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EcoTV - Mai 2019

09/05/2019

TRANSCRIPT // EcoTV - Mai 2019 : mai 2019

BCE, Tunisie, économie française, c'est le menu de cette édition d'EcoTV du mois de mai 2019.

Pour commencer, un focus avec William De Vijlder sur la communication des banques centrales, en particulier de la BCE. William nous dira pourquoi et comment il faut savoir lire entre les lignes.

Dans le Graphique du mois, direction la Tunisie. Stéphane Alby va nous expliquer pourquoi l'inflation pourrait ralentir la croissance tunisienne en 2019. Pour terminer Trois questions sur la France et le pouvoir d'achat avec Hélène Baudchon. Le pouvoir d'achat qui va croître en 2019 de manière spectaculaire, du jamais vu depuis 2007. On regardera avec Hélène à quoi ce rebond est dû.

Bonne émission.

 

FOCUS

François Doux

En ces temps d'incertitude économique, la politique monétaire est l'objet de tous les regards et en particulier sa communication. Il faut savoir lire entre les lignes.

William De Vijlder bonjour.

William De Vijlder

Bonjour François.

François Doux

C'est votre métier d'économiste que d'analyser, de lire entre les lignes

William De Vijlder

Exactement.

François Doux

D'analyser les communications des banques centrales, que ce soit dans les communiqués de presse, dans les conférences de presse, dans les minutes des meetings, on a cela notamment aux États-Unis.

Qu'est-ce que vous regardez ? Pourquoi faut-il lire entre les lignes ?

William De Vijlder

Les banques centrales veulent être prudentes et claires. Claires parce qu'elles ont un message à véhiculer. En même temps la prudence s’impose aussi parce qu'elles veulent surtout éviter que des propos sans nuance conduisent à de l'euphorie ou à un vent de panique.

François Doux

On a un scénario de base et des scénarios hypothétiques. C'est ce que l'on regarde. Pouvez-vous nous donner des exemples ?

William De Vijlder

Par exemple, la Réserve fédérale, dernièrement, a communiqué sur un niveau de confiance élevé dans ses projections de croissance. Une croissance qui restera bien orientée cette année et en 2020.

Et en même temps, elle dit : "on ne va pas changer les taux d'intérêts". On s'interroge comment combiner les deux. Entre les lignes, on voit un focus très important de la Fed sur un scénario alternatif qui serait hautement inconfortable et qui se traduirait par un essoufflement de croissance. C'est pour cela qu'elle dit aussi : "on maintient les taux comme ils sont".

François Doux

On garde toutes les options ouvertes. Et du côté la Banque centrale européenne, on fait pareil ?

William De Vijlder

Oui et c'est très intéressant et très important pour nous ici. Les conférences de presse de Mario Draghi notamment sont extrêmement intéressantes afin de comprendre ce qu'il veut dire exactement. Ce qui frappe dans cette dernière conférence, c'est son billet qui exprime la prudence mais également celui qui traduit un certain inconfort.

François Doux

Donnez-nous des illustrations justement.

William De Vijlder

Il suffit de regarder et de compter les références à certains mots. On voit souvent apparaître "croissance", "growth" car le billet est souvent écrit en anglais.

Le mot "slowdown" apparait souvent, et bien sûr "negative". ELorsque l'on fait la part des choses, on voit qu'il y a largement plus de mots qui vont dans le sens de la prudence, de l'inconfort, le côté un peu négatif, que de mots qui expriment la croissance.

Lorsque l'on utilise le mot "croissance", c'est pour parler de l’évolution des agrégats monétaires et du crédit.

François Doux

Est-ce que vous pensez que M. Draghi compte vraiment avant ses communications le nombre de mots, que chaque mot est sous-pesé ? Pensez-vous qu'il les compte lui aussi?

William De Vijlder

Je ne sais pas mais, en tout cas, les équipes des banques centrales ont fait des analyses sémantiques très fouillées et, en particulier, elles ont fait le lien entre la réaction d'un marché et cette analyse sémantique. Donc je n'exclurais pas qu'effectivement ces mots soient comptés et que l’emplacement de chaque virgule soit vérifié.

François Doux

Regardons ce qu'il va se passer. Vous nous parliez de ce score. La Banque centrale européenne va quand même faire un nouveau TLTRO, une opération de refinancement ciblé.

William De Vijlder

Tout à fait. Le chef économiste Peter Praet a très clairement expliqué dans un discours récent pourquoi la BCE va le faire. En fait elle a deux objectifs. Le premier concerne le secteur bancaire. Les équipes de la BCE ont calculé qu'à l'horizon 2021, il y aurait un appel au marché très important de la part des banques, un besoin de refinancement de leur bilan. La BCE veut donc éviter un phénomène de congestion, un appel trop important si le renouvellement de la TLTRO de la BCE n'intervient pas. C'est une première raison. La deuxième raison, c'est que la BCE, soucieuse de son objectif, veut surtout que la dynamique du crédit continue à évoluer dans la bonne direction. Pour cela, elle veut donc stimuler l'octroi du crédit par le secteur bancaire.

François Doux

Mais William, l'enquête récente de la BCE montrait pourtant un ralentissement, un flétrissement de cette demande de crédit de la part des entreprises.

William De Vijlder

Oui. C'est un gros sujet parce qu' on a une politique qui est très accommodante. Tous les messages confirment que cette politique le restera. On va faire un TLTRO et qu'est-ce que l'on constate ?

Les banques ont envie d'octroyer du crédit mais elles perçoivent un sujet aussi du côté de la demande du crédit. Cela rappelle un peu la métaphore qu'on apprend en économie :" on apporte de l'eau à l’âne mais il ne veut pas boire".

François Doux

La BCE a aussi son objectif d'inflation, mais on en est encore un peu loin.

William De Vijlder

Effectivement, et le problème c'est que l'on est dans une situation d’inertie totale avec 0,8 % d'inflation sous-jacente, c’est largement en dessous des objectifs de la BCE. Donc elle ne peut entreprendre qu’une seule action : continuer à marteler le message que le nécessaire sera fait. Et, d'ailleurs, ce point est frappant dans la conférence de presse de Mario Draghi. Pour moi,  où à force de répéter, "nous ferons tout ce qui est nécessaire, tout ce que nous pouvons..." pour au plus vite provoquer cette accélération de l’inflation, entre les lignes, cela signifie une préoccupation grandissante du côté de Francfort.

François Doux

Donc on attend des annonces dans les prochains mois.

William De Vijlder

Tout à fait.

François Doux

Et je vous renvoie à notre podcast « EN ECO DANS LE TEXTE » sur le ciblage de l'inflation que l'on a réalisé récemment avec William.

Merci William à très bientôt.

Dans un instant le Graphique du mois, nous allons parler de l'économie tunisienne.

 

LE GRAPHIQUE DU MOIS

François Doux

Dans le graphique du mois de mai 2019 on s'intéresse à l'économie tunisienne. Cela va mieux avec 2,5 % de croissance en 2018 grâce à un regain du tourisme.

Attention cependant sur 2019, le FMI a revu à la baisse ses prévisions. On était à 3 %, mais le PIB ne devrait croître que de 2,7 % en 2019 en Tunisie.

Stéphane Alby bonjour.

Stéphane Alby

Bonjour.

François Doux

Stéphane, cette économie tunisienne présente des fragilités, en particulier l'inflation. C'est le sujet de ce graphique. On le voit la courbe bleue, sur l'échelle de gauche. Pourquoi avoir choisi l'inflation ?

Stéphane Alby

Pour deux raisons essentiellement. Déjà de par son ampleur car, comme vous pouvez le voir sur le graphique, l'inflation est passée de 3 % en 2016 à plus de 7 % en 2018, un niveau qui n'avait jamais été atteint depuis le début des années 2000.

Puis il y a la durée du phénomène. Il y a déjà eu des poussées inflationnistes par le passé. En 2013 par exemple l'inflation a culminé à plus de 6 % au cours du deuxième trimestre mais elle est vite retombée par la suite. Or, en 2018 cela n'a pas été le cas, l'inflation est restée stable autour de 7,5 % tout au long de l'année.

François Doux

Parlez-nous des conséquences de cette très forte inflation sur l'économie ?

Stéphane Alby

Elles sont multiples, à commencer par l'érosion du pouvoir d'achat des ménages. Or la consommation a permis jusqu'à peu de maintenir l'économie tunisienne à flot et il est à craindre que ce moteur se soit sérieusement grippé en 2018. Le regain d'inflation a aussi poussé la Banque centrale à relever son taux directeur par trois fois en 2018 pour une amplitude totale de 275 points de base, accentuant ainsi la pression sur un système bancaire devenu de plus en plus dépendant aux liquidités injectées par les autorités monétaires.

François Doux

On le voit, le taux directeur c'est la courbe jaune toujours sur l'échelle de gauche de ce graphique. Le FMI a longtemps reproché à la Banque centrale tunisienne de ne pas assez lutter contre l'inflation, or récemment après ces dernières hausses de taux, les taux d'intérêts réels sont redevenus positifs. Est-ce que cela veut dire que les choses vont se calmer sur le front de l'inflation dans les prochains mois ?

Stéphane Alby

Le durcissement de la politique monétaire est une condition nécessaire mais elle n'est pas suffisante. L'une des origines de l'inflation en Tunisie est externe. Le dinar a perdu plus de 30 % de sa valeur contre l'euro depuis 2016, avec comme conséquence un renchérissement des prix des produits importés. Or, entre des déséquilibres extérieurs toujours significatifs et des réserves de change qui sont tombées en dessous de trois mois d'importations de biens et services, tout laisse à penser que le dinar restera sous pression dans les mois à venir. En d'autres termes, l'inflation devrait se maintenir à des niveaux élevés à court terme.

François Doux

Pour conclure, est-ce que l'on doit s'attendre à d'autres actions de la Banque centrale tunisienne en 2019 ?

Stéphane Alby

C'est probable, mais au regard des fragilités de l'économie en général et du secteur bancaire en particulier, les marges de manœuvre des autorités monétaires seront très limitées.

François Doux

Stéphane Alby merci. Dans un instant Trois questions sur la France avec Hélène Baudchon.

 

3 QUESTIONS

François Doux

Trois questions à présent sur le pouvoir d'achat en France. Un pouvoir d'achat qui est dans l'actualité. C'est l'un des sujets du Grand débat proposé par le président de la République. En 2019, selon l'ensemble des prévisionnistes, le pouvoir d'achat devrait enregistrer sa plus forte progression depuis 2007.

Hélène Baudchon bonjour.

Hélène Baudchon

Bonjour.

François Doux

Première question, vous qui êtes économiste, quelle définition donneriez-vous du pouvoir d'achat ?

Hélène Baudchon

Au sens de la comptabilité nationale, il s'agit d'une mesure du revenu disponible réel. Disponible car c’est la part qui  reste après le paiement des impôts, dont le poids dans le revenu disponible frôle 30 %. Le revenu avant impôts est, lui, constitué des revenus d'activité (à hauteur d'un peu plus de 70 % du revenu disponible). Vous ajoutez à cela des prestations sociales (environ 35 %) et des revenus du capital (20 %). Ensuite le revenu est dit réel lorsqu'il est corrigé des prix. On mesure donc les gains de pouvoir d'achat par la différence entre le taux de croissance du revenu disponible nominal moins l'inflation. D'après cette mesure, les baisses de pouvoir d'achat au niveau macro sont très rares. La dernière en date est récente et elle a porté sur deux années : 2012 et 2013. Depuis le pouvoir d'achat progresse à un rythme annuel moyen légèrement supérieur à 1 %.

François Doux

1% à vous entendre, ce n'est pas énorme. Mais est-ce que c'est la raison pour laquelle vous, en tant qu'économiste, vous vous intéressez autant au pouvoir d'achat ?

Hélène Baudchon

Le fait est que la faiblesse de cette progression est une raison de l'attention que l'on porte au pouvoir d'achat. Surtout parce que lorsque l'on tient compte aussi de l'évolution du nombre et de la composition des ménages, c'est-à-dire lorsque l'on raisonne en unité de consommation, la hausse du pouvoir d'achat par unité de consommation est encore moins importante. En niveau, l'image est flagrante : en 2018, le pouvoir d'achat  se situe à peine au-dessus de son niveau de 2008.

Et cette longue stagnation, dont l'une des causes vient de l'augmentation forte de la pression fiscale sur la décennie écoulée, combinée au poids élevé des dépenses contraintes (30 % du budget des ménages), c'est l’une des explications des difficultés sociales actuelles. Donc une partie de la réponse à ces difficultés passe par un relèvement du pouvoir d'achat des ménages, notamment via des baisses d'impôts. Et plus globalement, les baisses d'impôts sont un moyen de soutenir la croissance.

François Doux

Troisième et dernière question, on n'a pas aujourd'hui, au moment d’enregistrer cette émission, les dernières mesures du gouvernement pour soutenir le pouvoir d'achat. Mais pouvez-vous nous dresser un premier bilan des mesures prises l'année dernière ?

Hélène Baudchon

En termes de montant, les baisses d'impôts déjà engagées sont importantes. Elles atteignent, en net, 15 milliards d'euros sur 2018-2020, qui se décomposent en un peu plus d'un milliard pour 2018, presque 11 milliards pour 2019 et 3 milliards pour 2020.

Si on se focalise sur 2019, en plus des baisses d'impôts (taxe d'habitation, cotisations salariales, correctif à la baisse sur la CSG pour une partie des retraités,…), vous avez aussi des mesures de soutien en faveur des revenus d'activité : la prime exceptionnelle et les heures supplémentaires défiscalisées. Du côté des prestations sociales, il y a une revalorisation de la prime d'activité ainsi que d'un certain nombre de minima sociaux. Enfin, l'annulation de la hausse de la fiscalité sur les carburants vient un peu réduire l'inflation. Le tout contribue à anticiper des gains de pouvoir d'achat supérieurs à 2 % cette année, soit la plus forte progression depuis 2007.

François Doux

La consommation qui reste le principal moteur de la croissance en France. Merci Hélène Baudchon pour ce point sur le pouvoir d'achat en France. On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d'EcoTV.

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