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Affrontement commercial États-Unis – Chine, jusqu’où ?

07/10/2019

L’inflation redoutée des droits de douane entre les États-Unis et la Chine a finalement bien lieu. Dans l’immédiat, tabler sur une désescalade serait optimiste.

TRANSCRIPT // Affrontement commercial États-Unis – Chine, jusqu’où ? : octobre 2019

François Doux :

On a cru longtemps pouvoir l'éviter, mais l'affrontement entre la Chine et les États-Unis, au niveau commercial, a bel et bien eu lieu.

Jean-Luc Proutat, bonjour.

Jean-Luc Proutat :

Bonjour François.

François Doux :

Étape par étape, les droits de douane augmentent. Où en est-on en cet automne 2019 ?

Jean-Luc Proutat :

Cela fait à peu près deux ans que les États-Unis ont commencé leur offensive sur les droits de douane, en ciblant d’abord tout le monde avec l'aluminium et l'acier.

Et puis, c'est vrai, en se focalisant de plus en plus sur la Chine, qui est leur premier partenaire commercial. A départ, une gamme plutôt restreinte de produits était concernée, puis elle s’est élargie, alors que, étape par étape, les droits de douane étaient augmentés. Aujourd'hui, ce sont à peu près 250 milliards de dollars d'importations américaines en provenance de Chine qui sont taxés à un taux moyen de 25 %, peut-être 30 % dès le mois d'octobre, et le président Trump annonce vouloir taxer ce qui ne l'est pas encore. Cela représenterait à nouveau de 250 à 300 milliards de produits chinois supplémentaires ; si bien qu'au final, tout le commerce Chine-États-Unis serait concerné.

François Doux :

Les Chinois de leur côté que font-ils ?

Jean-Luc Proutat :

La même chose. Ils augmentent leurs droits, appliquent des taxes de plus en plus lourdes, en ciblant surtout les produits agricoles américains comme le soja. Ils freinent, restreignent leurs achats ; réorientent leurs filières d'approvisionnement, par exemple au bénéfice de l'Australie. Et puis, prudemment, ils laissent se déprécier leur monnaie.

François Doux :

L'affrontement commercial entre la Chine et les États-Unis, on l'a bien compris se durcit. Quelles sont maintenant les conséquences au niveau économique pour ces deux pays ?

Jean-Luc Proutat :

L'économie chinoise ralentit, mais cela fait déjà un moment. Toutefois, on peut dire que ce ralentissement est accentué par le tassement des exportations de la Chine qui, en retour, achète moins. Au final, c'est tout le commerce international qui est grippé. Pour des pays très exportateurs, très tournés vers les marchés asiatiques, comme l'Allemagne, cela a des conséquences. On sait que l'Allemagne est proche de la récession. Même aux États-Unis, on a vu pendant l'été les indicateurs d'enquête se détériorer. La production manufacturière est en recul, si bien que la Réserve fédérale a annoncé vouloir soutenir l'économie par des baisses de taux. On a également une accentuation du soutien monétaire en zone euro.

Au final, on peut dire que les premières conséquences négatives de cette guerre commerciale se font sentir et elles épargnent peu de monde.

François Doux :

Peu de monde, mais concernant le budget américain, le président Trump se félicite de ces rentrées fiscales, de ces rentrées douanières.

Jean-Luc Proutat :

Oui mais qui les paye, sinon le consommateur et les entreprises américaines ? En réalité, le président Trump est en passe de reprendre d'une main, par les hausses de tarifs douaniers, ce qu'il a pu donner de l'autre, par les baisses d'impôts. Et s'il va jusqu'au bout de sa logique, ce sont les hausses de tarifs aux frontières qui l'emporteront, sans conséquence particulièrement heureuse pour le budget fédéral.

François Doux :

Alors si cet affrontement commercial ne fait que des perdants, est-ce qu'on ne peut pas imaginer que le président Trump, à un moment donné, calme le jeu voire revienne un peu en arrière ?

Jean-Luc Proutat :

La première chose que l’on peut dire, c'est que ce réflexe protectionniste est loin de s'arrêter à Donald Trump et aux États-Unis. Le président Trump, dans cette affaire, est plus un symptôme qu'une cause.

En réalité quand on regarde bien, la montée du protectionnisme américain date d'avant-Trump. Elle s'était surtout manifestée par des hausses de barrières non tarifaires, des quotas, des mesures de protection sanitaires, phytosanitaires, des normes techniques depuis une dizaine d'années.

François Doux :

Et il est vrai qu'il y a aussi des affrontements commerciaux dans d'autres endroits de la planète

Jean-Luc Proutat :

Tout à fait. Le Japon et la Corée du Sud se livrent à un affrontement commercial moins médiatique mais tout aussi âpre que celui qui intéresse les États-Unis et la Chine.

Ce que l'on peut dire également, c'est que dans ces « guerres commerciales », il y a des enjeux autres que financiers. Il y a une bataille pour le leadership, technologique, politique, voire culturel, dans laquelle la Chine s'affirme de plus en plus.

Pour bien comprendre les tenants et aboutissants de l'affrontement commercial Chine-États-Unis, il suffit de regarder comment a évolué la nature du commerce entre les deux pays. Il n'est plus du tout le même aujourd'hui qu’en 2001, lorsque la Chine a adhéré à l'OMC. En réalité, les États-Unis aujourd'hui importent essentiellement de Chine des produits de l'industrie mécanique, des composants électriques et électroniques. Il faut savoir que les équipements de communication sont le premier poste d'importation des États-Unis en provenance de Chine. Ce n'est plus du tout le textile, la chaussure, l'électroménager. Tout cela a en fait beaucoup fondu. Ce qui fait que les enjeux ne sont plus du tout les mêmes. Les équipements chinois sont présents pratiquement à tous les stades de la chaîne de valeur des entreprises américaines et pour des usages aussi bien civils que militaires. Donc lorsque Pékin et Washington se parlent et négocient, les enjeux du déficit commercial sont pratiquement secondaires par rapport à ceux que représentent la cyber-sécurité ou la défense.

François Doux :

Est-ce à dire qu'une escalade des tensions est inévitable ?

Jean-Luc Proutat :

Pas nécessairement. Mais pour éviter que tout ceci n'aille trop loin, il faudrait se souvenir que le multilatéralisme a du bon, que des institutions supranationales, internationales ont précisément été créées de manière à ce que les conflits de voisinage ne dégénèrent pas, autrement dit que le chacun pour soi ne se termine pas en préjudice pour tout le monde.

François Doux :

Jean-Luc Proutat, merci.

Nous suivrons de près bien sûr cet affrontement commercial.

Dans un instant le Graphique du mois avec William De Vijlder.

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