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L’Inde face à la deuxième vague

10/06/2021

La reprise économique en Inde devrait être fragilisée par la deuxième vague épidémique. Le gouvernement dispose de très peu de marges de manœuvre budgétaire pour soutenir son économie alors que sa note souveraine est en perspective négative par les agences de notation. 

TRANSCRIPT // L’Inde face à la deuxième vague : juin 2021

3 QUESTIONS

FRANÇOIS DOUX

La deuxième vague du Covid-19 a été plus meurtrière en Inde que la première. Sur l'ensemble, on totalise plus de 300 000 morts. Pour parler des perspectives économiques post-pandémie, nous sommes avec Johanna Melka.

FRANÇOIS DOUX

Bonjour Johanna.

JOHANNA MELKA

Bonjour François.

FRANÇOIS DOUX

Première question : quel est l'impact de la deuxième vague de la pandémie sur la croissance économique de l'Inde ?

JOHANNA MELKA

L'année dernière, en 2020, l'Inde a été particulièrement impactée par la crise de la Covid-19. Son activité économique s'est très fortement contractée. Mais alors qu'elle avait renoué avec une croissance positive et dynamique sur les premiers mois de l'année 2021, la deuxième vague frappe l'économie de plein fouet. Au regard des indicateurs de mobilité, on voit que l'activité a déjà sensiblement ralenti dans les services, du fait d'une moindre mobilité. Mais ce qu'il y a de positif par rapport à la dernière période de crise, c'est que les usines ne sont pas fermées.

JOHANNA MELKA

On estime que sur l'ensemble de l'année fiscale 2021-2022, qui se terminera au 31 mars 2022, l'impact de la deuxième vague pourrait être de deux points de pourcentage sur la croissance économique.

FRANÇOIS DOUX

Deuxième question : quelles sont les perspectives à plus long terme ?

JOHANNA MELKA

A plus long terme, les perspectives restent favorables mais on ne devrait pas renouer avec une croissance de l'ordre de 7%. Malheureusement, on devrait plutôt renouer avec une croissance autour de 6%. Comme on peut le voir sur le graphique, en réalité l'activité économique en Inde a décéléré bien avant la crise de la Covid-19, pour des raisons essentiellement structurelles. Par ailleurs, la qualité de la croissance a baissé. Le taux d'activité sur le marché de l'emploi a légèrement ralenti bien avant la crise de la Covid-19.

JOHANNA MELKA

Le gouvernement va avoir des marges de manœuvre extrêmement limitées pour soutenir son activité économique du fait de contraintes très fortes sur ses finances publiques, qui se sont dégradées avec la crise de la Covid-19. Par ailleurs, les banques et les entreprises vont vouloir consolider leurs finances. Le gouvernement Modi a donc décidé, pour soutenir et essayer de relancer l'activité économique à moyen terme, de mettre en place d'importantes réformes structurelles. Il les a adoptées à l'automne 2020. Tout le problème aujourd'hui est de parvenir à les mettre en place.

JOHANNA MELKA

Il est toujours difficile de mettre en place des réformes en Inde. De plus, on peut constater, au regard des résultats des dernières élections d'avril-mai, que le parti au pouvoir, le BJP, le parti de Narendra Modi, semble avoir perdu un petit peu de son aura puisque les résultats sont plus mitigés qu'à l'accoutumée.

FRANÇOIS DOUX

Troisième et dernière question. Quels sont les risques majeurs pour cette économie indienne ?

JOHANNA MELKA

Malheureusement, du fait du ralentissement de la croissance et de la dégradation des finances publiques, les agences de notation ont mis la note souveraine de l'Inde en perspective négative. Aujourd'hui, on estime que les risques de refinancement sont contenus. Pourquoi ? Parce que la structure de la dette est extrêmement saine. La dette est libellée en roupies, elle est détenue par les résidents et a une longue maturité. Le problème est que, si la croissance venait à ralentir trop sensiblement ou si le gouvernement ne parvenait pas à consolider ses finances publiques, on pourrait avoir une dégradation de la note souveraine par les agences. Or, avec la deuxième vague de la Covid-19, tous les ingrédients sont là pour qu'il y ait soit un net ralentissement de la croissance, soit un dérapage des finances publiques, au risque de voir la note souveraine dégradée par les agences.

FRANÇOIS DOUX

Merci Johanna Melka pour ce point sur l'économie indienne, à suivre bien sûr, dans les mois à venir. Quant à moi, je vous donne rendez-vous dans un mois pour un nouveau numéro d'EcoTV.

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