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EcoTV - Février 2018 07/02/2018

TRANSCRIPT // EcoTV - Février 2018 : février 2018

- Bonjour à tous. Voici l’édition de février 2018 d’Eco TV. Bienvenue dans ce magazine préparé par les économistes de BNP Paribas. Au sommaire, la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) sera-t-elle un peu moins accommodante en 2018 et en 2019 ? Nous écouterons l’analyse de Thibault Mercier. Tout de suite après, le Graphique du mois sur la Turquie avec Sylvain Bellefontaine. La croissance turque devrait avoisiner les 7% en 2017, attention donc à la surchauffe en 2018. C’est ce que l’on verra dans quelques instants.
Pour terminer, Trois questions sur les Etats-Unis avec beaucoup de croissance cette année grâce aux réductions d’impôt annoncées par Donald Trump. William De Vijlder nous dépeindra ce qui pourrait se passer par la suite. Bonne émission.

 

-  La croissance devrait rester robuste en 2018 dans la zone euro,  à 2,4%. C’est le scénario des économistes de BNP Paribas. Thibault Mercier, bonjour.

- Bonjour.

- Qu’est-ce qui soutient cette croissance dans la zone euro ?

- Essentiellement deux choses. Un environnement international porteur qui bénéficie au commerce extérieur, et, plus spécifiquement à la zone euro, une politique monétaire qui reste très accommodante.

- Pourtant, la Banque centrale européenne a annoncé un ralentissement de son soutien à l’économie. L’assouplissement quantitatif (QE) a baissé.

- C’est vrai, le volume d’achats mensuels a été divisé par deux. Depuis janvier, la BCE n’achète plus 60 milliards d’euros d’actifs chaque mois mais 30 milliards. Dans le même temps, elle a annoncé que ce programme était prolongé de neuf mois, au moins jusqu’en septembre. L’environnement reste donc très accommodant. Il est normal que la Banque centrale re-calibre son soutien à mesure que l’environnement s’améliore. Cela ne veut pas dire qu’elle change fondamentalement son orientation pour être neutre voire restrictive. Elle est toujours très accommodante.

- En tout cas le message est clair : la Banque centrale européenne continue de soutenir l’économie.

- Elle continue de soutenir l’économie et elle cherche à convaincre qu’elle le fera durablement, notamment à travers sa « forward guidance », c’est-à-dire ses indications quant à l’orientation future de la politique monétaire.

- La communication de la BCE.

- Exactement. Et dans le cadre de cette communication, elle dit  s’attendre à ce que les taux restent à leurs niveaux actuels pendant longtemps, en tout cas bien au-delà de l’horizon des achats nets d’actifs dans le cadre du QE

- Jusqu’à quand ces achats devraient-ils durer ?

- On sait qu’ils dureront jusqu’en septembre 2018. Que va-t-il se passer après ? On peut imaginer qu’il n’y aura pas de fin abrupte des achats. Je vois deux options : soit une réduction progressive des achats vers 0, ce qu’on appelle un « tapering », soit une nouvelle extension toujours à un rythme de 30 milliards. Dans les deux cas, les achats nets devraient couvrir l’ensemble de l’année 2018.

- Pour les achats nets, d’accord. Mais la politique monétaire, c’est aussi une politique de taux. La BCE va-t-elle relever les taux en 2019 après avoir arrêté les achats ?

- Ce sera probablement en 2019, mais cela dépendra évidemment de l’inflation. Cela dépend toujours de l’inflation. Mais en l’état, c’est ce que la Banque centrale européenne véhicule comme ce qu’elle attend. Elle veut donc relever les taux « bien après » la fin des achats nets. Ce « bien après » est volontairement vague. Ce qui est clair en revanche, c’est la séquence. D’abord la fin du QE qui, on l’a vu, pourrait durer toute l’année 2018. Ensuite, en 2019 on s’interrogera sur le relèvement de taux : est-ce que la BCE les relèvera rapidement, au premier semestre, et ensuite espacera le relèvement suivant ? Ou est-ce qu’elle commencera plus tard, quitte à avoir un cycle ensuite plus resserré. Ces questions se poseront en 2019.

- Qu’est-ce qui pourrait resserrer cette séquence ?

- La séquence restera probablement inchangée. Ce qui pourrait changer, c’est la vitesse à laquelle les choses se passeront et notamment le laps de temps entre la fin des achats et le premier relèvement. 

- Pourquoi cette prudence alors que l’économie européenne ne va pas si mal ?

- Parce que ce qui, au fond, intéresse la BCE, c’est l’évolution de l’inflation. C’est le critère pertinent. Elle veut une inflation à 2%, or on ne voit toujours pas de signe convaincant de redressement de l’inflation. Des facteurs d’offre peuvent expliquer ce phénomène mais plus fondamentalement, il y a toujours un déficit de demande. On a tendance à sous-estimer l’écart de production. Il est probablement plus grand que ce que la plupart des analystes pensent. Et c’est ce qui peut expliquer l’impression d’un décalage entre l’amélioration de la croissance et la relative inertie des prix.  

- Encore de beaux sujets devant nous pour Eco TV. Merci Thibault Mercier. Dans un instant, on part en Turquie pour le Graphique du mois avec Sylvain Bellefontaine. La croissance  y est un encore plus rapide que dans la zone euro.

 

- Pour le Graphique du mois, direction la Turquie. Sylvain Bellefontaine, bonjour.

- Bonjour.

- La croissance en Turquie devrait avoisiner les 7% en 2017. Quels sont les moteurs de cette croissance ?

 - Vous voyez ici sur le graphique les données lissées en moyenne mobile sur quatre trimestres. Le principal driver de ces derniers trimestres a été l’accélération du crédit, soutenue par le gouvernement et, notamment, par son fonds de garantie du crédit qui a été très largement étendu. Le gouvernement a aussi augmenté ses dépenses, d’investissement notamment. Il a augmenté les salaires et baissé la fiscalité pour soutenir la consommation des ménages. Troisième élément que vous voyez ici avec la courbe orange : le commerce extérieur a été très profitable et a largement contribué à la croissance sur les derniers trimestres, notamment du fait de la bonne conjoncture en Europe.  

- Est-ce que cela devrait continuer en 2018 ?

- En 2018, on attend un ralentissement et il sera bienvenu. En effet, sur ce deuxième graphique, on voit les conséquences d’une croissance très forte et d’une économie en surchauffe : une forte accélération de l’inflation sur la courbe bleue. Vous voyez qu’elle a tout de même atteint  13% au mois de novembre. Elle a un peu ralenti au mois de décembre, mais on finit l’année à plus de 11% d’inflation. Cela s’explique notamment par une forte dépréciation de la livre turque dans un contexte géopolitique vraiment tendu, notamment avec les pays occidentaux, l’Europe et les Etats-Unis. Dans ce contexte, la Banque centrale a dû fortement augmenter ses taux d’intérêt. On est aujourd’hui à 12,75%, mais l’économie devrait ralentir cette année.

- C’est souhaitable. Et pour 2019 ?

- Pour 2019, on attend une petite accélération. Ce sera une année électorale nous pensons donc que le gouvernement relancera sa politique budgétaire expansionniste.

- Novembre 2019, les prochaines élections générales en Turquie. Merci Sylvain Bellefontaine pour ce point. Dans un instant, direction les Etats-Unis et Trois questions avec William de Viljder.

 

- Parlons à présent des Etats-Unis et Trois questions après que le Fonds monétaire international a relevé ses prévisions de croissance. William de Vijlder, bonjour.

- Bonjour.

- Vous êtes le chef économiste de BNP Paribas. Partagez-vous l’enthousiasme du FMI sur la croissance américaine après les baisses d’impôts annoncées par le président Trump ? 

- Oui, du moins à court terme. Effectivement, tout porte à croire qu’un coup de pouce supplémentaire sera donné à l’économie américaine suite à la baisse des impôts. Mais pour l’évaluation finale de ce qui a été décidé avant Noël, il faut vraiment faire attention au dosage de la politique économique américaine.

- Deuxième question : quel est le dosage actuel de cette politique américaine, tant budgétaire que monétaire ? Le fameux « policy-mix » ?

- Force est de constater que l’économie américaine tourne à plein régime. Le taux de chômage est très faible, en même temps la politique monétaire est restée très accommodante parce que la Réserve fédérale adopte un parcours extrêmement prudent. Pour illustrer cette politique accommodante, on peut faire référence à la règle de Taylor qui permet de fixer le taux cible. Nous arrivons donc à un taux qui serait largement supérieur au taux observé aujourd’hui. Même si on adopte une approche beaucoup plus simple, où on prend le taux d’intérêt réel (taux nominal – taux d’inflation), on voit que la politique reste accommodante.

- Quels sont les risques à court et moyen terme?

- Les risques résident dans cette combinaison d’une politique monétaire qui reste accommodante avec une impulsion budgétaire. Cela accroît la pression dans la « tuyauterie». On risque d’assister à un retour un peu plus rapide de l’inflation. La Réserve fédérale serait alors forcée à durcir le ton et donc à augmenter les taux plus vite. Par ailleurs, l’appel aux marchés sera plus important avec l‘émission de dette.
Pour ces deux raisons, il pourrait donc y avoir une remontée des taux d’intérêt à long terme qui pourrait influencer négativement le sentiment des investisseurs sur Wall Street. L’autre élément, c’est à moyen terme un vent contraire qui pourrait souffler sur la dynamique américaine en termes de croissance économique.

- Rendez-vous en 2019, où on sera peut-être un peu moins optimiste qu’aujourd’hui. 

- Rendez-vous en 2019.

- Merci William de Vijlder. Nous nous retrouverons dès le mois de mars pour un nouveau numéro d’Eco TV.

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