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Le casse-tête de l’endettement croissant du secteur public

09/10/2020

Aux États-Unis, comme dans de nombreux autres pays, la dette publique en pourcentage du PIB ne cesse d’augmenter depuis le début des années 80. Les récessions, pour des raisons évidentes, entraînent une accélération de l’accumulation de la dette, mais les périodes d’expansions n’enregistrent pas de baisse significative.

TRANSCRIPT // Le casse-tête de l’endettement croissant du secteur public : octobre 2020

LE GRAPHIQUE DU MOIS

 

François Doux : On reste aux États-Unis pour le Graphique du mois. William De Vijlder, vous avez choisi un graphique édifiant, un graphique qui fait mal : la dette américaine rapportée au produit intérieur brut.

On le voit sur ce graphique. Commençons par la fin, par la conclusion. On est en 2020 aux alentours de 80 %, et les projections atteignent même 200 % en 2050. On ne peut pas continuer comme ça ?

William De Vijlder : Oui François. Je propose que l’on appelle ce graphique : « le cauchemar de Washington D.C. »

Effectivement, on ne peut pas continuer comme ça. Il faut insister sur le fait que l'organisme, le « Congressional Budget Office », qui a fait ce graphique part de l'hypothèse que toutes les politiques existantes sont maintenues jusqu'à l'infini. C’est ce qui explique cette très forte accélération, qui trouve son origine surtout dans les dépenses de santé. C’est vraiment le moteur de la très forte hausse des dépenses, et donc en conséquence du déficit et de l'endettement.

François Doux : Ce qui est intéressant aussi sur ce graphique, c’est l’histoire. On voit que les rares moments où l'endettement a baissé par rapport au PIB, c'est après une grande guerre, après une grande dépression ou une récession. Par contre quand ça va bien, quand il y a de la reprise, cela ne baisse pas. Pourtant on s’endette pour essayer de relancer la croissance. Donc on ne fait pas les bons efforts ?

William De Vijlder : Effectivement, on a envie de dire qu’il y a une sorte de changement. Nous sommes entrés dans un nouveau régime à partir du début des années 80, avec cette longue période de croissance très forte, très soutenue après la Seconde Guerre mondiale. Mais à partir de 1980, à chaque fois qu’il y a eu une récession, l’endettement montait et après on n'arrivait pas à le faire baisser. L’exception étant toutefois la seconde partie des années 90, une période presque euphorique avec une croissance forte et pas d’inflation.

François Doux : On a une sorte d’effet de cliquet, d’hystérèse comme on le dit en économie. Le ratio ne baisse pas malgré la croissance. Les taux sont bas, donc on ne pense pas à se désendetter. C'est le problème ?

William De Vijlder : Oui. Vous avez bien choisi le mot « hystérèse », que l’on applique par exemple au niveau du chômage mais également au niveau d'endettement du secteur public. Cela montre que, surtout quand une récession a été profonde comme on a vu en 2008-2009, il faut plusieurs années avant que l'économie récupère suffisamment. Donc, pendant des années on se dit : « On ne peut pas se permettre de mener une politique budgétaire qui resserre la vis ». En conséquence, l’endettement, au mieux, se stabilise.

François Doux : Aujourd'hui les taux d'intérêt très bas n’incitent pas à se désendetter.

William De Vijlder : Oui, parce que maintenant le nouvel adage est : avec des taux qui sont aussi bas, il est plus facile d'arriver à cette équation un peu magique qui consiste à dire que la croissance nominale du PIB dépasse le coût de financement du secteur public, et donc cela donne un volant de manœuvre très important pour le secteur public, d'ailleurs nécessaire dans l'environnement actuel.

Le point important à garder à l’esprit est que, malgré cette situation de croissance qui dépasse les taux d'intérêt, d’autres facteurs, d'autres éléments de dépenses connaissent une croissance très importante. On sera quand même confronté à une problématique qui sera très difficile à gérer.

François Doux : Dernière question. Le rôle de la banque centrale, en l'occurrence la Fed aux États-Unis. On sait que d’autres pays sont dans cette situation. Son rôle évolue ou pas vraiment ?

William De Vijlder : Oui, il a très fortement évolué et pas uniquement aux États-Unis. C’est à mettre en rapport avec un autre élément très important. Vous avez parlé de la baisse des taux d’intérêts. Cette baisse a eu comme conséquence que l’on frôle presque en permanence le point zéro. Ainsi, la politique des banques centrales consiste maintenant à augmenter la taille de leur bilan, à acheter du papier d’État ou du papier émis par les entreprises. On s'achemine vers une sorte de recours permanent à chaque récession, à un recours à la banque centrale où l’on dit : « on mène une politique budgétaire pour relancer la machine, mais c'est la banque centrale qui va acheter le papier émis ».

François Doux : Presque comme un acteur public ?

William De Vijlder : C’est le gros débat qui ne fait pas l’unanimité et, d’ailleurs, c’est ce qui est intéressant pour un économiste, les désaccords. Mais effectivement, on voit poindre un vrai sujet: jusqu'où la banque centrale pourra accepter d'acheter de plus en plus de papiers d’État ?

François Doux : Cela nous promet encore de beaux EcoTV.

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