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Marché du travail français : les bons chiffres de 2019

10/03/2020

Les principaux indicateurs du marché du travail français sont disponibles pour 2019 et le bilan est positif, en termes de créations d’emploi comme de baisse du taux de chômage.

TRANSCRIPT // Marché du travail français : les bons chiffres de 2019 : mars 2020

3 QUESTIONS

 

François Doux :

Trois questions sur le marché de l'emploi en France. On vient d'avoir les chiffres de l'année 2019.

 

Hélène Baudchon bonjour.

 

Hélène Baudchon :

Bonjour.

 

François Doux :

Première question. Ce marché de l'emploi et les chiffres du chômage sont qualifiés de positifs sur cette année 2019. Pourquoi ?

 

Hélène Baudchon :

Tout d'abord parce que les créations d'emploi salarié privé ont été plutôt importantes (217 000 en moyenne annuelle).

2019 marque aussi une longue séquence de six années d'affilée de hausse de l'emploi, ce qui est assez exceptionnel, avec un total de près d'1 million d'emplois créés depuis le creux de 2014.

Autre évolution remarquable et positive : les créations d'emploi dans l'industrie pour la deuxième année d'affilée. Certes elles sont très modestes, mais ce retour dans le vert intervient après 16 années dans le rouge. Enfin, du côté de l'emploi, autre indicateur positif. On a un certain nombre de signaux allant dans le sens d'une amélioration de la qualité de l'emploi (plus de CDI, moins de CDD et une hausse du niveau de qualification des emplois occupés).

 

François Doux :

Donc ça, c'est pour les créations d'emploi. Qu'en est-il du chômage ?

 

Hélène Baudchon :

La bonne nouvelle tient essentiellement au fait qu'il est retombé à 8,1 % fin 2019 à son plus bas niveau depuis la mi-2007, c'est-à-dire lors de sa dernière phase descendante. La baisse actuelle du taux de chômage, qui est engagée depuis la mi-2015, a été progressive mais régulière. Donc au final elle s'avère assez importante puisque le taux de chômage a tout de même baissé de 2,4 points en cumulé. D'autres indicateurs attestent de l'amélioration de la situation sur le marché du travail, comme la hausse du taux d'emploi, la baisse du temps partiel, la baisse du sous-emploi, du chômage de longue durée. Deux points viennent quand même ternir ce tableau : le taux de chômage français reste élevé dans l'absolu et, configuration inhabituelle, il est plus élevé que celui de la moyenne de la zone euro à hauteur de 1 point selon les données Eurostat.

 

François Doux :

Pour quelles raisons ces chiffres du chômage et de l'emploi sont-ils considérés comme remarquables ?

 

Hélène Baudchon :

La première raison, c'est que les créations d'emploi ont été plus résistantes encore que la croissance. Cette dernière a quand même perdu un demi-point entre 2018 et 2019 (passant de 1,7 % à 1,2 % en moyenne annuelle), mais l'emploi salarié privé a à peine décéléré, progressant de 1,1 % après 1,2 %. Le deuxième caractère remarquable, c'est que la baisse du taux de chômage a été un peu plus importante en 2019 qu'en 2018 (-0,6 point après -0,4). Ces évolutions sont globalement cohérentes les unes avec les autres : la croissance a baissé mais elle est restée sur un rythme suffisant pour créer des emplois.

 

François Doux :

Il n'y a pas qu'un effet croissance?

 

Hélène Baudchon :

Il n'y a pas qu'un effet croissance, en effet. D'autres éléments expliquent cette bonne tenue du marché du travail. Tout d'abord, la progression ralentie de la population active qui facilite la baisse du taux de chômage. Deuxièmement, l'écrasement tendanciel des gains de productivité du travail (pour une croissance donnée, cela signifie plus d'emplois) et, troisièmement, les mesures spécifiques d'enrichissement du contenu en emploi de la croissance, comme par exemple la baisse du coût du travail, le soutien à l'apprentissage et la formation professionnelle, ou encore l'assouplissement du Code du travail.

 

François Doux :

Dernière question Hélène Baudchon. À quoi faut-il s'attendre dans les prochains mois ? Est-ce que l'objectif de 7 % en 2022 du président Macron peut être atteint ?

 

Hélène Baudchon :

C'est possible si les mêmes causes produisent les mêmes effets. C'est-à-dire si les trois paramètres que je viens d'évoquer à l'instant continuent de jouer favorablement (ce qui nous paraît très probable) et si la croissance se maintient assez nettement au-dessus de 1%, ce qui est un grand « si », une hypothèse forte. Donc l'objectif d'un taux de chômage à 7% en 2022 ne peut être tenu pour acquis, mais au moins il paraît dorénavant atteignable, ce qui est à saluer.

 

François Doux :

Merci Hélène Baudchon pour ce point sur le marché de l'emploi en France. Je vous renvoie à notre podcast "En eco dans le texte" sur le profil du marché de l'emploi en France avec Hélène Baudchon, sur toutes les plateformes de streaming. Cela s'appelle "En eco dans le texte". Quant à moi, je vous donne rendez-vous dans un mois pour nouveau numéro d'EcoTV.

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Le tiering exempte partiellement les réserves excédentaires des banques de la zone euro du taux négatif de la facilité de dépôt (-0,5%). Il s’applique dans la limite d’un montant égal à six fois leurs réserves obligatoires. Les banques dont les réserves excédentaires ne dépassent pas ce multiple peuvent, en outre, convertir tout ou partie de leur facilité de dépôt en réserves excédentaires. Le montant de la facilité de dépôt des 19 systèmes bancaires de la zone euro a d’ailleurs reculé de 59% entre septembre et décembre 2019, retombant à son niveau du printemps 2016. Nous estimons que le tiering réduit le coût des intérêts négatifs de EUR 4,0 mds en zone euro et de EUR 825 m en France[1]. Le coût annuel des intérêts négatifs s’élève à EUR 4,7 mds pour les banques de la zone euro, dont EUR 3,5 mds imputables aux seules réserves excédentaires et EUR 1,1 md à la facilité de dépôt. S’il offre une vision pertinente de la hiérarchie des coûts entre systèmes bancaires, notre calcul n’apporte cependant qu’une vue immédiate ne tenant compte que des coûts directs. La prise en compte de la position interbancaire nette de chacun, le plus souvent de même signe que le solde des opérations avec l’Eurosystème, tend à amplifier les résultats obtenus. 1. Estimations fondées sur la base de données BCE à fin décembre 2019 (réserves excédentaires et facilité de dépôt à l’échelle de la zone euro, comptes courants et facilité de dépôt par pays) et de données banques centrales nationales à fin octobre (réserves obligatoires par pays). Pour certains pays (Pays-Bas, Irlande, Portugal, Grèce), les réserves obligatoires sont estimées à partir des stocks de dépôts à vue, dépôts à terme de moins de deux ans et dépôts remboursables à échéance des agents privés non financiers auprès des IFM, ainsi que des dépôts des non-résidents et titres de créances de moins de deux ans. Pour chaque système bancaire, les réserves excédentaires à fin décembre sont extrapolées en supposant le montant des réserves obligatoires inchangé depuis octobre.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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