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Situation difficile pour le président Macri avant les élections 07/10/2019

L’Argentine traverse une période très difficile avec les élections générales fin octobre sur fond de tensions financières extrêmes. Le gouvernement a dû imposer un report d’une partie de  ses remboursements de dette et durcir le contrôle des changes. Éléments d’explication.

TRANSCRIPT // Situation difficile pour le président Macri avant les élections : octobre 2019

François Doux :

Trois questions sur l'Argentine alors que les élections générales sont prévues le 27 octobre.

François Faure, bonjour.

François Faure :

Bonjour.

François Doux :

Première question. Quelle est la situation macro-économique de l'Argentine, est-elle très tendue ?

François Faure :

Elle est même plus que tendue. La situation est très difficile. Il faut savoir qu'à l'issue des élections primaires de cet été, c'est le ticket Cristina Kirchner / Alberto Fernández qui est sorti vainqueur, donc les challengers.

François Doux :

C'était une surprise.

François Faure :

C'était une surprise qu'ils aient une telle avance par rapport à Mauricio Macri. Cela a généré beaucoup de bruit sur les marchés financiers. Le change a de nouveau perdu 20 % depuis la mi-août, ce qui fait une perte d'un tiers depuis le début de l'année. L'inflation a ré-accéléré et on s'attend à ce qu'elle atteigne 55 % d'ici la fin de l'année. Tout cela sur un fond macro-économique très difficile, avec une récession qui a atteint à peu près 7 % sur les 12 mois écoulés et des perspectives qui, du fait notamment du stress financier, sont revues encore à la baisse par les prévisionnistes.

François Doux :

Deuxième question, le gouvernement actuel n'a pas tardé à réagir à cette crise économique et sociale ?

François Faure :

Tout à fait. Il a pris surtout des mesures d'urgence par rapport aux secousses financières. Le premier point a été d'annoncer un plan pour alléger la charge de la dette qui est très importante. Plusieurs mesures, premièrement un étalement des remboursements sur la dette à très court terme dûe aux investisseurs locaux argentins sur la période 2019-2020. Ensuite, le gouvernement va présenter un projet de restructuration de la dette obligataire en loi argentine aux investisseurs, détenue principalement par les investisseurs locaux.

Le gouvernement a aussi pris contact avec les investisseurs, et notamment étrangers, sur la dette obligataire internationale pour également la restructurer.

Enfin, dernier point, le gouvernement va essayer d'approcher le FMI pour que les tombées de dettes que ce pays doit au FMI soient elles aussi rééchelonnées.

Ceci concerne la dette. Ensuite, comme la situation continuait de s'aggraver avec notamment une perte des réserves de change liée à la fuite des capitaux, mais surtout à la dollarisation des dépôts, le gouvernement a réintroduit et durcit le contrôle des changes.

François Doux :

Pour conclure, avant de connaître le résultat des élections, même si les chances de Monsieur Macri d'être réélu sont faibles, parlez-nous des défis du futur gouvernement ?

François Faure :

Le principal défi pour le futur gouvernement va être un dilemme entre une situation économique et sociale qui peut devenir explosive, à la fois à cause de l'inflation comme le l'ai expliqué, mais parce que par exemple les prestations sociales ont baissé de 10% en termes réels, donc la population souffre. Puis, d'un autre côté, il y a toujours la nécessité de contrôler l'inflation, de stabiliser les changes pour pouvoir stabiliser la dette qui est à 80 % libellée en devises.

L'espoir c'est qu'il y ait une restructuration sans abandon de dettes. L'écueil à éviter pour ce gouvernement est de se fixer des objectifs de politique monétaire qui ne soient pas raisonnables, notamment en termes d'inflation. Tout cela doit rendre de la crédibilité à la politique monétaire et permettre la stabilisation du change.

Et, évidemment, le risque est que le FMI demande des efforts en matière budgétaire, ne serait-ce que pour stabiliser la dette. Et cela va être toute la difficulté pour ce gouvernement.

François Doux :

En tout cas voici bien des choses à suivre.

Merci François Faure pour ce point sur l'économie argentine.

On se retrouve dans un mois pour nouveau numéro d'ECOTV.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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