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Eco TV : Novembre 2019

12/11/2019

TRANSCRIPT // Eco TV : Novembre 2019 : novembre 2019

Bonjour à tous et bienvenue dans cette nouvelle édition d'EcoTV, le magazine des économistes de BNP Paribas. Au sommaire de cette édition de novembre 2019, la passation de pouvoir à la tête de la Banque centrale européenne. William De Vijlder, le chef économiste, fera le bilan de l'ère Draghi et il nous parlera des défis de l'ère Lagarde.

Dans le Graphique du mois, nous allons parler des retraites avec Raymond Van Der Putten. On comparera les pays en fonction de leur système de retraite et du niveau de pauvreté.

Pour terminer, Trois questions sur la Chine avec Christine Peltier. Certes, la croissance ralentit à cause de la guerre commerciale avec les Etats-Unis, mais la demande intérieure fléchit elle aussi.

FOCUS

François Doux

La Banque centrale européenne a une nouvelle présidente en la personne de Christine Lagarde. C’est l'heure du bilan pour son prédécesseur président Mario Draghi. William De Vijlder, bonjour.

William De Vijlder

Bonjour.

François Doux

Vous êtes le chef économiste de BNP Paribas. Vous avez connu tous les présidents de la Banque centrale européenne. Focus donc sur Mario Draghi. Quel est son bilan à vos yeux ?

William De Vijlder

Le bilan est largement positif mais il ne l'est pas à 100%. Disons que la réponse doit être nuancée, comme souvent. Ce qui frappe lorsqu'on regarde l'ère Draghi à la tête de la BCE, c'est la créativité dont il a fait preuve tout comme le Conseil des gouverneurs, notamment dans l'interprétation du mandat.

Pour préparer notre conversation, j'ai vérifié son premier discours en tant que président de la BCE où l'interprétation était plutôt stricte avec « Je me focalise sur l'inflation ». Progressivement on a constaté qu’il a pris de conscience que beaucoup de facteurs pouvaient contribuer à l'inflation ou à un risque de déflation.

François Doux

Au-delà de la créativité dans l'interprétation, il y a les actes et l'utilisation des instruments de politique monétaire ?

William De Vijlder

Effectivement. Progressivement on a vu une extension de la panoplie des instruments. Il y eut un temps où la politique monétaire, c'était les taux d'intérêts. Et puis on a ajouté TLTRO, la fameuse forward guidance qui donnait des indications, des intentions de politique monétaire à un horizon plus ou moins long. Et bien évidemment, on a vu l'assouplissement quantitatif, sans oublier les taux négatifs.

François Doux

Les taux négatifs effectivement qui ont créé une situation un peu nouvelle, un peu compliquée. On parle souvent des efforts qui sont menés aussi du côté de Francfort et des gouverneurs de la Banque centrale européenne. Là aussi, quel est votre point de vue ?

William De Vijlder

Je pense qu'au niveau des efforts, on ne peut pas émettre de critiques. Certains seraient peut-être tentés de dire qu'ils ont essayé de trop faire remonter l'inflation. C'est un débat à ce moment-là entre économistes mais les efforts ont été très importants et, d'une manière assidue, pour justement veiller à ce que la croissance reprenne avec l’espoir qu'après l'inflation reprenne aussi.

François Doux

Allons droit au but William De Vijlder. Où en est-on des résultats, la crise de la dette souveraine, l'inflation, les créations d'emplois ?

William De Vijlder

Justement, c'est là que le bilan apparaît un peu plus mitigé. La crise de la dette souveraine, le contrôle que la BCE a pu faire, c'est vraiment une réussite. Tout le monde pense à ce fameux discours à Londres, qui est en sorte un raccourci pour dire tout ce qui a été fait après parce que c'est très important.

S'il n'y avait pas eu la BCE, s'il n'y avait pas eu Mario Draghi, le monde serait assez différent. L'autre facteur extrêmement important, c'est la politique monétaire très accommodante. Elle a contribué aux créations d'emplois qui ont été très importantes. Mais la tragédie, je dirais, de la BCE, est l'inflation qui n'a pas été au rendez-vous. J'appelle cela une tragédie parce que tout portait à croire qu'elle allait y arriver grâce à l'expansion de l'activité et à l'accélération de la croissance des salaires. Donc on l’attendait. Et puis des chocs sont venus d’un peu  partout et ont arrêté la dynamique inflationniste.

François Doux

Faisons une transition avec les défis de Christine Lagarde. La politique monétaire s'articule avec la politique budgétaire. Du côté des incitations aux  gouvernements européens, quel est le bilan de monsieur Draghi, et quelles sont les missions de madame Lagarde ?

William De Vijlder

Oui, le chantier reste de taille. C'est une source de frustration aussi pour Mario Draghi. Malgré ses plaidoyers dans chaque conférence de presse après les réunions du Conseil des gouverneurs, il a insisté sur la nécessité de réformes structurelles, etc.

J'ai vérifié, dans la toute première plusieurs paragraphes étaient consacrés à ce sujet. Donc force est de constater que chaque pays n’a pas fait ce qu'il aurait dû. Le bilan est donc mitigé.

L'autre point important, il l’a très clairement indiqué lors de la réunion du 12 septembre, est que la politique budgétaire peut jouer un rôle très important pour compléter l’impulsion qui est donnée au cycle européen, pour compléter ce que fait la politique monétaire. Il y a là, en particulier, la nécessité d’un dispositif central, comme il l'a répété lors de sa dernière conférence de presse. J’ai moi-même l’espoir que Christine Lagarde va vraiment mettre l'accent sur ce dispositif central pour convaincre les gouvernements, parce que ce sont eux qui devront prendre la décision, que c'est ce qu'il faut faire, pour compléter cette belle maison qui est l'Union économique et monétaire.

François Doux

Oui, je renvoie nos auditeurs, nos téléspectateurs au podcast que nous avons réalisé sur les taux d'intérêts négatifs. On voit l'importance des politiques budgétaires et structurelles à venir. En conclusion, William De Vijlder, les chantiers de madame Lagarde, au-delà de cet aspect sur la politique budgétaire, quels peuvent-ils être ?

William De Vijlder

Je pense à un autre chantier en termes de politique de communication de la BCE, d'objectifs, d'instruments. Est-ce qu'il n'y a pas lieu de mener une réflexion ? C'est un point que, force est de constater, Mario Draghi n'a pas voulu, ou il n'a pas eu le temps, d’aborder. La Réserve fédérale américaine est en train de mener cette analyse. Je pense qu'il serait bien que la BCE fasse le même exercice.

François Doux

Je crois qu'ils se parlent des deux côtés de l'Atlantique.

William De Vijlder

Effectivement, oui.

François Doux

Merci beaucoup William De Vijlder et à très bientôt. Dans un instant le Graphique du mois sur les retraites dans le monde avec Raymond Van Der Putten.

LE GRAPHIQUE DU MOIS

François Doux

Dans le Graphique du mois, on va parler des retraites et du profil de revenus des plus de 65 ans.

Raymond Van Der Putten, bonjour.

Raymond Van Der Putten

Bonjour.

François Doux

Quels sont sur ce graphique les différents types de revenus des plus de 65 ans ?

Raymond Van Der Putten

Le revenu des seniors provient d'abord des retraites de l'Etat, c'est la barre bleue, puis des caisses professionnelles, en vert. Ils perçoivent aussi des revenus de leurs investissements, en orange, et du travail, en rouge.

François Doux

Ceux qui continuent à travailler sont des indépendants.
Vous avez classé des pays selon quelles règles ? Du côté droit, du côté gauche du graphique ?

Raymond Van Der Putten

Ils sont ordonnés selon l'importance de leur système d'Etat. Côté gauche, ce sont des pays où ce système est le seul système de retraites. C'est surtout le cas dans la zone euro. Côté droit, on a la retraite de base de l'Etat, plus une retraite complémentaire des caisses professionnelles. On le retrouve dans les pays anglo-saxons et aux Pays bas.

François Doux

Ces deux systèmes présentent des problèmes de viabilité à long terme, pourquoi ?

Raymond Van Der Putten

Actuellement, les fonds de retraite professionnelle sont un peu malmenés par des taux d'intérêt assez bas. Il sera très difficile pour eux de générer suffisamment de recettes à l'avenir et cela les obligent à augmenter les contributions.

Côté gauche, les problèmes vont se jouer dans les dix ans à venir. Actuellement nous avons trois personnes en âge de travailler pour un retraité, et dans dix ans ce ne sera plus que deux personnes. Si on veut garder le  même niveau de prestation, il faudrait augmenter les cotisations de 50% or ce n'est pas réaliste.

François Doux

Et donc, quelles sont les solutions pour résoudre ces problèmes ?

Raymond Van Der Putten

Il n'y a pas mille solutions. Pour garder les cotisations et les prestations au même niveau, il faut augmenter l'âge de départ à la retraite. Quelques pays ont déjà commencé comme les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Italie.

La France veut garder l'âge minimum de départ à la retraite, mais elle va mettre en place des incitations pour que les gens travaillent beaucoup plus longtemps. Ce qui est peut-être intéressant, c'est l'exemple du Japon où il y a déjà deux travailleurs pour un retraité. Les dépenses de retraite sont autour de 15% du PIB, ce qui est comparable avec la France.

Quel est le secret des Japonais ? Les prestations sont très basses, ce qui incite les seniors à travailler après l'âge de la retraite. En moyenne, 40 % des revenus des retraités viennent de leur travail, contre moins de 5% en France.

François Doux

Pour conclure, Raymond Van Der Putten, sur l'échelle de droite on a le risque de pauvreté pour les plus de 65 ans. On voit qu'en France, on est sur le haut donc ce risque est faible. Et au Japon, dont vous venez de nous parler, le risque est élevé.

Raymond Van Der Putten

Oui. Et c'est le danger. Avec la réforme des retraites, les gens commencent à travailler plus. Dans ce cas, la colonne rouge devient beaucoup plus grande. Et l'on voit dans le graphique que là où il y a beaucoup de rouge, le risque de pauvreté est aussi le plus élevé.

François Doux

Merci beaucoup Raymond Van Der Putten pour ce point sur les retraites. Dans un instant, Trois questions sur la Chine avec Christine Peltier.

3 QUESTIONS

François Doux

Trois questions à présent sur la Chine où la croissance ralentit. Christine Peltier, bonjour.

Christine Peltier

Bonjour.

François Doux

On était à 6,6 % de croissance sur l'année 2018. Au troisième trimestre 2019 le rythme n'est que de 6% en annualisé. Première question, qu'est-ce qui pèse sur la croissance en Chine ?

Christine Peltier

Tout d'abord le secteur exportateur a été durement touché par la hausse des droits de douane américains et par le ralentissement de la demande mondiale. Sur les neuf premiers mois de l'année 2019, les exportations totales ont légèrement baissé par rapport à la même période l'an dernier. Surtout, les exportations chinoises vers les Etats-Unis ont chuté de 11%. Donc la Chine doit trouver d'autres relais de croissance ; le problème est que la croissance de l'investissement et la croissance de la consommation privée ralentissent également. L'affaiblissement de la demande des ménages a été visible dans le secteur automobile en particulier, mais on a observé un ralentissement de la croissance des ventes au détail, des ventes de biens durables et des ventes en ligne de biens et services.

François Doux

Deuxième question, quelles sont les raisons de ce ralentissement de la consommation privée en Chine ?

Christine Peltier

Toute une série de facteurs explique le ralentissement de la consommation privée. D'abord l'inflation des prix à la consommation a accéléré depuis le début de l'année, tirée par la hausse des prix alimentaires et notamment ceux du porc.

Ensuite les difficultés du secteur manufacturier ont eu des effets négatifs sur la confiance des Chinois sur le marché du travail. Le ralentissement des transactions sur le marché immobilier a également pesé sur les achats de biens d'équipement des ménages chinois.

Autre facteur, la croissance du crédit à la consommation a ralenti parce que les autorités ont durci les règles encadrant ces crédits. Les autorités ont notamment durci les règles encadrant les activités des plateformes de prêts entre particuliers. De plus, le poids du service de la dette des ménages a dû commencer à peser sur leurs dépenses, puisque la dette des ménages a fortement augmenté ces dernières années, pour atteindre 56% du PIB.

François Doux

Il y a aussi peut-être  des facteurs structurels?

Christine Peltier

Oui, d'autres facteurs persistent en Chine. D'abord la croissance du revenu disponible par tête continue de ralentir. Ensuite, les inégalités de revenus sont fortes en Chine, et cela pèse sur la consommation privée. Enfin, les ménages chinois continuent d'épargner 36 % de leur revenu disponible, ce qui est très élevé.

François Doux

Troisième et dernière question. Que fait le gouvernement pour essayer de relancer cette demande intérieure ?

Christine Peltier

Du côté de la politique monétaire et de crédit, l'assouplissement réalisé depuis le printemps 2018 a été très prudent. D'ailleurs la croissance des crédits aux entreprises ne s’est redressée que faiblement et celle des crédits aux ménages a ralenti.

Les autorités restent très prudentes, fortement contraintes par l'excès de dette de l'économie chinoise, et par les risques de crédit élevés. Les autorités chinoises souhaitent à la fois soutenir la croissance, ou en tout cas modérer son ralentissement, mais garder le cap de l'assainissement dans le secteur financier, du désendettement des entreprises les plus fragiles, et de l'assainissement du marché immobilier.

Du côté de la politique budgétaire, la marge de manœuvre est un petit peu plus confortable. L'investissement dans les projets d'infrastructure publique commence à se redresser et toute une série de mesures d'incitations fiscales a été introduite depuis l'année dernière. Ces réductions d'impôts doivent aider les entreprises et soutenir la consommation privée. On devrait commencer à voir leurs effets positifs d'ici la fin de l'année.

François Doux

Merci Christine Peltier pour ce point sur la Chine.

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