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Eco TV – Avril 2020

24/04/2020

TRANSCRIPT // Eco TV – Avril 2020 : avril 2020

Bonjour à tous et bienvenue dans cet EcoTV du mois d’avril 2020.

Un EcoTV confiné mais nous sommes toujours avec les économistes de BNP Paribas.

Nous allons penser au monde d'après le confinement, le monde après Covid. Avec Laurent Quignon, nous allons évoquer les mesures prises par le gouvernement français pour soutenir les entreprises.

Dans le Graphique du mois, William De Vijlder va nous parler des dettes qui augmentent fortement. Qu'en est-il de la soutenabilité de la dette, du ratio de dette sur PIB ?

On terminera cette émission avec François Faure sur le même sujet, mais appliqué aux pays émergents les plus pauvres. On parle de moratoire, voire même d'annulation de la dette.

Je vous donne rendez-vous en fin d'émission.

 

FOCUS

 

François Doux : En France, pour adoucir l'impact de la récession sur les entreprises, l'État a mis en place un mécanisme de prêt garanti.

FNAC-Darty a été la première entreprise à en bénéficier, à hauteur de 500 millions d'euros. Pour en parler, nous sommes avec Laurent Quignon, qui est le responsable de l’équipe Économie bancaire des Études Économiques de BNP Paribas. Bonjour Laurent.

Laurent Quignon : Bonjour François.

François Doux : Pouvez-vous nous rappeler le principe de ce prêt garanti par l'État ?

Laurent Quignon : C’est un crédit bancaire de trésorerie assorti d'un différé d'un an, qui peut être prolongé à l'initiative de l'entreprise pour une durée comprise entre 1 an et 5 ans, soit une durée maximale potentielle à 6 ans.

La garantie de l'État s'exerce pour un encours total garanti de 300 milliards d'euros maximum. Ce crédit est distribué par les réseaux bancaires depuis le 25 mars 2020 et jusqu'au 31 décembre 2020. À de rares exceptions près, il s'adresse à l'ensemble des entreprises non financières quelles que soient leur taille et leur forme juridique : du commerçant, entrepreneur individuel, profession libérale à la société cotée. Les exceptions sont les entreprises en procédure collective, pour lesquelles un plan de sauvegarde ou de redressement n'a pas encore été arrêté, et les entreprises en liquidation judiciaire.

François Doux : Quel montant maximal peut être accordé ?

Laurent Quignon : Le montant maximal du prêt est d'un quart du chiffre d'affaires annuel, et deux années de masse salariale pour les entreprises récentes ou innovantes.

François Doux : Parlons aussi de la rémunération des banques. Quelle est-elle ?

Laurent Quignon : L'entreprise emprunteuse verse une commission à BPI France financement qui collecte cette commission pour le compte de l'État. Cette commission varie selon la durée totale du prêt et elle est plus basse pour les PME.

Les banques renoncent à toute rémunération durant la période du différé. Le coût du crédit se résume donc au coût de la garantie.

François Doux : Existe-t-il un risque, justement, pour les banques qui octroient ce prêt garanti par l’État ?

Laurent Quignon : Le risque est partagé avec l'État qui en assume 70 % pour les grandes entreprises et 90 % pour les PME.

François Doux : Les banques, elles, conservent effectivement un risque résiduel ?

Laurent Quignon : Exactement. Les banques conservent un risque résiduel. En cas d'événement de crédit dans les deux mois suivant le décaissement du prêt, la garantie de l'État ne jouera pas et les banques ne sont pas autorisées à prendre des garanties, ou des sûretés supplémentaires, sur les prêts garantis par l'État.

François Doux : Quel est l’impact sur le ratio de solvabilité des banques, que vous regardez très attentivement en économie bancaire ?

Laurent Quignon : Pour les banques, la garantie de l'État permet de limiter la mobilisation de fonds propres bancaires au titre du ratio de solvabilité, mais pas au titre du ratio de levier. Cela signifie que les banques devront mobiliser entre 3% et 3,75% des montants prêtés en fonds propres bancaires, quelle que soit la part garantie par l'État.

François Doux : Est-ce que beaucoup de demandes de prêts sont acceptées ?

Laurent Quignon : Pour l'ensemble des demandes, le taux d'acceptation est, selon la Fédération bancaire française, d'environ 95%. Les entreprises qui n'obtiennent pas de prêt garanti (PGE) peuvent solliciter le médiateur du crédit. En outre, d'autres dispositifs viennent remplacer ou compléter le PGE. Il existe un fonds de solidarité de 7 milliards pour les TPE, les indépendants et les professions libérales, et un fonds de développement économique et social, dont l'enveloppe a été relevée de 75 millions d'euros à 1 milliard d'euros, pour les entreprises de taille plus importante en difficulté. Enfin, un fonds de 20 milliards va être mis en place pour renforcer les participations financières de l'État au capital d’entreprises stratégiques.

François Doux : On voit donc que beaucoup de dispositifs complètent ce prêt garanti par l'Etat. L'enveloppe totale, vous l'avez dit tout à l'heure, est de 300 milliards d'euros. Est-ce que vous pouvez mettre en perspective ce montant ?

Laurent Quignon : C'est un montant considérable, qui équivaut presque à la production nouvelle de crédits aux sociétés non financières sur un an. Ainsi, entre mars 2019 et février 2020, 330 milliards d'euros de crédits nouveaux ont été accordés par les banques aux sociétés non financières.

François Doux : Quel est le point à date ?

Laurent Quignon : Au 15 avril 2020, les réseaux bancaires avaient distribué 22 milliards de prêts garantis par l'État et 40 milliards étaient en cours de traitement. Cela témoigne d'une très forte mobilisation des réseaux bancaires pour accompagner le dispositif et d'une montée en puissance extrêmement rapide. 22 milliards, c'est 15% de plus que la production nouvelle habituelle, en trois semaines. Et cette production nouvelle de prêts garantis par l'État s'ajoute, par ailleurs, à la production nouvelle des banques.

 

François Doux : Dernière question, Laurent Quignon, celle que tout le monde se pose : est-ce que ce prêt garanti par l'État va être efficace ?

 

Laurent Quignon : C'est une solution parfaitement adaptée pour les entreprises qui bénéficieront, dans une assez large mesure, d'un rattrapage de leur activité au deuxième semestre 2020, si les conditions sanitaires s'améliorent. Par exemple, les entreprises qui commercialisent des biens durables, automobiles, équipement du foyer, etc.

 

François Doux : Mais ce n'est pas le cas de tous les secteurs.

Laurent Quignon : Vous avez raison François. Pour les entreprises de l'hôtellerie et de la restauration, par exemple, des mesures d'accompagnement supplémentaire seront nécessaires. L'annulation de 750 millions de charges fiscales et sociales, qui vient d'être décidée en faveur de ce secteur, va dans le bon sens.

François Doux : Merci Laurent Quignon pour ce point sur le prêt garanti par l'État qui devrait donc adoucir un petit peu les effets de la récession pour les entreprises en France. Dans un instant, on va parler du ratio de dette sur PIB au niveau global, au niveau des États. C'est le Graphique du mois avec William De Vijlder.

 

 

LE GRAPHIQUE DU MOIS

 

François Doux : Pour ce Graphique du mois d'avril 2020, nous allons parler du rapport entre la dette et le PIB.

William De Vijlder, bonjour.

 

William De Vijlder : Bonjour François.

 

François Doux : William, pourquoi avoir choisi ce thème alors que l'on se prépare à l'ère post-confinement, à l'ère post-Covid ?

 

William De Vijlder : Nous sommes à une époque où, bien évidemment, on redécouvre la nécessité d'une relance budgétaire, d'un soutien budgétaire. De plus en plus de commentaires parlent d'une explosion de la dette. C'est un sujet qui me fascine, qui est important et c'est pour cela que je l'ai retenu ce mois-ci.

 

François Doux : Pouvez-vous nous décrire ce graphique ? Qu'est-ce que l'on voit concrètement?

 

William De Vijlder : Tout d'abord, on voit en abscisse le temps et trois lignes : le niveau d'endettement d'un pays théorique par rapport au PIB, un besoin de financement et donc le déficit budgétaire, mais également le solde primaire, c’est-à-dire le déficit budgétaire sans les charges d'intérêts.

 

François Doux : L'évolution à très court terme n'a pas l'air très positive ?

 

William De Vijlder : Tout à fait. En fait le pays dont il est question ici souffre d'un effet de ciseau négatif. Pourquoi ? Parce que d'un côté, il y a la forte baisse du PIB suite à la pandémie, au « lockdown », et en même temps, il y a une forte hausse du déficit budgétaire suite aux mesures qui sont prises pour atténuer l'impact négatif sur l'économie de cette pandémie. Le déficit augmente, et donc le niveau d'endettement par rapport au PIB augmente fortement.

 

François Doux : Est-ce que cela veut dire qu’une fois sortis de la phase de pandémie, il va falloir faire des efforts pour retrouver des niveaux plus convenables ?

 

William De Vijlder : Cela dépend des priorités politiques qui seront fixées par les gouvernements. Un gouvernement pourrait dire, par exemple, qu'il se contente de stabiliser le rapport de la dette par rapport au PIB au niveau atteint après la pandémie. L'inconvénient et le risque d'une telle politique, bien évidemment, c'est que  l’on augmente la sensibilité des finances publiques en cas de nouvelle récession dans quelques années.

Un gouvernement pourrait également décider d’essayer de ramener progressivement le rapport entre la dette et le PIB vers un niveau de pré-pandémie. Pour y arriver, il faut un excédent primaire. Donc un solde moins les charges d'intérêts plus important que l'excédent qui était nécessaire pour stabiliser la dette avant la pandémie. C'est ce que l'on voit dans le graphique.

 

François Doux : Est-ce que cela ne crée pas de conflits avec d'autres exigences budgétaires ?

 

William De Vijlder : Tout d'abord, on constate que dans la durée on peut y arriver effectivement, mais cela nécessite un effort. Cela peut créer un conflit et ce sera tout le défi des politiques budgétaires, l'année prochaine et l'année suivante. On aura besoin d'investissements supplémentaires en termes de soins de santé, par exemple, ou encore de changement climatique, mais il faudra aussi réduire le déficit budgétaire. Les choix seront donc difficiles à faire, mais ils seront nécessaires. Il faut donc trouver le bon équilibre pour parvenir à une diminution tendancielle du rapport à la dette privée sur PIB.

 

François Doux : Merci beaucoup William De Vijlder pour cette intervention. Dans un instant, Trois questions sur la dette et les pays émergents. Faut-il annuler la dette ou la repousser ? On retrouve François Faure.

 

 

 

 

 

LES TROIS QUESTIONS

 

François Doux : Cette récession mondiale impacte bien entendu les pays émergents, notamment les pays les plus pauvres qui ont des besoins de financements massifs.

François Faure, bonjour.

 

François Faure : Bonjour François.

 

François Doux : Première question. À quelle hauteur se montent les besoins de financement, dus à la récession mondiale, des pays les plus pauvres ?

 

François Faure : Un chiffre a été publié : environ 94 milliards de dollars. C'est une étude réalisée par un réseau d'ONG qui militent pour une annulation des dettes. Selon eux, 45 pays seraient en urgence de financement, liée à la pandémie, et ces besoins de financement se traduiraient par une augmentation de leurs dettes de 14 points de PIB, ce qui est beaucoup pour des pays à très faible revenu.

 

François Doux : Le G20 a annoncé le moratoire de la dette pour certains pays. Est-ce que c'est une bonne chose ?

 

François Faure : Oui, c’est une bonne chose. Le moratoire peut être mis en application très rapidement alors qu’une annulation de dettes suppose des négociations. Lorsque vous décalez les remboursements, c'est autant de ressources qui peuvent être mises très au service immédiat de dépenses sanitaires et, surtout, vous n'avez pas à négocier avec les créanciers.

 

François Doux : Troisième et dernière question François Faure. Pourquoi ne pas annuler la dette ?

 

François Faure : À moyen terme, l’annulation de la dette est mieux qu'un moratoire puisque cela améliore la solvabilité des États. Cependant, elle présente deux inconvénients potentiels à court terme. D'abord, qui dit annulation de dettes, dit forcément négociations. Si les bailleurs internationaux, les bailleurs bilatéraux et les bailleurs multilatéraux, comme la Banque mondiale ou les banques de développement, sont engagés dans une négociation, cela gèle potentiellement les nouveaux financements que ces institutions pourraient accorder aux pays.

Le deuxième point est relatif à la politique de notation des agences externes. Si l'annulation ne porte que sur la dette due aux créanciers publics, qu’ils soient bilatéraux ou multilatéraux, c'est plutôt positif pour la notation des pays s'ils doivent s'endetter sur les marchés.

En revanche, s'il est demandé au secteur privé de « mettre la main à la poche », de manière à ce qu'il y ait égalité de traitement, alors, de par leurs obligations, les agences de rating pourraient être contraintes de réviser à la baisse les notations, voire même de mettre certains pays en défaut.

 

François Doux : On suivra cela bien sûr dans les mois à venir, un sujet passionnant. Merci beaucoup François Faure.

Je vous donne rendez-vous dans quelques semaines pour un nouveau numéro d'EcoTV, confiné ou pas.

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