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EcoTV – Octobre 2020

09/10/2020

TRANSCRIPT // EcoTV – Octobre 2020 : octobre 2020

Bonjour à tous et bienvenue dans ce numéro d'octobre 2020 d’EcoTV, le magazine des économistes de BNP Paribas.

Calendrier oblige, ce numéro est consacré à l'Amérique. Dans le Focus, Jean-Luc Proutat va nous parler du bilan économique du président Trump et des programmes de Joe Biden et du candidat Trump.

Dans le Graphique du mois, William De Vijlder nous parlera de l'avenir de l'endettement aux États-Unis. A-t-on atteint un point de non-retour ? La réponse de William dans quelques instants.

On va terminer avec Trois questions sur le Brésil. Salim Hammad va nous parler de la croissance potentielle qui s'effrite au Brésil. Un besoin de réformes structurelles toujours plus prégnant.

Bonne émission !

 

FOCUS

 

François Doux : L'événement majeur de cette fin d'année 2020 est bien sûr l’élection présidentielle aux États-Unis le 3 novembre prochain, un événement dont le cadre dépasse bien entendu les États-Unis. Un cadre de dimension planétaire. Jean-Luc Proutat, bonjour.

Jean-Luc Proutat : Bonjour.

François Doux : Vous qui êtes économiste, pouvez-vous nous dresser un bilan du président Trump, de ses quatre années à la Maison-Blanche ?

Jean-Luc Proutat : Il vaut mieux arrêter le bilan à la fin de 2019, soit avant l'arrivée d'une catastrophe sanitaire que l'on peut difficilement imputer à Donald Trump. Il est vrai qu'en première analyse, l’image est plutôt bonne puisque, sous Trump, il y a eu beaucoup de créations d'emplois et un recul significatif du taux de chômage. Il est passé sous la barre des 4 %, atteignant son plus bas niveau historique. La bourse a beaucoup monté, ce qui est important pour l'électorat de Donald Trump, dans un pays où également le système des retraites se fait essentiellement par capitalisation. Notons cependant qu’au moment de son élection, en 2016, D. Trump avait trouvé une économie largement redressée. Sous Obama, le chômage avait déjà beaucoup regressé, mais sous Trump, cette tendance a été confortée.

Sur le plan commercial, notons un succès : la réécriture, la renégociation de l'accord nord-américain de libre-échange plus favorable aux États-Unis. On peut aussi dire que le changement d'attitude vis-à-vis de la Chine et la hausse des droits de douane qui l'a accompagné n'ont pas été âprement combattus dans la classe politique américaine. Cette politique est même soutenue par frange importante du Parti démocrate.

François Doux : Jean-Luc Proutat, parlons quand même du passif de Donald Trump, soyons équilibré.

Jean-Luc Proutat : Trois choses. Les succès économiques et boursiers obtenus sous Donald Trump ont eu pour contrepartie une hausse très importante de l'endettement des sociétés. C’est un point de fragilité qui a été souvent mentionné, notamment par le Fonds monétaire international. L’administration Trump a également beaucoup privilégié le court terme. Afin de doper la croissance, elle a considérablement affaibli les normes sanitaires ou environnementales. Deux universités, celles de Columbia et de Harvard, chiffrent à pas moins d'une centaine le nombre de dispositifs ou lois visés par l'administration Trump. Cela va des normes d'émissions de gaz polluants des véhicules ou des sites industriels, à la préservation des espaces naturels, en passant par les obligations déclaratives des entreprises.

François Doux : Et sur le plan des inégalités, là aussi, le bilan n'est pas forcément rose ?

Jean-Luc Proutat : Non, effectivement. Les inégalités, qui sont déjà importantes aux États-Unis, ont progressé sous Donald Trump, notamment après la réforme fiscale de 2017, qui a concentré les baisses d'impôts sur les catégories de revenus les plus élevés, et qui a aussi considérablement compliqué l'accès à l’Obamacare.

François Doux : Revenons au 3 novembre si vous le voulez bien : l’élection. Quel est le pronostic ? On sait que le concurrent est Joe Biden. Qui va gagner ?

Jean-Luc Proutat : Sur le papier, Joe Biden, puisqu'il dispose d'une assez confortable avance dans les sondages : 50 % d'intentions de vote contre 43 % à son opposant Donald Trump. C’est un écart qui est un peu plus important que celui qui séparait Donald Trump d’Hillary Clinton en 2016. Néanmoins, peu d'observateurs ou d'experts s'avancent à faire un pronostic.

François Doux : Pourquoi ?

Jean-Luc Proutat : Simplement parce que l'élection n'a pas lieu au niveau national mais dans cinquante États, selon un mode de scrutin particulier. Les Américains ne votent pas directement pour le président, mais pour un collège de grands électeurs à qui reviennent le choix final. En outre, le mode de scrutin fait intervenir le principe du « winner takes all » : dans chaque État, le candidat arrivé en tête remporte l'intégralité du collège électoral, quel que soit le score réalisé par son adversaire. Par exemple, en 2016, le camp d’Hillary Clinton avait obtenu près de 49 % des votes en Floride, soit plus de 4,5 millions de voix, mais aucun des 29 grands électeurs. Or la Floride fait partie de ces États que l’on nomme « swing states ». Ils peuvent faire basculer le résultat de l'élection d'un côté comme de l'autre et font qu’un candidat, majoritaire en voix populaires au niveau national, peut perdre l'élection présidentielle.

François Doux : On le voit, c’est un système particulier, surtout vu d'Europe. Comment est-ce qu'il se justifie ?

Jean-Luc Proutat : À l'origine, par le fait qu'un grand électeur, qui fait lui-même l'objet d'une procédure de désignation, est censé être plus avisé qu'un simple citoyen, constituant ainsi un garde-fou contre le vote populiste.

François Doux : Que peut-on dire des programmes des deux candidats, Jean-Luc Proutat ?

Jean-Luc Proutat : Sur ce terrain, il n’y a pas vraiment de surprise. Le candidat Donald Trump fait campagne sur le thème de la loi et de l'ordre. C’est un thème qui trouve une certaine résonance dans son électorat, à un moment où la fréquence et la violence des affrontements s’accentuent. En face, Joe Biden n'oublie pas de s'adresser aux minorités. Elles sont nombreuses à voter pour ces élections et leur vote est traditionnellement plutôt favorable au camp démocrate.

Donald Trump, sur le plan économique, enfonce le clou de l’ « America First », sans surprise. Il annonce un « découplage » des États-Unis et de la Chine sans plus de précisions.

Joe Biden est sur une ligne a priori plus ouverte, mais pas forcément plus conciliante. Par exemple sur les droits de douane imposés à la Chine, il annonce vouloir revenir en arrière, seulement si la Chine fait des concessions. Sans surprise, la principale ligne qui sépare les deux candidats est l'attitude face au multilatéralisme, mieux considéré par Joe Biden. Celui-ci annonce, par exemple, une réintégration des États-Unis dans l'accord de Paris sur le climat dès son élection. L'attitude des démocrates vis-à-vis de l’Union européenne est aussi plus ouverte. On a vu, par exemple, le Parti démocrate critiquer l'attitude du Royaume-Uni dans sa gestion du Brexit.

François Doux : Et sur le plan fiscal, quels sont les programmes ?

Jean-Luc Proutat : Joe Biden annonce vouloir revenir sur une partie la réforme fiscale de 2017 qui avait été introduite par l'administration Trump. Augmenter l'impôt sur les sociétés mais aussi l'impôt sur les plus hauts revenus aux États-Unis.

François Doux : On parlera aussi, dans un instant, avec William De Vijlder des déficits budgétaires. Le 3 novembre, pour terminer Jean-Luc Proutat, ce sera la fin d'une incertitude. On saura qui est le futur président des États-Unis.

Jean-Luc Proutat : Hélas, cela ne marquera peut-être pas la fin mais le commencement d'une période d’incertitude plus grande encore. Car, si les résultats devaient être serrés, ce qui pourrait être le cas dans un certain nombre d'États clés, ils seront contestés, un schéma dans lequel s'inscrit déjà Donald Trump.

Au cœur de la possible bataille à venir, figure le vote par correspondance. Plébiscité dans le contexte de crise sanitaire, il risque de retarder l'annonce des résultats et il est très critiqué par Donald Trump, qui considère qu’il s’agit d’un vecteur de fraude, en dehors duquel il serait facilement élu. Le risque, le 3 novembre, est que l’on ne connaisse pas le nom du président des États-Unis, que les deux camps revendiquent la victoire et que des procédures de recomptage des voix, par exemple, soient engagées. En espérant que cette situation prenne fin avant le 6 janvier 2021, date de désignation officielle du président des Etats-Unis par le Congrès.

François Doux : À suivre, donc, l’élection américaine et cette date butoir du 6 janvier.

 

LE GRAPHIQUE DU MOIS

 

François Doux : On reste aux États-Unis pour le Graphique du mois. William De Vijlder, vous avez choisi un graphique édifiant, un graphique qui fait mal : la dette américaine rapportée au produit intérieur brut.

On le voit sur ce graphique. Commençons par la fin, par la conclusion. On est en 2020 aux alentours de 80 %, et les projections atteignent même 200 % en 2050. On ne peut pas continuer comme ça ?

William De Vijlder : Oui François. Je propose que l’on appelle ce graphique : « le cauchemar de Washington D.C. »

Effectivement, on ne peut pas continuer comme ça. Il faut insister sur le fait que l'organisme, le « Congressional Budget Office », qui a fait ce graphique part de l'hypothèse que toutes les politiques existantes sont maintenues jusqu'à l'infini. C’est ce qui explique cette très forte accélération, qui trouve son origine surtout dans les dépenses de santé. C’est vraiment le moteur de la très forte hausse des dépenses, et donc en conséquence du déficit et de l'endettement.

François Doux : Ce qui est intéressant aussi sur ce graphique, c’est l’histoire. On voit que les rares moments où l'endettement a baissé par rapport au PIB, c'est après une grande guerre, après une grande dépression ou une récession. Par contre quand ça va bien, quand il y a de la reprise, cela ne baisse pas. Pourtant on s’endette pour essayer de relancer la croissance. Donc on ne fait pas les bons efforts ?

William De Vijlder : Effectivement, on a envie de dire qu’il y a une sorte de changement. Nous sommes entrés dans un nouveau régime à partir du début des années 80, avec cette longue période de croissance très forte, très soutenue après la Seconde Guerre mondiale. Mais à partir de 1980, à chaque fois qu’il y a eu une récession, l’endettement montait et après on n'arrivait pas à le faire baisser. L’exception étant toutefois la seconde partie des années 90, une période presque euphorique avec une croissance forte et pas d’inflation.

François Doux : On a une sorte d’effet de cliquet, d’hystérèse comme on le dit en économie. Le ratio ne baisse pas malgré la croissance. Les taux sont bas, donc on ne pense pas à se désendetter. C'est le problème ?

William De Vijlder : Oui. Vous avez bien choisi le mot « hystérèse », que l’on applique par exemple au niveau du chômage mais également au niveau d'endettement du secteur public. Cela montre que, surtout quand une récession a été profonde comme on a vu en 2008-2009, il faut plusieurs années avant que l'économie récupère suffisamment. Donc, pendant des années on se dit : « On ne peut pas se permettre de mener une politique budgétaire qui resserre la vis ». En conséquence, l’endettement, au mieux, se stabilise.

François Doux : Aujourd'hui les taux d'intérêt très bas n’incitent pas à se désendetter.

William De Vijlder : Oui, parce que maintenant le nouvel adage est : avec des taux qui sont aussi bas, il est plus facile d'arriver à cette équation un peu magique qui consiste à dire que la croissance nominale du PIB dépasse le coût de financement du secteur public, et donc cela donne un volant de manœuvre très important pour le secteur public, d'ailleurs nécessaire dans l'environnement actuel.

Le point important à garder à l’esprit est que, malgré cette situation de croissance qui dépasse les taux d'intérêt, d’autres facteurs, d'autres éléments de dépenses connaissent une croissance très importante. On sera quand même confronté à une problématique qui sera très difficile à gérer.

François Doux : Dernière question. Le rôle de la banque centrale, en l'occurrence la Fed aux États-Unis. On sait que d’autres pays sont dans cette situation. Son rôle évolue ou pas vraiment ?

William De Vijlder : Oui, il a très fortement évolué et pas uniquement aux États-Unis. C’est à mettre en rapport avec un autre élément très important. Vous avez parlé de la baisse des taux d’intérêts. Cette baisse a eu comme conséquence que l’on frôle presque en permanence le point zéro. Ainsi, la politique des banques centrales consiste maintenant à augmenter la taille de leur bilan, à acheter du papier d’État ou du papier émis par les entreprises. On s'achemine vers une sorte de recours permanent à chaque récession, à un recours à la banque centrale où l’on dit : « on mène une politique budgétaire pour relancer la machine, mais c'est la banque centrale qui va acheter le papier émis ».

François Doux : Presque comme un acteur public ?

William De Vijlder : C’est le gros débat qui ne fait pas l’unanimité et, d’ailleurs, c’est ce qui est intéressant pour un économiste, les désaccords. Mais effectivement, on voit poindre un vrai sujet: jusqu'où la banque centrale pourra accepter d'acheter de plus en plus de papiers d’État ?

François Doux : Cela nous promet encore de beaux EcoTV.

 

3 QUESTIONS

 

François Doux : La pandémie de Covid-19 a provoqué un arrêt brutal des économies. Quel en sera l'impact à moyen terme ? Les politiques de modernisation, les politiques structurelles ont été ralenties, ont pris du retard. C'est notamment le cas au Brésil. Pour en parler, nous sommes avec Salim Hammad. Bonjour Salim.

Salim Hammad : Bonjour François.

François Doux : On va parler de la croissance potentielle du Brésil, c'est-à-dire le rythme de croisière à moyen terme de la croissance quand le capital et le travail sont utilisés de manière optimale, sans créer d'inflation. Concernant la croissance potentielle du Brésil, ma première question est où en est-on en 2020 ?

Salim Hammad : Avant la pandémie de Covid-19, les estimations de croissance du PIB potentiel au Brésil s'élevaient aux alentours de 1,5 à 2,5%. À titre de comparaison, avant la crise financière de 2008, ces estimations fluctuaient dans les alentours de 3,5 à 4,5 %. On a donc assisté à une perte de 2 points de PIB en l'espace d’environ 10 ans.

François Doux : Deuxième question. Quels facteurs ont pesé sur la croissance potentielle au Brésil ?

Salim Hammad : Pour faire de la croissance, une économie a besoin de plusieurs ingrédients. Tout d'abord des capacités productives : des machines, de l'équipement, des infrastructures, qui constituent le stock de capital physique d'un pays et qui est alimenté par l’investissement. Or, au Brésil, depuis 2013, on assiste à un effritement du taux d'investissement, notamment suite à la récession de 2015-2016, à l’ajustement budgétaire qui a suivi, ainsi qu'à la dégradation de l’environnement des affaires.

Deuxième ingrédient : la croissance potentielle dépend également de la quantité de travailleurs qu'une économie a à sa disposition pour produire. Sans surprise, cela va dépendre de facteurs démographiques. Au Brésil, actuellement, le pays est à un stade de transition démographique où la population vieillit rapidement, ce qui tend à freiner la progression de la quantité de travailleurs actifs au sein de la population. C’est ce que l’on appelle la réduction progressive du bonus démographique.

François Doux : Et le troisième ingrédient ?

Salim Hammad : Le troisième ingrédient, ce sont les gains de productivité, notamment pour produire davantage. Ils renvoient au fait que les facteurs de production gagnent en efficacité, notamment grâce au progrès technique. Et dans le cas du Brésil, on assiste malheureusement depuis plusieurs décennies, à une stagnation de la productivité des facteurs.

François Doux : Troisième et dernière question. Quand va-t-on voir les réformes structurelles reprendre au Brésil pour justement doper l'investissement et les gains de productivité ?

Salim Hammad : Effectivement, la crise sanitaire est venue porter un frein à l'avancée des réformes mais il faut également signaler qu'avant la pandémie, le rythme des réformes était déjà plutôt lent. On assiste depuis plusieurs semaines à une reprise de ce processus, notamment avec la présentation d'un certain nombre de projets au Congrès, y compris un des volets de la réforme fiscale, ainsi que la présentation de la réforme de la fonction publique, qui participe à cette volonté d'améliorer l’environnement des affaires et de transformer le rôle de l'État au sein de l’économie.

On assiste malheureusement également depuis la fin de l'été, et la présentation du budget pour l’année prochaine, à une recrudescence des inquiétudes, notamment concernant la reprise du processus de consolidation budgétaire, avec des points de vue très divergents sur le sujet au sens de l’exécutif. C'est précisément ce type de risque politique qui pourrait freiner l'avancée des réformes et la reprise de l'investissement.

François Doux : Salim Hammad merci pour ce point sur la croissance potentielle et l'investissement au Brésil. On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d’EcoTV.

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