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La conjoncture mondiale après le choc du coronavirus

10/03/2020

Les résultats des enquêtes macroéconomiques réalisées depuis l’apparition de l’épidémie ont été jusqu’à présent rassurants, mais, dans les prochaines semaines, les données sur l’activité et les dépenses devraient refléter l’impact négatif. Il s’agit néanmoins d’un choc temporaire. Dès que les perturbations des chaînes d’approvisionnement auront diminué et que la demande aura redémarré, l’activité va rebondir. Les mesures de relance, déjà annoncées en Chine, devraient aller dans ce sens.

TRANSCRIPT // La conjoncture mondiale après le choc du coronavirus : mars 2020

FOCUS

 

François Doux :

Focus à présent sur la conjoncture mondiale, sur la croissance économique.

 

William De Vijlder bonjour.

 

William De Vijlder :

Bonjour François.

 

François Doux :

Il y a quelques semaines, en début d'année, on parlait d'une reprise progressive de la conjoncture mondiale. Et puis le fameux coronavirus a débuté en Chine. Ce virus a-t-il déjà un impact macro-économique ?

 

William De Vijlder :

Disons que jusqu'ici on a essentiellement vu des chiffres qui concernent les entreprises individuelles ou des chiffres de ce qu'on appelle "haute fréquence" en Chine : le trafic au quotidien qui a chuté et n'a pas repris après le Nouvel An chinois. L'utilisation du charbon et le trafic dans les aéroports ont chuté bien évidemment.

Tous ces indicateurs ont clairement confirmé l'image d'une économie à l'arrêt, pour le dire d'une manière un peu binaire. Et bien évidemment, les économistes ont attendu avec impatience les données macro-économiques.

 

François Doux :

Apple aussi a annoncé des retards, comme d'autres constructeurs électroniques, ce qui montre la présence de la Chine dans les chaînes de production.

 

William De Vijlder :

Tout à fait. Ce phénomène joue. Certains constructeurs automobiles ont dit qu’ils se verraient forcés d'arrêter leur production faute d'approvisionnement en provenance de la Chine.

Des entreprises ont mis en garde contre l'impact de l’épidémie sur leur chiffre d'affaires et la rentabilité. Certaines ont même dit de ne plus donner d’indications sur la rentabilité parce que la fourchette est tellement large que cela n'a pas de sens.

 

François Doux :

Vous, en tant qu'économiste, comme signes avant-coureurs vous regardez les indices des directeurs d'achat, ceux qui approvisionnent, dont vous nous parliez. Ce sont les fameux indices PMI en anglais, et là on a déjà des réponses.

 

William De Vijlder :

Ces indicateurs, déjà par construction, sont très importants, très suivis par les économistes parce que ce sont les premiers indicateurs à être publiés. Concrètement, on a vu vers le 21 février la publication des données saisies dans la première moitié du mois de février. Cela montre le degré d'actualité et de réactivité. On voit ici à l'écran la ligne jaune de l'indice des directeurs d'achat composite, donc l’indice pour les deux secteurs manufacturier et services pour la zone euro. On voit que la tendance à la hausse observée depuis le mois d'octobre environ s’est poursuivie. C'était assez contre intuitif, et c'est un soulagement.

On voit d'ailleurs ici que l'indicateur du climat d'affaires en Allemagne –la ligne rouge- a également légèrement remonté. L'Allemagne, en particulier, est un  indicateur très important sachant que le pays est extrêmement exposé au commerce avec la Chine.

 

François Doux :

Nous parlons encore une fois de la zone euro, William De Vijlder. Est-ce que le choc du coronavirus n'est que temporaire ?

 

William De Vijlder :

Lorsqu'on prend une lecture disons de "médicale", oui il est temporaire. La question pour l'économiste est la suivante : quand verra-ton des signes vraiment convaincants que le pire est passé ? C'est une question extrêmement importante parce qu’avec un choc temporaire, est-ce que vous parlez d'un trimestre, de deux trimestres, de trois trimestres ? Le graphique ici schématise un peu le raisonnement des économistes. Il montre d’une manière tout à fait stylisée le niveau d'activité. Ici on peut l'associer à la Chine où effectivement on s'attend au premier trimestre à une baisse très forte de l'activité. Et puis à une reprise. Donc ici, j'ai mis l'essentiel du choc au T1, le début du T2 reste encore difficile, le mois d'avril, et après cela s'améliore. Je vous laisse décider de : est-ce que l'on doit le qualifier de V ou de U ? Disons que ce qui est évident, c'est que concernant la partie horizontale, on ignore pour l'instant si elle est rapportée sur un mois ou deux mois. On peut dire en revanche que les données économiques qui seront publiées au mois de mars (données d'activité, de dépenses) et qui concernent les enquêtes menées au mois de février, vont être mauvaises. Au mois d'avril, ce sera encore mauvais. Au mieux je dirais que vers fin avril, les directeurs d'achat, espérons-le, vont montrer que le pire est passé.

 

François Doux :

Et sur l'ensemble de l'année 2020, la question est ambitieuse ?

 

William De Vijlder :

Oui, parce que c'est aussi ce qui, dans ce V ou U stylisé, soulève la question bien, évidemment, du rebond. Pourquoi est-ce que le rebond a été aussi fort ? Je pense qu'on peut s'attendre à un phénomène de restockage évident. Il y a également le phénomène d'une demande inassouvie. Par exemple en Chine aujourd'hui on observe un effondrement des ventes de voitures. Clairement, les gens n'ont pas envie d'acheter une nouvelle voiture. Ceux qui comptaient acheter une voiture au premier trimestre vont passer commande au deuxième, et ceux qui envisageaient de le faire au deuxième vont le faire aussi. Cela provoquera donc des rebonds au niveau des carnets de commande.

 

François Doux :

J'en reviens à la zone euro. Vos prévisions de croissance ont-elles bougé ou pas encore ?

 

William De Vijlder :

Oui, on les a adaptées. Tout part évidemment de la Chine. Pour l'année, dans son ensemble, on a revu à la baisse la croissance de la Chine de 1,2%. Cela nous donne une prévision aujourd'hui de 4,5% pour l'année pleine. En zone euro, on a une prévision de 0,7%, qui est une légère révision à la baisse. Comme vous l'avez dit au début, l’économie se présentait sous de meilleurs auspices en début d'année. C'est donc la tendance de fond qui devrait reprendre une fois que ce choc temporaire aura disparu.

 

François Doux :

Et il y a un thème qui vous est cher. C’est celui de l'incertitude, le brouillard que l'on a parfois devant nous. Quand on lit la presse, le pic de l'épidémie pourrait être derrière nous, je parle quand même au conditionnel. Du coup, a-t-on plus de visibilité pour demain ?

 

William De Vijlder :

Le terme « brouillard » est intéressant dans la mesure où, quelque part, lorsque l'on regarde le comportement boursier, on a l'impression d’être confiant, qu'après le brouillard on va y voir clair. On est plus ou moins serein.

On doit donc se préparer à des surprises qui seront largement négatives pour les toutes prochaines semaines. Pourquoi ? Parce qu'on a de grandes difficultés à appréhender comment cela influence le chiffre d'affaires d'une entreprise, ou les données macros. Ce qui compte toutefois, ce sont surtout les nouveaux cas. Est-ce que leur nombre baisse ? Les statistiques des nouveaux cas de l'épidémie vont vraiment être déterminantes.  Cela permettra d'ignorer la déception des statistiques économiques à laquelle on peut s'attendre.

 

François Doux :

Donc beaucoup de chiffres et de statistiques à regarder. Dernière question William De Vijlder : est-ce que ce coronavirus aura des conséquences permanentes sur la structure de notre économie mondiale ?

 

William De Vijlder :

Il est fort à parier que ce facteur va contribuer à revoir un peu l'organisation des chaînes de de production. Des facteurs allaient déjà dans ce sens, ceux liés à la cyber sécurité par exemple. Mais cela invitera les entreprises à de demander si leurs chaînes de valeur sont très dépendantes de ce qui se passe dans un pays donné, si dans un nombre très limité de pays elles s’exposent à des interruptions d'activité qu’il faut éviter. Clairement, je pense que ce facteur va provoquer des changements dans les chaînes de valeur, avec notamment un raccourcissement, encore un peu plus de déglobalisation.

 

François Doux :

En tout cas, cela nous promet dans les mois à venir, bien des sujets intéressants à suivre. Merci William De Vijlder pour ce point sur l'impact du coronavirus sur la croissance mondiale. Dans un instant, on va faire un focus avec le Graphique du mois sur les pays d'Europe centrale où la croissance, pour l'instant, résiste plutôt bien.

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