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Une croissance américaine sans contrainte monétaire : implications et risques

12/12/2019

D’une manière générale, au bout de quelques années, les cycles américains sont marqués par une hausse du taux officiel qui, en conséquence, atteint un niveau élevé en termes réels. Ceci influence les marchés financiers et pèse sur la croissance. Dans le cycle actuel, le taux réel a atteint son pic à un niveau faible et a depuis lors baissé, suite aux assouplissements de la Réserve fédérale.

TRANSCRIPT // Une croissance américaine sans contrainte monétaire : implications et risques : décembre 2019

LE GRAPHIQUE DU MOIS

 

François Doux : Croissance américaine et restrictions monétaires, c'est le sujet du Graphique du mois. William De Vijlder bonjour.

William De Vijlder :  Bonjour François.

François Doux : Sur ce graphique, les taux d'intérêt réels aux États-Unis nous montrent le degré de restriction de la politique monétaire et le niveau de la récession. Quelle est la corrélation entre les deux ?

William De Vijlder : Vous avez donc toutes ces récessions, lorsque l’on remonte dans le temps. Typiquement, on voit des remontées très fortes des taux d'intérêt réels de la Réserve fédérale, qui effectivement freinent la croissance et l'économie. On aurait presque envie de dire que cela contribue à provoquer une récession.

François Doux : Aujourd'hui le problème, quel est-il ?

William De Vijlder :  Il est très différent. L'environnement est tout à fait différent de ce que l'on a vu dans le passé. Tout d'abord, vous remarquerez qu’il n’y a pas de barre grise, donc que l’on reste serein, il n’y a pas de récession.

On voit bien évidemment que les taux d'intérêt réels sont remontés parce qu'ils étaient très négatifs. Les taux étaient très bas en nominal, on enlève l'inflation donc le résultat est très négatif. Donc, il y a une remontée, on repasse à zéro mais après cela rechute.

Pourquoi ? Parce que la période de resserrement monétaire a été de très courte durée et la Réserve fédérale a décidé d'assouplir à nouveau ses taux, sachant que l'inflation reste tout à fait sous contrôle et qu'elle s’inquiétait de la dynamique de croissance.

François Doux :  Donc concernant les taux réels pour anticiper une récession, la corrélation pour l'instant ne marche pas vraiment, en tout cas dans la situation actuelle. D'autant plus que les niveaux sont bas, donc si on doit encore plus baisser on aura moins de marge de manœuvre que par le passé.

William De Vijlder :  Effectivement deux lectures sont possibles. Tout d'abord, on peut se dire : « on est serein, ce n'est pas la politique monétaire qui va provoquer une récession ». C'est un élément très important, notamment pour les marchés financiers qui, dans le passé comme dans cette phase ou dans celle-ci, ont été confrontés à une période monétaire un peu plus turbulente qui pèse sur la volonté à prendre des risques. Aujourd'hui, comme il n’y a pas de turbulence monétaire, l'appétit pour le risque devrait rester soutenu.

Viendra quand même un moment où la croissance fera défaut, où il n'y en aura pas assez, ce qui finira par provoquer une chute de l'appétit pour le risque. Le problème qui se pose en ce moment est que, comme les taux sont très bas, la possibilité de les baisser est effectivement extrêmement limitée ; ce qui bien évidemment ouvrira la voie à nouveau, à des politiques dites « non conventionnelles ».

François Doux :  En conclusion William De Vijlder, attention au « sudden stop » ?

William De Vijlder :  Oui. C'est un concept qui convient dans ce cadre. Il a été importé d’une certaine  façon de la théorie des mouvements de capitaux où on observe parfois un arrêt soudain des flux de capitaux vers un pays donné.

Ici, je dirais que le risque d’un « sudden stop » est que soudainement les investisseurs qui, sans contrainte monétaire, ont continué à prendre des risques se disent : « la croissance laissera beaucoup à désirer dans le prochain trimestre et donc il est temps de prendre ses bénéfices ». Ce pourrait être un mouvement soudain, même si cela ne se vérifie pas encore. C'est un élément auquel il faut rester vigilants.

François Doux :  Restons vigilants avec la Fed.

 

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