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Moratoire ou effacement de dette ?

24/04/2020

Selon Eurodad, sans suspension des échéances de dette extérieure, l’endettement des pays les plus pauvres augmentera de 14 points de PIB en moyenne. Jusqu’à présent, les soutiens officiels privilégient une suspension temporaire des échéances. Mais faut-il aller jusqu’à effacer la dette ?

TRANSCRIPT // Moratoire ou effacement de dette ? : avril 2020

LES TROIS QUESTIONS

 

François Doux : Cette récession mondiale impacte bien entendu les pays émergents, notamment les pays les plus pauvres qui ont des besoins de financements massifs.

François Faure, bonjour.

 

François Faure : Bonjour François.

 

François Doux : Première question. À quelle hauteur se montent les besoins de financement, dus à la récession mondiale, des pays les plus pauvres ?

 

François Faure : Un chiffre a été publié : environ 94 milliards de dollars. C'est une étude réalisée par un réseau d'ONG qui militent pour une annulation des dettes. Selon eux, 45 pays seraient en urgence de financement, liée à la pandémie, et ces besoins de financement se traduiraient par une augmentation de leurs dettes de 14 points de PIB, ce qui est beaucoup pour des pays à très faible revenu.

 

François Doux : Le G20 a annoncé le moratoire de la dette pour certains pays. Est-ce que c'est une bonne chose ?

 

François Faure : Oui, c’est une bonne chose. Le moratoire peut être mis en application très rapidement alors qu’une annulation de dettes suppose des négociations. Lorsque vous décalez les remboursements, c'est autant de ressources qui peuvent être mises très au service immédiat de dépenses sanitaires et, surtout, vous n'avez pas à négocier avec les créanciers.

 

François Doux : Troisième et dernière question François Faure. Pourquoi ne pas annuler la dette ?

 

François Faure : À moyen terme, l’annulation de la dette est mieux qu'un moratoire puisque cela améliore la solvabilité des États. Cependant, elle présente deux inconvénients potentiels à court terme. D'abord, qui dit annulation de dettes, dit forcément négociations. Si les bailleurs internationaux, les bailleurs bilatéraux et les bailleurs multilatéraux, comme la Banque mondiale ou les banques de développement, sont engagés dans une négociation, cela gèle potentiellement les nouveaux financements que ces institutions pourraient accorder aux pays.

Le deuxième point est relatif à la politique de notation des agences externes. Si l'annulation ne porte que sur la dette due aux créanciers publics, qu’ils soient bilatéraux ou multilatéraux, c'est plutôt positif pour la notation des pays s'ils doivent s'endetter sur les marchés.

En revanche, s'il est demandé au secteur privé de « mettre la main à la poche », de manière à ce qu'il y ait égalité de traitement, alors, de par leurs obligations, les agences de rating pourraient être contraintes de réviser à la baisse les notations, voire même de mettre certains pays en défaut.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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