de la croissance : la ligne verte et cette forte chute des taux longs. Donc ce qui explique qu'il y a deux facteurs. Il y a le facteur de l'incertitude qui est très important. A mettre en rapport avec la déclaration ou l'annonce plutôt de monsieur Trump début août, qu'il souhaite encore augmenter les droits de douane visant la Chine.

François Doux : Donc le commerce mondial qui est vraiment le sujet en toile de fond de notre économie, de notre temps entre les États-Unis et la Chine. Il y a un autre facteur quand même aussi qui fait baisser ces taux.

William De Vijlder : L’autre élément clairement, c'est l'orientation qui est donnée par la Banque centrale. On a vu la décision de la Réserve fédérale fin juillet de baisser ses taux d'intérêt, accompagnant cette décision par un message très clair : qu'il y aura d'autres assouplissements monétaires qui vont venir, donc réduction des taux. Et puis, bien évidemment la Banque centrale européenne a déjà mis en perspective, un ensemble de mesures qu'elle va prendre lors de sa réunion du 12 septembre. Donc au final, le marché a également été très fortement influencé par ce message de baisse des taux d'intérêt venant de la Banque centrale.

François Doux : On va revenir sur notamment la zone euro dans quelques instants avec Frédérique Cerisier sur la marge de manœuvre budgétaire, maintenant que du côté de la BCE, on promet un soutien. Dernière question. Est-ce que le calme est revenu ?

William De Vijlder : Pas vraiment, parce qu'en fait nous vivons un peu au rythme « des tweets ». En fait, il y eut un temps ou en tant qu'économiste, en arrivant au bureau on regardait ce qui allait être publié aujourd'hui en termes de statistiques économiques. Maintenant, c'est avec un certain inconfort qu'on regarde s'il n'y a pas eu des tweets importants qui pourraient un peu bousculer l'image que l'on a du monde. Donc c'est un vrai sujet parce que cela complique très sérieusement la vie, à la fois du prévisionniste, de quelqu'un qui travaille dans les marchés financiers, et bien évidemment pour les entreprises aussi, pour les prises de décision "dois-je investir, recruter ou pas ?".

François Doux : L'immédiateté de la communication, un beau sujet. Peut-être un jour dans un podcast.

William De Vijlder : Oui, bien volontiers.

François Doux : Merci William De Vijlder pour ce point sur la conjoncture mondiale. Dans un instant donc, les Graphiques du mois avec Frédérique Cerisier sur les marges de manœuvre budgétaire dans la zone euro.

 

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

Economie mondiale : stabilisation, stabilité et opacité 06/12/2019
D’après les enquêtes de conjoncture, l’environnement conjoncturel semble s’être globalement stabilisé. Le même tableau se dessine pour la zone euro et la Chine, tandis qu’aux États-Unis la situation est mitigée. « Stabilité » est le mot qui caractérise le mieux les perspectives de la politique monétaire. Après ses annonces de septembre, la BCE peut se permettre d’attendre avant de juger l’efficacité de sa politique. Quant à la Réserve fédérale américaine, elle semble réticente à envisager un changement du taux des fonds fédéraux, d’autant plus s’il s’agit d’une hausse. La stabilisation des données économiques et une politique monétaire à la fois stable et particulièrement accommodante sont porteuses d’espoir à condition que l’incertitude n’augmente pas. Or, à cet égard, la situation reste empreinte d’opacité.  Il est donc plus compliqué d’enclencher la vitesse supérieure.
COP 25 : Le défi climatique reste entier | Etudes Economiques - BNP Paribas 27/11/2019
Certains gaz présents dans l’atmosphère, tel le dioxyde de carbone (CO2), sont largement opaques au rayonnement infrarouge de la Terre et maintiennent, tel un couvercle, la chaleur à sa surface. C’est l’effet de serre, un processus identifié dès 1824 par le mathématicien français Joseph Fourier, qui a toujours varié en intensité, mais s’est emballé du fait des activités humaines. Depuis l’ère préindustrielle (par convention, la période 1850-1900), celles-ci ont occasionné le rejet de 2.000 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère, provoquant une augmentation de 1°C de la température globale. Cette hausse, désormais, s’accélère. Elle atteindra 3 à 5°C à l’horizon 2100 si les émissions de carbone maintiennent leur rythme actuel de progression. A cette vitesse, cent fois plus élevée que lors des phases antérieures de réchauffement interglaciaires, peu d’espèces pourront s’adapter. La COP 25, qui se tient à Madrid la semaine prochaine, rappellera l’urgence de la transition énergétique.  
Le rééquilibrage des risques 22/11/2019
Le FMI, la Commission européenne et d’autres institutions considèrent, depuis quelques années, que les risques sont négativement orientés.
Incertitude : a-t-elle atteint un sommet ou est-elle juste en train de se déplacer ? 25/10/2019
La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine ainsi que le Brexit freinent la croissance depuis déjà un bon moment ¦ Les évolutions récentes donnent à penser que ces sources d’incertitude pourraient avoir atteint un point culminant ¦ Si tel était le cas, cela pourrait stimuler les dépenses en libérant la demande contenue des entreprises ou des ménages ¦ Cependant, dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale et, pour citer le FMI, de perspectives précaires pour l’année prochaine, la réaction sera probablement plus modérée, de nouvelles sources de préoccupation prenant le relais des précédentes : l’incertitude a peut-être atteint un sommet dans certains domaines, mais elle va probablement en gagner d’autres.  
FMI : légère accélération de la croissance liée à des facteurs idiosyncratiques 18/10/2019
Selon la conseillère économique du FMI, les perspectives de croissance sont précaires. Le Fonds prévoit une légère amélioration de la croissance l’année prochaine portée par un nombre limité de pays émergents et de pays en développement, actuellement en difficulté ou en sous-régime. Cette accélération modeste de la croissance tiendrait à des facteurs propres à certains pays plutôt qu’à des anticipations d’amélioration généralisée. La croissance devrait continuer à se tasser aux États-Unis bien au-delà de 2020 et, d’après les projections, elle se repliera en Chine à 5,8 %, l’année prochaine. Dans ce contexte, les projections relatives à un léger rebond dans la zone euro, rebond tiré par l’Allemagne et l’Italie et conditionné par la reprise de la demande extérieure, semblent ambitieuses.  
Incertitude : a-t-elle atteint un sommet ? 18/10/2019
Il existe différents moyens de mesurer l’incertitude. Si l’on part du haut à gauche et que l’on tourne dans le sens de l’aiguille d’une montre, l’indicateur de l’incertitude relatif à la politique économique, qui est basé sur la couverture médiatique, est historiquement à son point le plus haut en raison des tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis et des craintes d’un Brexit chaotique...
Les taux d’intérêt négatifs et l’épargne des ménages 03/10/2019
Les taux d’intérêt sont très bas et souvent négatifs dans de nombreux pays de la zone euro. Certains redoutent que cette situation finisse par engendrer un paradoxe de l’épargne qui conduirait à une augmentation du taux d’épargne des ménages. La politique monétaire deviendrait alors impuissante à stimuler la croissance.
La stabilité financière : déterminants et définitions 04/09/2019
La stabilité financière n’est pas seulement le gage d’une économie performante, elle permet également d’amortir les chocs qui rendent les acteurs économiques vulnérables et in fine déséquilibrent l’ensemble du système financier. Dans cet épisode, William De Vijlder fera le point sur les éléments qui rendent les États vulnérables aux crises ainsi que sur les facteurs pouvant déséquilibrer les systèmes financiers. 
La stabilité financière : retour sur l’histoire 04/09/2019
La crise financière de 2008  a été particulièrement marquante mais n’est pas un phénomène unique dans l‘histoire. Dans cet épisode, William De Vijlder évoque quelques-unes des grandes récessions de l’Histoire et analyse les mesures mises en œuvre par les banques centrales pour faire face aux événements. Nous verrons comment la stabilité financière devient une des préoccupations des banques centrales dans les années 2000 et comment la crise de 2008 n’a fait que renforcer cet objectif de stabilisation avec la création, dès 2009, d’organismes internationaux tels que le FSB (Financial Stability  Board).
Stabilité financière et banques centrales 04/09/2019
Dans ce dernier épisode, William De Vijlder examine la position qu’adoptent actuellement la BRI (Banque des règlements internationaux), la BCE (Banque Centrale Européenne), la Fed (Réserve Fédérale) et la Banque du Japon en matière de stabilité financière. Dans le contexte actuel de taux bas dont on peut s’interroger sur les effets à long terme, William De Vijlder s’intéressera tout particulièrement à la Banque du Japon. Quelles sont les conséquences sur l’économie japonaise de la politique de taux-plancher qu’elle pratique depuis 20 ans ?  

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2300 articles et 585 vidéos