eco TV

Zone euro : inflation, stagflation, récession ?

18/05/2022

La poussée d'inflation engagée depuis 2021 s'est transformée en choc inflationniste, alimentant les craintes de stagflation et de récession. Pour Hélène Baudchon, il y a tout de même matière à relativiser les inquiétudes.

TRANSCRIPT // Zone euro : inflation, stagflation, récession ? : mai 2022

À l’origine transitoire, la poussée d’inflation, qui est enclenchée depuis début 2021, s’est transformée en choc inflationniste, alimentant les craintes de stagflation et de récession. Si ces risques sont réels, il y a aussi matière à relativiser les inquiétudes. Nous nous intéressons dans cette vidéo au cas de la zone euro pour faire le point sur ses perspectives de croissance et d’inflation en 2022.

Commençons par l’inflation et par rappeler qu’elle reste essentiellement énergétique. En effet, en mars 2022, la composante énergie explique encore 60% de l’inflation totale (un chiffre qui oscille entre 40 et 60% depuis avril 2021, pour une moyenne de 55%). L’inflation n’en arrête pas moins de grimper et d’atteindre de nouveaux points hauts historiques (7,4% en glissement annuel en mars). En outre, elle se diffuse et se généralise, gagnant au passage en persistance. Cela se voit notamment dans la hausse de l’inflation sous-jacente, qui frôle 3% en mars, ce qui constitue aussi un plus haut historique.

Le terme de stagflation a assez rapidement émergé dans ce contexte d’inflation élevée alimentée par un choc pétrolier, qui rappelle la situation des années 1970. Le concept de stagflation est né à cette époque, marquée par des années d’inflation très élevée et une montée du chômage. Aujourd’hui, nous n’en sommes pas là : l’inflation monte mais le taux de chômage continue de baisser, pour le moment en tout cas. Une remontée n’est pas à écarter compte tenu des chocs négatifs sur la croissance, mais il existe aussi des facteurs de soutien qui permettent de relativiser les inquiétudes : la dynamique conjoncturelle préexistante au conflit en Ukraine, l’excès d’épargne qui pourrait être consommé en partie, les besoins d’investissement préexistants et révélés par le conflit, et les mesures de soutien budgétaire.

Plus récemment, c’est le risque de récession qui a fait sa réapparition, les répercussions de la guerre en Ukraine et la stratégie zéro-Covid de la Chine s’ajoutant aux tensions existantes sur les prix et les chaînes d’approvisionnement. Des trimestres de contraction du PIB ne sont pas à exclure à court terme, compte tenu du choc négatif important sur le pouvoir d’achat des ménages et les marges des entreprises et de l’accroissement de l’incertitude. Mais, en attendant les chiffres de croissance du premier trimestre, qui seront publiés le 29 avril, le deuxième trimestre démarre sur une note rassurante car les premières enquêtes sur le climat des affaires et la confiance des ménages en avril ont surpris plutôt favorablement.

Pour la BCE, entre soutenir la croissance et lutter contre l’inflation, l’arbitrage est difficile. Elle a tranché en faveur de l’inflation lors de sa réunion du 10 mars. Depuis cette réunion, la voie est ouverte pour amorcer la remontée de son taux de dépôt. On peut s’attendre à au moins une hausse de taux d’ici la fin de l’année, voire deux. Les mois de septembre et décembre semblent de bons candidats mais le débat monte pour agir dès le mois de juillet. La prochaine réunion de la BCE, prévue le 9 juin, lors de laquelle l‘institution communiquera ses nouvelles prévisions de croissance et d’inflation, sera déterminante. 

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

La BCE entre dans une nouvelle ère 24/07/2022
Le Conseil des gouverneurs de la BCE a surpris en décidant à la fois d’une hausse de 50 points de base de son taux d’intérêt, d’abandonner la forward guidance et que les données le guideront à l’avenir dans ses décisions de resserrement monétaire. Cela pourrait traduire une appréhension de la banque centrale à propos de la rapidité avec laquelle l’économie de la zone euro pourrait réagir à la remontée des taux et des incertitudes entourant les livraisons de gaz l’hiver prochain. L’autre décision importante de la réunion du 21 juillet a été l’introduction de l’instrument de protection de la transmission (IPT) pour contrer un élargissement injustifié des spreads souverains qui pèserait sur la transmission de la politique monétaire. La dépendance aux données des futures hausses de taux d’intérêt et le flou entourant les critères d’activation de l’IPT pourraient conduire à une hausse de la volatilité des taux d’intérêt et des spreads souverains, les investisseurs s’efforçant de comprendre la fonction de réaction de la BCE.
BCE : remédier à un élargissement injustifié des spreads 17/07/2022
La réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE de jeudi prochain est très attendue. La décision de relever les taux ayant fait l’objet d’une annonce préalable, la question sera de savoir si le nouvel outil destiné à contrer l’élargissement injustifié des spreads souverains sera dévoilé. Si la justification d’un tel instrument est bien admise, sa conception et son utilisation soulèvent plusieurs questions. La réponse à l’une d’elles est facile. Pour éviter de remettre en cause l’orientation de la politique monétaire, les achats d’obligations par la banque centrale devront être neutralisés. Répondre aux suivantes est plus complexe. À quel seuil faut-il considérer que l’élargissement du spread devient « injustifié » ? Une fois ce seuil atteint, la BCE doit-elle se montrer claire ou rester ambiguë quant à sa réaction ? La dernière question relève de l’aléa moral et, par conséquent, de la conditionnalité. Lorsque la BCE intervient pour remédier à l’élargissement injustifié du spread, que sont censés faire les gouvernements à leur tour en termes de politique budgétaire ?
L’euro à parité avec le dollar : causes, conséquences et perspectives 15/07/2022
La perspective de multiples resserrements monétaires de la Réserve fédérale, ainsi que le risque de disruption de l’offre de gaz en Europe, avec des conséquences néfastes pour la croissance, sont les principaux facteurs qui ont récemment causé une baisse du taux de change de l’euro par rapport au dollar, conduisant à une parité entre les deux devises. Les conséquences économiques pour la zone euro sont surtout négatives, le seul point positif étant le gain de compétitivité. À court terme, un changement de tendance est peu probable mais à moyen terme l’euro devrait finir par s’apprécier contre le dollar
Zone euro : les découverts des entreprises proches de leur niveau pré-pandémique 12/07/2022
L’encours[1] total des découverts, crédits renouvelables, facilités de remboursement et prorogations sur cartes de crédits, accordés par les banques[2] aux sociétés non financières (SNF) de la zone euro, s’établissait en mai 2022 à EUR 535 mds, soit un niveau comparable à celui de mai 2020 après cinq mois de hausses. Depuis son point bas d’août 2021 à EUR 452 mds, l’encours des découverts des SNF a augmenté de 18,3% après une baisse de 35,6% entamée en février 2015. La baisse de l’encours des découverts des SNF s’est accentuée en 2020, probablement en raison des mesures de soutien public mises en place en réponse à la pandémie de Covid-19. Plus particulièrement, les prêts garantis par les États ont permis aux entreprises de bénéficier de ressources à des conditions exceptionnellement attractives. Elles ont ainsi réduit le recours aux découverts, comme en témoigne l’augmentation sensible de l’encours des prêts hors découverts à partir du mois de mars 2020. La levée progressive des mesures de soutien public (moratoires sur les remboursements de prêts et garantie des prêts par les États, notamment) ainsi que la très nette détérioration de l’environnement macroéconomique et géopolitique semblent avoir contribué à l’augmentation de l’encours des découverts des SNF depuis le début de l’année 2022. En outre, les hausses du prix des matières premières et des autres intrants ont également contribué à l’augmentation des besoins en fonds de roulement. Du côté des ménages[3], l’encours des découverts demeurait inférieur, en mai 2022, de 7,9% à son niveau de décembre 2019. Il avait néanmoins augmenté de 5,5% depuis son point bas de mai 2021, suggérant un resserrement de la contrainte financière pour certains ménages en raison de la résurgence de l’inflation. [1] L’encours coïncide avec la production nouvelle. Ces prêts sont ainsi intégralement remboursés d’une période sur l’autre. [2] Institutions financières monétaires (IFM) à l’exclusion du système européen de banques centrales (SEBC). [3] Y compris les entrepreneurs individuels ainsi que les institutions sans but lucratif au service des ménages.
Baisse de forme 04/07/2022
Sur le plan conjoncturel, les mois se suivent et se ressemblent dans la zone euro. Ainsi, l’inflation ne cesse d’augmenter et les enquêtes de confiance de reculer, dans une ampleur qui varie et en ordre dispersé. Si la détérioration de la situation et des perspectives économiques est claire, son importance et sa durée restent incertaines. La probabilité d’une récession s’accroît mais ce n’est pas (encore) une certitude. En effet, d’une part, le niveau d’activité reste élevé et tous les voyants économiques ne sont pas au rouge (notamment ceux concernant le marché du travail) et, d’autre part, la croissance bénéficie de vents porteurs ou, à tout le moins, d’amortisseurs.
Plus d’inflation que de croissance 29/06/2022
Jusqu’ici relativement résistante aux chocs, la croissance de la zone euro devrait plus nettement ralentir dans les prochains mois. Une récession n’est pas à exclure mais ce n’est pas notre scénario central, la croissance disposant aussi de relais importants (rattrapage post-Covid-19, surplus d’épargne, besoins d’investissement, soutiens budgétaires). Notre scénario a certaines apparences de la stagflation mais s’en écarte par une hausse du taux de chômage qui resterait contenue. La BCE s’apprête à amorcer la remontée de ses taux directeurs pour contrer le choc inflationniste. Nous tablons sur une hausse cumulée de 250 points de base du taux de dépôt, ce qui le porterait à 2% à l’automne 2023.
Chronique (mouvementée) du compte des ménages européens 28/06/2022
Hier protégé par le « quoi qu’il en coûte », le pouvoir d’achat des Européens est aujourd’hui menacé par l’inflation. À nouveau sollicitées après la pandémie, les politiques publiques s’efforcent de limiter les pertes, sans y parvenir tout à fait. En 2022, le revenu disponible réel des ménages de la zone euro devrait reculer de l’ordre de 2,5%. Si la consommation progresse encore, c’est parce que le taux d’épargne baisse, une tendance qui masque une grande diversité de situations.
Zone euro : comment quantifier un élargissement injustifié des spreads (2e partie) 27/06/2022
Un élargissement injustifié et prolongé des spreads souverains dans la zone euro entraînerait un durcissement excessif des conditions financières et pèserait sur l’activité et la demande. Un tel creusement irait à l’encontre des objectifs de la BCE dans le cadre de la normalisation de sa politique monétaire. Différentes variables fondamentales, directement ou indirectement liées aux questions de viabilité de la dette, influencent les écarts de taux. Or, elles ont tendance à évoluer lentement. Les spreads souverains dépendent également du niveau de l’aversion pour le risque, une variable très fluctuante influencée par des facteurs mondiaux. Tout cela complique l’évaluation du caractère justifié ou non de l’élargissement du spread observé.
Comment quantifier un élargissement injustifié des spreads 19/06/2022
Ces dernières semaines, la perspective de plusieurs relèvements de taux par la BCE a provoqué une hausse des rendements des obligations d’État allemandes et de certains spreads souverains de la zone euro. Au-delà d’un certain point, l’augmentation des spreads ne se justifie pas. Dans ces circonstances, la banque centrale pourrait décider d’intervenir pour éviter que cela n’entrave la transmission de la politique monétaire. Or, il est difficile de déterminer quand une hausse de spread souverain est trop forte. Historiquement, la relation (bêta) entre le spread BTP-Bund et les rendements du Bund, calculée sur une fenêtre mobile de 20 semaines, fluctue beaucoup. Il est donc nécessaire de considérer une perspective plus longue. Avec des données remontant à 2013, le spread actuel est en ligne avec l’estimation basée sur le rendement actuel du Bund. D’autres variables économiques devraient venir compléter l’analyse. Cela montre toute la difficulté de la tâche de la BCE lorsqu’il est question de remédier à un élargissement injustifié des spreads.
Réunion de la BCE du 9 juin : sur la rampe de lancement, vers la neutralité et au-delà ? 06/06/2022
Lors de sa réunion du 10 mars, la BCE avait ouvert la voie à la remontée du taux de dépôt. Le timing de la première hausse restait néanmoins incertain : septembre apparaissait moins probable comparé à quelques semaines plus tôt, juillet était exclu, restait décembre. La temporisation semblait toujours de mise compte tenu des risques baissiers croissants que le choc inflationniste en cours, la guerre en Ukraine et la stratégie zéro-Covid de la Chine font peser sur la croissance de la zone euro. Les données économiques publiées depuis ainsi que les discours hawkish, prononcés par nombre de membres de la BCE, ont accéléré le tempo.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1811 articles et 362 vidéos