eco TV

Récession dans la zone euro : cette fois sera-t-elle différente ?

18/05/2020

Les facteurs clés de l’incertitude pendant une récession sont la durée qu’elle aura et le rythme de la reprise qui s’ensuivra.  La récession de 2008 a duré longtemps et le retour à la croissance a été très graduel. La récession actuelle est beaucoup plus profonde, mais devrait également être de plus courte durée car elle trouve son origine dans la pandémie : une fois le confinement levé, l’activité devrait reprendre mécaniquement. Selon la Commission européenne, la reprise devrait également être plus rapide qu’en 2009.

TRANSCRIPT // Récession dans la zone euro : cette fois sera-t-elle différente ? : mai 2020

LE GRAPHIQUE DU MOIS

 

François Doux : Comment se dessine la reprise économique après cette crise du coronavirus. Pour en parler, nous sommes avec William De Vijlder.

Bonjour William.

 

William De Vijlder : Bonjour François.

 

François Doux : Pour ce graphique du mois de mai 2020, vous avez choisi deux paramètres. D'un côté, la durée de la récession et puis de l'autre, le rythme de la croissance. Pouvez-vous pour commencer cette interview, nous décrire ce graphique ?

 

William De Vijlder : Effectivement ces deux paramètres sont extrêmement importants et le comportement est illustré par le graphique. C'est un graphique qui vient de la Commission européenne, donc de ses prévisions de printemps. Prévisions qui viennent d'être publiées. La ligne rouge montre le scénario tel qu'il est retenu par la Commission pour les prochains trimestres, donc c'est le cycle actuel, avec une récession très profonde suivi d'une reprise. Il y a une comparaison avec donc la ligne bleue qui montre la dynamique de la récession de 2008-2009. Il y a aussi la ligne verte en pointillés qui montre le scénario qu'avait retenu la Commission européenne lors de ces prévisions de l'automne 2019, donc avant la pandémie.

 

François Doux : Alors du coup, quand on regarde cette ligne rouge, on peut en déduire que la récession actuelle est plus sévère ?

 

William De Vijlder : Elle est effectivement extrêmement sévère. C'est quand même lié à une nécessité d'arrêter l'activité économique dans une majorité des secteurs, donc suite au confinement.

 

François Doux : Et du coup William De Vijlder, qu'est-ce qui est différent aujourd'hui dans les scénarios de reprise par rapport à des précédentes récessions ?

 

William De Vijlder : Je pense que ce qui différencie la récession actuelle des récessions précédentes, c'est ce côté, je dirai mécanique. C'est comme si on décidait d'arrêter l'activité parce qu'on passe en confinement, et puis à un moment donné, on passe en déconfinement et donc là on redémarre l'activité.

Donc, ça c'est tout à fait différent de ce qu'on voit normalement ou typiquement il y a une économie qui lentement entre dans une zone de croissance négative, pour au bout de plusieurs trimestres, renouer avec des taux de croissance positifs. Donc ici, c'est beaucoup plus mécanique. Et c'est un élément qui est important parce que quelque part ça permet aux acteurs économiques aussi de digérer ces chiffres économiques qui ont été tellement mauvais.

 

François Doux : Alors du coup la question que tout le monde se pose William De Vijlder. Quel va être le scénario pour 2020 ?

 

William De Vijlder : Si la durée de la récession, je dirai, est un moindre facteur d'incertitude par rapport à ce qu'on a pu voir lors des récessions précédentes, la vigueur de la reprise bien évidemment est le gros facteur d'incertitude, je dirai même plus, plus encore que normalement, ne fût-ce que parce qu'il y a également une crainte bien sûr qu'il y aurait une deuxième vague, qui pourrait nécessiter aussi d'arrêter le déconfinement, voire de repasser à un certain confinement. Et donc en fait le scénario qui a été retenu par la Commission européenne table quand même sur une reprise qui serait un peu plus dynamique, j'insiste bien sur le mot -peu-, un peu plus dynamique que la reprise qu'on a vue en 2009. Cela peut paraître assez étonnant, étant donné la profondeur de la récession actuelle que nous vivons.

 

François Doux : Oui. Et puis étant donné aussi William De Vijlder, les messages des entreprises qu'on a entendu depuis le début de la récession.

 

William De Vijlder : Effectivement. Ces messages sont quand même inquiétants dans le sens où, quand il y a de tels messages, de difficultés au niveau liquidité, au niveau vente, rentabilité, etc. On peut vraiment s'interroger sur la volonté ou le courage même des entreprises à investir et c'est pour cela en fait aussi que la Commission européenne insiste beaucoup sur le fait que ces prévisions sont entourées d'un niveau d'incertitude qu’on n’a jamais vu. Donc en fait, pour tout nous dire, c'est que le scénario qui est mis en avant par cette ligne rouge, pour les trimestres à venir, c'est plutôt un scénario, c'est une estimation et on ne peut pas vraiment considérer que ça, c'est vraiment la prévision à laquelle on peut accorder une grande confiance.

 

François Doux : En tout cas, on va se retrouver dans quelques mois William, peut-être avec ce même graphique pour voir cette évolution. Merci beaucoup.

 

William De Vijlder : Si vous voulez, mais avec une pente qui serait un peu plus positive.

 

François Doux : On attend que çà, en tout cas.

Merci William De Vijlder pour ce Graphique du mois. Dans un instant, on va faire un focus sur un seul pays, vis-à-vis de ces questions de récession et de reprise. C'est l'Espagne, avec Guillaume Derrien pour les Trois questions.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

Redressement économique confirmé 27/07/2020
Les indices des directeurs d’achats (PMI) flash du mois de juillet pour la zone euro sont bien meilleurs qu’anticipé. Ce constat s’observe également par pays, la France et l’Allemagne affichant une remontée marquée des PMI. L’amélioration est très nette dans le secteur des services en zone euro, dont le PMI atteint 55,1, un plus haut depuis deux ans. L’activité dans le secteur manufacturier repasse en territoire d’expansion pour la première fois depuis janvier 2019. Rien n’est toutefois encore gagné. Si les difficultés du côté de l’offre tendent en partie à se résorber, celles du côté de la demande devraient persister. Le consommateur sera l’élément clé d’une reprise économique vigoureuse.
Impulsion du crédit : la demande des entreprises reste soutenue, celle des ménages continue de ralentir 17/07/2020
L’impulsion du crédit bancaire s’est légèrement redressée en mai 2020 dans la zone euro (+1,9%, après +1,5% en avril et +1,7% en mars) alors que son PIB pourrait avoir enregistré un recul historique au deuxième trimestre (-13,5% t/t contre -3,6% t/t au premier trimestre 2020), l’activité ayant été durement pénalisée par les mesures nationales de confinement. Partant d’un taux de croissance annuel à la fois dynamique et relativement stable depuis l’été 2018 (+3,5% en moyenne), les encours de crédit bancaire au secteur privé accélèrent très sensiblement depuis mars (+5,3% en mai après +4,9% en avril et +5,0% en mars). La forte croissance des crédits aux sociétés non financières s’est poursuivie en mai (+7,4% après +5,5% en mars) et a compensé le ralentissement des prêts aux ménages (+3,0%, après +3,4%). Confrontées à la chute de leurs chiffres d’affaires, un grand nombre d’entreprises ont continué, au cours du deuxième trimestre 2020, de tirer sur des lignes de crédit autorisées et souscrit de nouveaux emprunts bancaires (bénéficiant le plus souvent de garanties publiques introduites en réponse à la crise du coronavirus) afin de payer leurs charges courantes, voire de se constituer une trésorerie de précaution...  
Une perte d’activité qui sera longue à effacer 13/07/2020
Alors que dans les pays membres de la zone euro la 1ère vague épidémique semble avoir être maîtrisée, ces derniers font désormais face à d’importantes difficultés économiques. Si les dernières nouvelles sur le front des indicateurs avancés de l’activité font état d’un début de redressement, la route sera longue. Les pertes d’activité enregistrées au plus fort de la crise seront difficiles à absorber intégralement. Les politiques publiques sont cruciales. La probabilité est importante de voir, dans les prochains mois, une forte hausse du chômage, notamment de longue durée, et se multiplier les faillites d’entreprises. La Banque centrale européenne assure aux États des conditions de financement très avantageuses. La réponse à l’échelle européenne doit aboutir et le fonds de relance voir le jour rapidement.
La croissance en zone euro : sprint ou marathon ? 10/07/2020
La récession de 2020 est unique en son genre et, sur la période récente, par son ampleur. La reprise qui suivra sera tout aussi exceptionnelle. Dans un premier temps, elle devrait être particulièrement vigoureuse, tirée par l’assouplissement des mesures de confinement. En 2021, la croissance devrait être tirée par la demande. La baisse de la demande induite par le confinement a créé une épargne forcée. Si les ménages venaient à la dépenser, la consommation augmenterait considérablement. Toutefois, une détérioration significative des perspectives d’emploi signifierait que l’épargne forcée accumulée pendant le confinement se transmuterait en épargne de précaution, avec pour cortège une croissance décevante et un cercle pernicieux.
Un rebond, mais la route est encore longue 03/07/2020
Le pire est-il derrière nous ? À court terme, c’est le message que semblent envoyer les dernières informations économiques conjoncturelles des mois de mai et juin dont nous disposons. Après avoir atteint des niveaux historiquement faibles au mois d’avril, les indicateurs d’activité ont enregistré un rebond en mai et, dans une ampleur plus importante encore, au mois de juin. Ce rebond était attendu, malgré les règles sanitaires toujours en place, compte tenu de la fin de la période de confinement dans les États membres de la zone euro. Toutefois, la situation économique reste détériorée par rapport à une situation normale (sans pandémie) [...]
La masse monétaire enregistre sa plus forte croissance depuis 2009 03/06/2020
La masse monétaire M3 a poursuivi son accélération en avril dans la zone euro (+8,4% en glissement annuel, après +7,5% en mars), enregistrant sa plus forte croissance annuelle depuis le début de 2009. Le rythme de progression mensuelle de l’agrégat monétaire, qui avait atteint, en mars, son niveau le plus élevé (+2,5% cvs) depuis la création de la zone euro, s’est toutefois assagi en avril (+1,2% cvs). Il  demeurait néanmoins trois fois supérieur à sa tendance de long terme (+0,4% m/m). Si le crédit au secteur privé reste de très loin la première contrepartie de M3, le crédit aux administrations publiques a le plus fortement contribué à l’accélération de la masse monétaire depuis le début de l’année 2020, sous l’influence notamment de l’intensification de son programme d’achat de titres souverains par l’Eurosystème (67 milliards d’achats cumulés en mars et en avril 2020). En dépit de cette forte croissance de la masse monétaire, l'estimation préliminaire publiée par Eurostat suggère un nouveau recul de l’inflation de la zone euro en mai 2020 (+0,1%, son plus faible niveau depuis juin 2016) sous l’effet des mesures de confinement et de l’effondrement des prix de l’énergie.
Les premiers signes d’un redressement timide 29/05/2020
Cela ne fait plus guère de doute : la croissance économique en zone euro sera nettement plus dégradée au 2e trimestre que celle observée au 1er trimestre (-3,8% en variations trimestrielles, t/t). Toutefois, la détérioration semble être globalement enrayée. Après le timide redressement perceptible dans  l’indice des directeurs d’achats (Purchasing Managers Index, PMI) de mai, l’indicateur de sentiment économique (ESI), pour ce même mois, semble également indiquer que le creux en zone euro est derrière nous. Après avoir touché un point bas historique en avril 2020 (64,9), l’ESI s’est légèrement redressé à 67,5 en mai [...]
La confiance au point bas ? 27/05/2020
La confiance des ménages reste un déterminant clé de la reprise économique. La détérioration (ressentie ou anticipée) du marché du travail a pesé sur le moral des consommateurs européens : en avril, l’indice de la Commission européenne sur les anticipations de chômage dans la zone euro était à son pire niveau depuis onze ans (63,0). Cependant, les indices des directeurs d’achat (PMI) confirment une activité moins déprimée en mai qui pourrait, à terme, entraîner un certain rétablissement de la confiance des ménages. Le graphique ci-dessous montre, en effet, que l’indice de la Commission européenne est fortement corrélé avec le sous-indice PMI de l’emploi. Bien qu’il reste à un niveau historiquement bas, ce dernier a enregistré une hausse en mai. La réouverture des commerces, restaurants et de certains lieux culturels pourrait également permettre à l’activité économique et au moral des ménages de se rétablir davantage dans les prochaines semaines.
A chaque pays, sa reprise économique 20/05/2020
La vigueur du rebond post-crise dépendra des caractéristiques propres à chaque économie, de la réponse budgétaire apportée mais également du niveau d’intégration du pays aux chaînes mondiales de valeur. Certaines économies de la zone euro présentaient, avant la crise du Covid-19, des vulnérabilités plus fortes. Un niveau de dette ou de chômage élevé pourrait ainsi freiner la dynamique de sortie de crise. Sur le plan interne, les structures sectorielles, de l’emploi et de la consommation seront déterminantes. Une trop forte dépendance au tourisme, secteur durablement affecté, pèserait notamment sur la reprise. Sur le plan externe, un redémarrage lent du commerce mondial pénaliserait les économies les plus ouvertes. Par ailleurs, les disruptions apparues dans les chaînes mondiales de valeur, pendant cette crise, pourraient plus longuement affaiblir les économies les plus intégrées.
Les multiples facettes de la proportionnalité en politique économique 07/05/2020
Dans son jugement rendu le 5 mai, la Cour constitutionnelle allemande demande au Conseil des gouverneurs de la BCE de démontrer que les objectifs de politique monétaire de son programme d’achat de titres du secteur public  ne sont pas disproportionnés par rapport aux effets de politique économique et budgétaire de ce programme. Dans la plupart des cas, les politiques monétaire, économique et budgétaire se renforcent mutuellement. Pour évaluer l’adéquation de la politique monétaire, il convient de tenir compte de l’orientation des politiques économique et budgétaire. La nécessité d’une bonne transmission à toutes les juridictions, ainsi que la probabilité et l’ampleur des risques de perte extrême (tail risks), dus à des mesures de politique économique insuffisantes, doivent également être prises en compte.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2485 articles et 640 vidéos