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EcoTV - Novembre 2018 08/11/2018

TRANSCRIPT // EcoTV - Novembre 2018 : novembre 2018

François Doux : Bonjour à tous et bienvenue dans cette édition de novembre 2018 d'EcoTV, le magazine des économistes de BNP Paribas. Focus aujourd'hui sur l'inflation, la volatilité et le Brésil. En début d'émission Hélène Baudchon va nous parler du vrai-faux retour de l'inflation en France.

Dans le Graphique du mois, William De Vijlder mettra en perspective la volatilité et la croissance économique en particulier aux États-Unis. On verra si c'est le signe avant-coureur d'un ralentissement de la croissance.

Pour terminer, Trois questions à Salim Hammad pour parler des politiques économiques à venir du nouveau gouvernement brésilien sous la houlette de Jair Bolsonaro, le nouveau président. Rendez-vous en fin d'émission.

 

FOCUS

 

François Doux : Il est un débat actuel tant du côté des banques centrales et des gouvernements que des ménages. Assiste-t-on à un retour, ou non, de l'inflation ?

Focus sur la France avec Hélène Baudchon, bonjour.

Hélène Baudchon : Bonjour.

François Doux : Hélène, première question : d'où vient ce débat sur le vrai-faux retour de l'inflation ?

Hélène Baudchon : Il a ressurgi un petit peu avant cet été avec la publication de chiffres d'inflation en nette accélération (plus un point de pourcentage en l'espace d'un an) et, surtout, à compter de juillet lorsque l'inflation a dépassé les 2 % en glissement annuel, pour la première fois depuis début 2012.

Cette accélération était attendue et elle est amorcée depuis 2017, mais le contraste n'en est pas moins grand après trois années (de 2014 à 2016) d'inflation quasi nulle. Et si cette remontée a aussi beaucoup retenu l'attention, c'est à cause de ses effets négatifs sur le pouvoir d'achat. Ceux-ci sont indéniables, en revanche nous réfutons l'idée d'un retour de l'inflation.

François Doux : Cela tient à la définition même de l'inflation à savoir une hausse du niveau général des prix, auto-entretenue et durable. Or, en France, on n’assiste pas vraiment à un tel phénomène en ce moment.

Hélène Baudchon : Effectivement, aujourd'hui l'inflation est essentiellement énergétique, c'est-à-dire qu’elle est le résultat de la hausse des prix du pétrole sur fond d'alourdissement de la fiscalité sur les carburants. Donc aujourd'hui, pour parler véritablement d'un retour de l'inflation il faudrait un retour de l'inflation dite « sous-jacente », c'est-à-dire l'inflation corrigée de ses éléments les plus volatils (prix de l'énergie et de l'alimentation), des mesures fiscales et des tarifs publics. Or, aujourd'hui, cette inflation sous-jacente reste particulièrement faible, elle est inférieure à 1 % sur un an.

François Doux : On observe toutefois un début de redressement. On a l'impression que les conditions sont réunies pour un retour dans les prochains mois.

Hélène Baudchon : C'est exact. En plus de l'effet retardé qu'on attend de la croissance un petit peu plus forte, on a d'autres signaux avant-coureurs comme les composantes ‘prix de production’ et ‘délais de livraison’ des indices PMI de Markit, le jugement des chefs d'entreprise sur les perspectives générales de prix dans les enquêtes de l'INSEE.

On peut aussi compter sur les effets de second tour de la nette remontée des prix du pétrole qui devraient se traduire par un peu plus d'inflation sous-jacente. Et puis l'inflation salariale commence également à se redresser et les difficultés de recrutement actuelles peuvent aussi pousser les salaires à la hausse.

François Doux : Il est clair qu'il y a une pression en amont, mais maintenant la question est de voir comment cette pression va se transmettre en aval.

Hélène Baudchon : C'est exact, c'est toute la question. Ce qu'il faut craindre, ce n'est pas qu'il y ait trop d'inflation mais pas assez. Car face à ces pressions conjoncturelles haussières que je viens d'évoquer, il y a aussi des pressions structurelles désinflationnistes fortes qui s'exercent.

François Doux : Mais pourquoi cette inquiétude finalement, Hélène Baudchon. Cette faiblesse de l'inflation a été voulue. C'est finalement le prix du succès de la politique de désinflation compétitive dont on parlait beaucoup dans les années 80. Or, dès lors que les salaires (hormis le SMIC) ne sont plus automatiquement indexés sur l’inflation, c'est une courroie de transmission naturelle qui est rompue.

Hélène Baudchon : Tout à fait, mais d'autres facteurs sont à l'œuvre. Ils pèsent sur la dynamique des salaires et de l'inflation et viennent encore plus distendre cette boucle prix-salaires. Tout cela aboutit à une inflation sous-jacente inconfortablement basse. Pêle-mêle parmi ces facteurs : la mondialisation, la concurrence, les efforts de compétitivité, l'essor des contrats à durée déterminée, la tertiarisation de l'économie, la révolution numérique, la baisse du taux de syndicalisation, la faiblesse des gains de productivité ou encore le vieillissement démographique. On a donc un renversement de situation assez notable : après avoir lutté contre une inflation trop forte, les banques centrales des pays développés se retrouvent à lutter contre une inflation trop faible. La BCE est engagée dans ce combat difficile. Il faut souhaiter qu'elle l’emporte pour le bon fonctionnement de l'économie.

François Doux : Merci Hélène Baudchon pour ce point sur l'inflation ; à vos manuels d'économie si vous n'avez pas tout compris. Dans un instant on va parler de la croissance et de la volatilité des marchés financiers. C'est le Graphique du mois avec William De Vijlder.

 

LE GRAPHIQUE DU MOIS

François Doux : Pour le Graphique du mois, nous allons parler de la volatilité des marchés financiers. William De Vijlder, bonjour.

William De Vijlder : Bonjour François.

François Doux : Vous, qui êtes chef économiste, en quoi la volatilité des marchés financiers vous intéresse pour analyser l'économie réelle ?

William De Vijlder : Elle m'intéresse beaucoup puisque la volatilité des marchés est un indicateur du degré de fluctuation des estimations de croissance, des perspectives de taux d'intérêt, de l'appétit pour le risque des investisseurs.

François Doux : Et donc qu’est-ce que nous dit ce graphique, qu'est-ce qu'il représente ?

William De Vijlder : Voici un nuage de points avec, en abscisse, la volatilité de la bourse américaine Standard & Poor's, que l'on calcule sur un passé récent, les douze derniers mois, et, en ordonnée, la croissance pour les quatre trimestres suivants.

François Doux : Donc qu'est-ce qu'on en déduit ? Quand il y a beaucoup de volatilité, quel est l'impact sur la croissance ?

William De Vijlder : Effectivement, lorsque sur un passé récent on a beaucoup de volatilité, comme ici, on observe qu'en termes de croissance on est plutôt en bas de régime.

À l’inverse, lorsque l'on a peu de volatilité, on a une croissance qui est plutôt soutenue, donc des relations très négatives. Si bien qu’une hausse de la volatilité met en perspective un ralentissement de la croissance.

François Doux : En cette année 2018, on a eu pas mal de volatilité. Où est-ce que l'on se situe sur ce nuage de points et qu'est-ce que l'on peut en déduire ?

William De Vijlder : Effectivement la bonne nouvelle c'est que pour l'instant nous sommes toujours ici. La mauvaise nouvelle c'est un rebond de la volatilité, donc on peut se demander si cela va être pérenne ?

On peut donc dire dès à présent que si la hausse de la volatilité, qu'on a vue ces dernières semaines, devait continuer dans les mois à venir, inévitablement il y aurait un ralentissement de la croissance.

François Doux : Dernière question. Qu'est-ce qui sous-tend ce raisonnement ? Quelles sont les causes de cette corrélation ?

William De Vijlder : La relation est basée sur un facteur : le coût de financement. Concrètement, par exemple lorsqu'il y a plus de volatilité également au niveau du marché obligataire, pour les entreprises le coût de financement augmente. Le deuxième facteur qui joue c'est que simplement les ménages et les entreprises sont plus incertains, donc vont dépenser ou investir un peu moins. C'est ce qui freine la croissance.

François Doux : William De Vijlder, merci pour ce point sur la corrélation entre la volatilité et la croissance en particulier aux États-Unis. Dans un instant on part au Brésil, avec Trois questions à Salim Hammad sur le nouveau gouvernement.

 

3 QUESTIONS

François Doux : Nouvelle donne politique au Brésil. Un nouveau président, Jair Bolsonaro, entrera en fonction au 1er janvier 2019. On a aussi, petite surprise, une marge de manœuvre plus grande pour lui au Congrès. Nous sommes avec Salim Hammad. Bonjour.

Salim Hammad : Bonjour.

François Doux : En trois questions, on va parler de cette politique économique à venir au Brésil. Première question, quelles sont les orientations auxquelles s'attendre en terme de politique économique avec ce futur gouvernement Bolsonaro ?

Salim Hammad : Sur le papier on assiste à un vrai virage libéral qui devrait transiter par un désengagement progressif de l'État. On s’attend à une réduction assez importante du nombre de ministères, ainsi qu’une compression assez significative de la masse salariale. Son programme propose également des privatisations à grande échelle, proposition qui a d’ailleurs été largement saluée par les marchés au cours des dernières semaines. Son programme parle également d’un passage à un système de retraite par capitalisation.

François Doux : Deuxième question, quels risques pèsent sur cette économie brésilienne dans les mois à venir ?

Salim Hammad : Le premier risque est d'ordre socio-politique. Il découle du fait qu'une bonne partie de l’électorat de Bolsonaro n'a pas voté en faveur de son programme économique mais plutôt en faveur de son positionnement "anti-establishment".

François Doux : Il y a aussi un risque souverain au Brésil ?

Salim Hammad : Oui, effectivement, la trajectoire de la dette inquiète notamment, et elle est liée à des difficultés chroniques au niveau budgétaire. Les recettes souffrent très largement en raison d'une croissance atone et d’une reprise qui a du mal « à prendre pied ». Et au niveau des dépenses, il y a des rigidités très importantes liées notamment à la charge d'intérêt et aux dépenses obligatoires liées au système de Sécurité sociale et aux pensions.

François Doux : Troisième et dernière question. Ce sera donc l'un des enjeux des réformes ?

Salim Hammad : Exactement. Ces dépenses, notamment au niveau de la Sécurité sociale et des pensions, engagées et prévues par la Constitution sont très faiblement compressibles. Elles coûtent chères et ne sont pas du tout en phase avec la transition démographique du pays.

C'est un enjeu de taille auquel devra faire face le gouvernement de Bolsonaro notamment pour engager les amendements constitutionnels nécessaires pour réformer les finances publiques.

François Doux : Salim Hammad merci pour ce point sur l'économie brésilienne. Quant à nous, on se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d'EcoTV.

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