eco TV

EcoTV - Janvier 2017

11/01/2017

TRANSCRIPT // EcoTV - Janvier 2017 : janvier 2017

Au sommaire de cette édition nous allons parler de la conjoncture globale avec le chef économiste William De Vijlder et son maître mot pour cette nouvelle année : incertitude. Ensuite en trois questions, on va s’intéresser aux pays émergents. François Faure va nous expliquer pourquoi l’environnement y est plus favorable en ce début d’année. Attention toutefois au risque chinois. En fin d’émission, nous aurons le graphique du mois avec Thomas Humblot. On va parler des banques italiennes, d’une nouvelle donne pour leurs créances douteuses. Bonne émission.

 

Pour bien commencer 2017, nous allons faire un point de conjoncture globale avec le chef économiste de BNP Paribas William De Vijlder, bonjour.

- Bonjour.

- William, quelle est la situation en ce début d’année ? Sachant les quelques statistiques de la fin de l’année 2016.

- Effectivement la conjoncture est bonne, on le voit dans un grand nombre de pays et les statistiques ont clairement dépassé les attentes des économistes.

- Quelles sont les raisons de cette embellie ?

- Il y a une multitude de facteurs. Un, l’environnement monétaire reste souple un peu partout dans le monde. Un deuxième facteur qui joue, c’est la remontée du prix du pétrole qui a écarté des scénarios cataclysmiques que l’on craignait début 2016. Un autre facteur qui a joué, ce sont les fortes relances, avec beaucoup de succès d’ailleurs en Chine, qui ont eu un effet d’entraînement à l’international.

- Et au Royaume-Uni, le Brexit n’a pas généré de trop fortes décélérations de la croissance.

- Effectivement cela a vraiment été un facteur de soutien à la confiance, bien au-delà de l’économie britannique. Ce qui a joué également bien sûr, c’est l’élection de Donald Trump avec la perspective d’une relance budgétaire en 2017. Et n’oublions pas que cette élection a eu un impact très favorable sur le comportement des marchés financiers qui, à leur tour, ont eu un impact positif sur la confiance des ménages et des entreprises.

- Les marchés, eux, regardent l’avenir. Quelle est, selon vous, la tendance 2017 sur le plan économique ?

- Lorsqu’on regarde les indicateurs de sentiment, de confiance, les indicateurs avancés, tout porte à croire que l’économie sera bien orientée dans les tout prochains mois. A la fois dans les pays développés et dans les pays émergents. Ce qui est important, bien évidemment, c’est d’être attentif au fait qu’il y ait des différences, des nuances selon les pays. Par exemple, au Royaume-Uni, nous anticipons que l’impact de l’incertitude et les autres conséquences du Brexit commenceront à se manifester au premier semestre du côté de la zone Euro. Nous sommes très sensibles à la perspective d’une remontée de l’inflation qui a d’ailleurs déjà commencé et qui pèsera sur la croissance du revenu réel disponible des ménages.

- Et aux Etats-Unis ?

- Chez les Américains bien sûr il y a l’espoir que la relance budgétaire sera implémentée et dopera la croissance.

- William, il y a quand même des risques. On parle souvent d’incertitude, c’est l’un de vos mots-clés pour cette année 2017. Tant sur le plan de l’implémentation de ces politiques économiques que sur le plan électoral. Quel est votre point de vue ?

- Effectivement, le terme dominant en ce début d’année c’est l’incertitude. L’incertitude par définition veut dire des scénarios multiples. Et un facteur d’incertitude est relevant si la différence est grande entre un scénario par rapport à un autre. Dans la sphère réelle, la croissance, l’investissement, le Brexit et l’incertitude qui vient avec sont des facteurs très importants. Et le nouveau dosage de la politique économique américaine : un peu plus restrictive du côté monétaire et la relance budgétaire. 

- Cela met un petit peu de temps à s’implémenter sur la sphère réelle. Par contre les marchés financiers sont beaucoup plus réactifs.

- Effectivement, les marchés financiers fonctionnent avec des horizons plus courts donc ils sont plus réactifs. Ils vont être tentés de pousser vers l’extrême une certaine thématique. Cela explique pourquoi les marchés financiers sont également particulièrement sensibles aux échéances électorales.

- Quelle est votre conclusion pour cette année 2017 ?

- Ma conclusion est que les incertitudes sont multiples mais que nous sommes sur une bonne base de départ pour les affronter.

- Merci William, on se retrouvera tout au long cette année 2017 pour reparler de tous ces évènements. Dans un instant on fait le point sur les marchés émergents dans Trois questions avec François Faure.

 

 

- Trois questions à présent sur les pays émergents. François Faure, bonjour.

- Bonjour.

- Quel est l’environnement en ce début 2017 ?

- Il est globalement plus favorable qu’au début de 2016. D’abord, le prix des matières premières, notamment le pétrole et les métaux, sont plus élevés. Les échanges intra-asiatiques se sont réanimés et surtout l’industrie chinoise ne serait plus en déflation.

- Deuxième question : quand on observe la reprise des sorties des capitaux, une hausse du dollar et une hausse programmée des taux d’intérêt américains, ce n’est pas vraiment favorable pour les marchés émergents.

- Ce n’est pas favorable pour les pays importateurs de matières premières et/ou ceux qui ont une dette extérieure à court terme très élevée. Mais l’expérience depuis la grande crise de 2008 a montré que ces pays ont bien absorbé les chocs. En ce qui concerne les flux de capitaux, les sorties se sont limitées à quelques pays. Et enfin, le coût de financement externe des entreprises dans les pays émergents est moins élevé actuellement qu’il ne l’était au début de 2016.

- Troisième et dernière question : quel est le principal risque pour les pays émergents en 2017 ?

- Ce n’est ni l’élection de Donald Trump, ni le durcissement de la politique. Le principal risque reste celui de l’instabilité financière en Chine. Il y a toujours une possibilité de montée des créances douteuses ou des tensions sur la liquidité, liées aux sorties de capitaux ou aux problèmes sur la dette des entreprises chinoises. Cela dit, par rapport à début 2016, les éléments déclencheurs d’une crise de la dette ne sont pas réunis. D’abord, les prix de l’immobilier en Chine se sont redressés, le taux de change est plus flexible et les autorités monétaires jouent leur rôle de prêteur en dernier ressort.

- François Faure, merci. On se retrouve tout de suite pour le Graphique du mois.

 

 

Pour le Graphique du mois, nous allons parler des banques italiennes. Des réformes sont en cours concernant leurs créances douteuses. Thomas Humblot, bonjour.

- Bonjour.

- Quel est l’objectif de ces réformes instaurées par le précédent gouvernement italien ?

- Assez généralement, une partie de ces réformes cherchent à accélérer, rationnaliser et simplifier les procédures de faillite et l’exécution des décisions de justice. En outre, le recours aux procédures extra-judiciaires est privilégié.

- Quels seraient les effets de ces réformes ?

- Prenons le cas simplifié d’une banque qui détiendrait un portefeuille de prêts irrécouvrables dont l’encours brut est de 100 unités. Initialement, la banque anticipe un taux de recouvrement de 60% et provisionne en conséquence 40 unités. Si la qualité de ce portefeuille vient à se dégrader et que le taux de recouvrement diminue, l’écart qui en résulte doit être couvert par des provisions supplémentaires. Autre option, la banque a la possibilité de céder son portefeuille de créances douteuses de 100 unités au marché pour un prix de 20 unités par exemple.

- Pourquoi 20 ?

- Ce prix correspond à celui payé actuellement en moyenne en Italie. Il va dépendre des flux de remboursements futurs anticipés par l’investisseur, de la présence d’éventuelles garanties, mais surtout du taux de rendement interne qui est propre à l’investisseur. La perte comptable qui en résulte vient réduire les fonds propres de la banque qui doit les reconstituer par ailleurs afin de préserver ses ratios de solvabilité.

- Alors, il y a une nouveauté en Italie aujourd’hui, c’est un nouveau fonds d’investissement, Atlante ? 

- Oui, le fonds privé Atlante se propose de racheter les créances douteuses pour 30 unités.

- Pourquoi au-dessus du prix du marché, 30 contre 20 ?

- Simplement parce que le fonds Atlante anticipe le fait que les réformes structurelles que nous avons mentionnées précédemment auront un effet positif sur le recouvrement des créances douteuses.

- Est-ce que d’autres acteurs pourraient suivre l’exemple d’Atlante ?

- En poursuivant le raisonnement, le marché ou d’autres fonds spécialisés seraient également susceptibles de revoir leur valorisation des créances douteuses. Dès lors que les réformes visant à améliorer le recouvrement des créances douteuses devraient être crédibles aux yeux des investisseurs. Cela permettrait aux banques de céder leurs créances douteuses avec plus de facilité.

- Merci Thomas Humblot. On va suivre bien sûr cet exemple italien. On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d’Eco TV.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

Comment stimuler les dépenses de consommation ? Chèque vs baisse de la TVA 03/07/2020
Face aux sombres perspectives du marché de l’emploi, des mesures s’imposent pour stimuler les dépenses de consommation et ainsi soutenir la reprise économique. Il existe un large éventail d’instruments : chèques, baisse du taux de la TVA, réduction de l’impôt sur le revenu, crédit d’impôt, impôt sur le revenu négatif. Parmi ces outils, les chèques offrent de nombreux avantages, notamment la possibilité de cibler un groupe de personnes, les bénéficiaires finaux, le type de dépenses et la zone géographique. Les coûts administratifs sont néanmoins conséquents.
Le climat des affaires poursuit son amélioration 03/07/2020
Avec un nombre accru de pays allégeant voire supprimant les mesures de confinement, l’indice des directeurs d’achat s’est encore amélioré en juin. Le PMI manufacturier mondial s’établit même désormais au-dessus de son niveau de février. Des augmentations considérables ont été relevées aux Etats-Unis, en France, Irlande, Espagne, Turquie, Indonésie et Vietnam. Le Brésil et l’Inde connaissent également une très forte amélioration, qui semble en contradiction avec la situation sanitaire de ces pays [...]
Covid-19 : synthèse des mesures budgétaires et monétaires 02/07/2020
Ce document présente les mesures budgétaires et monétaires prises par plusieurs pays, mais aussi par l’Union européenne et la zone euro, pour faire face aux conséquences économiques de la pandémie de Covid-19. Il permet de comparer les différentes décisions.
Perspectives de rendement des obligations d’État : quelques certitudes, beaucoup d’incertitudes 17/06/2020
Les rendements des obligations d’Etat, en net repli pendant la pandémie, se sont stabilisés en avril et mai, malgré le rebond des actions - qui va généralement de pair avec une augmentation des rendements - et la forte hausse du besoin de financement. Dans un avenir prévisible, deux certitudes pèseront dans la balance : d’une part, l’orientation actuelle de la politique monétaire sera maintenue durant une longue période ; d’autre part, les déficits budgétaires vont rester élevés par rapport à leurs niveaux d’avant la pandémie. Il existe néanmoins aussi de nombreuses incertitudes comme le rythme de la reprise. En l’absence d’une deuxième vague, les rendements devraient légèrement augmenter, mais les banques centrales ne toléreront aucune hausse significative.
L’incidence variable de l’incertitude des prévisions 05/06/2020
La publication par la BCE de différents scénarios illustre l’ampleur de l’incertitude qui entoure les prévisions des variables macroéconomiques. Les entreprises peuvent ainsi reporter leurs investissements dans l’attente d’une meilleure visibilité. Compréhensible au niveau microéconomique, un tel attentisme peut freiner la croissance et conforter la conviction des dirigeants d’entreprises que leur prudence était justifiée. La forte augmentation de la dispersion des prévisions de résultats traduit un degré d’incertitude considérable à l’échelle de chaque société. Or, cela n’a pas empêché la poursuite du rebond du marché actions américain.
Les indices des directeurs d’achats ont dépassé leur creux mais le niveau reste bas 05/06/2020
Comme prévu, l’assouplissement progressif des mesures de confinement a conduit, au mois de mai, à une amélioration des PMI manufacturiers dans tous les pays, à l’exception des Pays-Bas et du Japon. L’ampleur du rebond varie néanmoins considérablement d’un pays à l’autre [...]
Covid-19 : les aspects liés à l’offre soumis à des tests de résistance grandeur nature 17/04/2020
La pandémie de Covid-19 révèle la nécessité de mieux prendre en compte les aspects liés à l’offre dans les analyses macroéconomiques. Des chaînes de valeur mondiales longues, optimales en termes de coûts et de prix, peuvent s’avérer très complexes d’un point de vue opérationnel et, surtout, vulnérables. Une offre plus résiliente a un coût au plan micro et macroéconomique. Cet arbitrage est un exercice difficile dans une économie de marché. C’est pourquoi les politiques publiques ont, dans une certaine mesure, un rôle à jouer.
L’envolée phénoménale de l’incertitude exerce un frein supplémentaire sur l’activité économique 17/04/2020
La pandémie de Covid-19 a fait s’envoler la plupart de nos indicateurs d’incertitude. En L’indicateur basé sur la couverture médiatique est, à présent, à un niveau record. Après une stabilisation à un niveau élevé, l’incertitude des entreprises allemandes a encore augmenté tandis que celle de leurs homologues américaines a enregistré un bond notable. L’indicateur de l’évolution du risque géopolitique fait figure d’exception...
Choc du Covid-19 : une hausse marquée de l’inflation est-elle à prévoir ? 17/04/2020
Le choc du Covid-19 mènera, c’est certain, à une courte mais profonde récession dans la plupart des économies. L’effet sur l’inflation est à l’inverse incertain. Si à court terme, beaucoup d’observateurs s’attendent à des pressions désinflationnistes, à moyen terme, la dynamique est plus ambiguë. 
Capacités hospitalières et vieillissement de la population 15/04/2020
Depuis plusieurs décennies déjà, la plupart des pays de l’OCDE réduisent leurs capacités hospitalières, les innovations en matière de santé permettant le développement des soins ambulatoires. Néanmoins, parmi les pays dont la population vieillit le plus vite, certains, comme le Japon et l’Allemagne, ont maintenu leurs capacités. En Allemagne, le nombre de lits en soins intensifs est ainsi deux à trois fois plus important qu’en France, en Italie ou au Royaume-Uni. La Corée du Sud, quant à elle, combine à la fois des capacités importantes et une population relativement jeune. Dans le contexte pandémique actuel, disposer de capacités hospitalières importantes constitue un avantage. Certains pays ont pu accroître rapidement le nombre de lits en soins intensifs. Ailleurs, les capacités existantes ont été optimisées, des malades ayant pu être transportés vers des régions moins touchées par le Covid-19. Ainsi, l’Allemagne a accueilli des patients français pour soulager les hôpitaux du Grand Est. La question des capacités hospitalières n’est qu’un des aspects de la crise actuelle. La résistance d’un pays au virus est, dans une large mesure, déterminée par la disponibilité des équipements de protection individuelle, les capacités de test et l’accès universel à un système de santé.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2454 articles et 632 vidéos