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France : les chiffres hors-normes du budget 2021

13/11/2020

Les chiffres hors-normes de déficit budgétaire prévus par le gouvernement, dans son projet de loi de finances pour 2021, portent la double trace du choc récessif massif provoqué par la pandémie de Covid-19 et de la réponse budgétaire apportée, également massive, tant pour amortir la crise que pour soutenir la reprise.

TRANSCRIPT // France : les chiffres hors-normes du budget 2021 : novembre 2020

3 QUESTIONS

 

FRANÇOIS DOUX

Trois questions sur le déficit budgétaire de la France. Pour vous donner un ordre d'idée en 2019, on a eu 3% de déficit. En 2020, le gouvernement s'attend à 10,2% de déficit et sur 2021 on devrait être à 6,7%.

Hélène Baudchon, bonjour.

 

HÉLÈNE BAUDCHON

Bonjour.

 

FRANÇOIS DOUX

Première question. Que vous inspirent ces chiffres énormes ?

 

HÉLÈNE BAUDCHON

Le fait est qu'ils donnent une bonne première idée du caractère hors norme de ce budget 2021 qui porte tout de même la double trace du choc récessif massif provoqué par la pandémie de Covid-19 et de la réponse budgétaire apportée, également massive, tant pour soutenir la reprise que pour amortir la crise.

 

FRANÇOIS DOUX

Et derrière ces chiffres, qu'est-ce qu'il faut retenir ?

 

HÉLÈNE BAUDCHON

Il y a un certain nombre de détails intéressants. En 2020, la détérioration très importante du déficit est essentiellement due à celle du déficit conjoncturel, liée au plongeon de l'activité.

Vous avez aussi un effet négatif des mesures d'urgence prises au printemps pour faire face au choc du confinement, qui sont comptées en mesures ponctuelles et temporaires, ce qu'on appelle les « one-offs ». Mais cet effet négatif est en partie contrebalancé par une amélioration du déficit structurel pour des raisons techniques sur lesquelles je passe.

En 2021, vous avez un schéma un peu en miroir. L'amélioration du déficit est quasi intégralement due à l'amélioration du solde conjoncturel, grâce au rebond attendu de la croissance, tandis que la diminution des one-offs et le creusement du déficit structurel (sous l'effet du plan de relance) se neutralisent à peu près.

 

FRANÇOIS DOUX

Alors justement, deuxième question.

Ce fameux plan de relance : France Relance. Qu'est-ce qui se cache derrière ?

 

HÉLÈNE BAUDCHON

Les grandes lignes sont de trois types. Tout d'abord, il se caractérise par ses objectifs, qui sont ambitieux, puisqu'ils visent, à la fois, à soutenir la croissance à court terme (avec en ligne de mire un retour du PIB à son niveau d'avant-crise en 2022). Ce qui est un horizon assez court. Il vise également à soutenir la croissance à long terme (avec pour objectif de « construire aujourd'hui la France de 2030 »).

Un autre marqueur de ce plan, ce sont ses trois piliers : l'écologie, la compétitivité et la cohésion et la répartition du montant total du plan (100 milliards d'euros sur 2020-2022) en trois enveloppes à peu près égales sur chacun de ces trois piliers.

 

FRANÇOIS DOUX

Et la troisième caractéristique de ce plan ?

 

HÉLÈNE BAUDCHON

Il y a effectivement une troisième caractéristique. Il se définit aussi par l'accent mis sur les mesures d'offre plus que sur les mesures de demande. Sauf que cet accent est pour partie apparent car un certain nombre de mesures (notamment le chômage partiel et la rénovation énergétique) sont autant des mesures d'offre que de demande, des mesures de soutien aux entreprises qu'aux ménages, du court terme que du long terme.

 

FRANÇOIS DOUX

En parlant du court terme, quels vont être les impacts, et c'est ma dernière question, de ce plan de relance sur la croissance en 2021 ?

 

HÉLÈNE BAUDCHON

C'est toute la question. Il est certain que ce plan de relance aura un effet positif sur la croissance. Ce sont l'ampleur et la rapidité de cet effet qui sont incertaines. En prévoyant une croissance de 8% en 2021, le gouvernement se montre "volontariste", ce qui est compréhensible. Derrière ce chiffre, il estime à 1,1 point le surcroît de croissance grâce au plan de relance en 2021. Et ce surplus de croissance proviendrait pour 80% du volet demande, qui est lui-même constitué des mesures de soutien aux ménages et des mesures de dépenses et d'investissements publics. Les mesures d'offre (innovation, compétences, fiscalité des entreprises) prendraient le relais à partir de 2023 et ajouteraient à long terme environ 1 point à la croissance française. Donc les effets attendus sont importants, il faut bien sûr espérer qu'ils seront au rendez-vous.

 

FRANÇOIS DOUX

Et bien sûr, tout cela reste sujet aux évolutions sanitaires. Je rappelle qu'on a eu quatre lois de finances rectificatives en 2020, donc on verra ce qui se passera en 2021. Merci Hélène Baudchon pour ce point.

On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d'EcoTV.

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