eco TV

Brésil : potentiel de croissance et rythme des réformes

09/10/2020

Les estimations de croissance potentielle du Brésil se sont nettement affaiblies au cours de la dernière décennie. Outre l'impact d’événements cycliques (e.g. la récession de 2015-16), ce tassement reflète les trajectoires sous-jacentes de trois déterminants structurels de la croissance potentielle, à savoir l'investissement, la démographie et la productivité. Les raffermissements de l’investissement et des gains de productivité sont au cœur du programme de réformes structurelles du gouvernement. La pandémie de Covid-19 a toutefois fortement ralenti le processus de réforme et suscité de nouvelles inquiétudes quant à la situation budgétaire du pays.

TRANSCRIPT // Brésil : potentiel de croissance et rythme des réformes : octobre 2020

3 QUESTIONS

 

François Doux : La pandémie de Covid-19 a provoqué un arrêt brutal des économies. Quel en sera l'impact à moyen terme ? Les politiques de modernisation, les politiques structurelles ont été ralenties, ont pris du retard. C'est notamment le cas au Brésil. Pour en parler, nous sommes avec Salim Hammad. Bonjour Salim.

Salim Hammad : Bonjour François.

François Doux : On va parler de la croissance potentielle du Brésil, c'est-à-dire le rythme de croisière à moyen terme de la croissance quand le capital et le travail sont utilisés de manière optimale, sans créer d'inflation. Concernant la croissance potentielle du Brésil, ma première question est où en est-on en 2020 ?

Salim Hammad : Avant la pandémie de Covid-19, les estimations de croissance du PIB potentiel au Brésil s'élevaient aux alentours de 1,5 à 2,5%. À titre de comparaison, avant la crise financière de 2008, ces estimations fluctuaient dans les alentours de 3,5 à 4,5 %. On a donc assisté à une perte de 2 points de PIB en l'espace d’environ 10 ans.

François Doux : Deuxième question. Quels facteurs ont pesé sur la croissance potentielle au Brésil ?

Salim Hammad : Pour faire de la croissance, une économie a besoin de plusieurs ingrédients. Tout d'abord des capacités productives : des machines, de l'équipement, des infrastructures, qui constituent le stock de capital physique d'un pays et qui est alimenté par l’investissement. Or, au Brésil, depuis 2013, on assiste à un effritement du taux d'investissement, notamment suite à la récession de 2015-2016, à l’ajustement budgétaire qui a suivi, ainsi qu'à la dégradation de l’environnement des affaires.

Deuxième ingrédient : la croissance potentielle dépend également de la quantité de travailleurs qu'une économie a à sa disposition pour produire. Sans surprise, cela va dépendre de facteurs démographiques. Au Brésil, actuellement, le pays est à un stade de transition démographique où la population vieillit rapidement, ce qui tend à freiner la progression de la quantité de travailleurs actifs au sein de la population. C’est ce que l’on appelle la réduction progressive du bonus démographique.

François Doux : Et le troisième ingrédient ?

Salim Hammad : Le troisième ingrédient, ce sont les gains de productivité, notamment pour produire davantage. Ils renvoient au fait que les facteurs de production gagnent en efficacité, notamment grâce au progrès technique. Et dans le cas du Brésil, on assiste malheureusement depuis plusieurs décennies, à une stagnation de la productivité des facteurs.

François Doux : Troisième et dernière question. Quand va-t-on voir les réformes structurelles reprendre au Brésil pour justement doper l'investissement et les gains de productivité ?

Salim Hammad : Effectivement, la crise sanitaire est venue porter un frein à l'avancée des réformes mais il faut également signaler qu'avant la pandémie, le rythme des réformes était déjà plutôt lent. On assiste depuis plusieurs semaines à une reprise de ce processus, notamment avec la présentation d'un certain nombre de projets au Congrès, y compris un des volets de la réforme fiscale, ainsi que la présentation de la réforme de la fonction publique, qui participe à cette volonté d'améliorer l’environnement des affaires et de transformer le rôle de l'État au sein de l’économie.

On assiste malheureusement également depuis la fin de l'été, et la présentation du budget pour l’année prochaine, à une recrudescence des inquiétudes, notamment concernant la reprise du processus de consolidation budgétaire, avec des points de vue très divergents sur le sujet au sens de l’exécutif. C'est précisément ce type de risque politique qui pourrait freiner l'avancée des réformes et la reprise de l'investissement.

François Doux : Salim Hammad merci pour ce point sur la croissance potentielle et l'investissement au Brésil. On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d’EcoTV.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

L’investissement à l’heure de l’ajustement budgétaire 31/08/2020
L’économie brésilienne migre progressivement vers un nouvel équilibre macroéconomique. Le secteur privé y sera amené à jouer un rôle plus important dans l’allocation des ressources. Cette transition résulte à la fois d’une conception évolutive du rôle de l’État mais aussi d’une nécessité de consolider les comptes publics. La nature de l’ajustement budgétaire opéré depuis quelques années a cependant eu des répercussions délétères sur les investissements publics et privés, au point de contraindre la reprise et les perspectives de croissance à moyen terme. L’impact sur l’économie de l’épidémie de Covid-19 a également rebattu les cartes concernant les perspectives d’investissement des entreprises et d’évolution du PIB potentiel. Pour compenser les coûts d’ajustement inhérents au processus de transition et le manque à gagner lié à la crise sanitaire, le pays devra agir beaucoup plus rapidement pour lever les nombreux obstacles structurels qui pèsent sur l’investissement.
Redressement à retardement 18/04/2019
Les espoirs suscités par l’élection de Jair Bolsonaro sont retombés. Au premier trimestre 2019, certains indicateurs font état d’une possible contraction de l’activité alors même que les indices de confiance semblaient s’améliorer. Dans le même temps, la réforme du régime de retraite – élément phare du programme économique du président Bolsonaro – a été présentée par le gouvernement en février. La réforme est actuellement en discussion au Congrès mais les négociations pourraient être plus longues et difficiles que prévu. En effet, depuis sa prise de fonction, la cote de popularité du président brésilien a été chahutée et les rapports entre pouvoirs exécutif et législatif se sont tendus.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2538 articles et 654 vidéos