eco TV Week

Brexit : la suite du vote

18/01/2019

Comme les marchés et les commentateurs politiques s’y attendaient, l’accord de Brexit négocié par la Première ministre, a été rejeté par le Parlement britannique mardi dernier. Ayant survécu au vote de défiance, organisé immédiatement après, Theresa May doit présenter son plan B au parlement lundi. L’enjeu est colossal.

William DE VIJLDER

TRANSCRIPT // Brexit : la suite du vote : janvier 2019

Après le rythme effréné que la Première ministre, Theresa May, le Royaume-Uni et l’Europe ont connu ces derniers mois, l’issue du chemin est de plus en plus incertaine.

Comme les marchés et les commentateurs politiques s’y attendaient, l’accord de Brexit négocié par la Première ministre Theresa May a été rejeté par le parlement britannique mardi dernier. Et le rejet a été massif.

Ayant survécu au vote de défiance, qui a ensuite été organisé, Theresa May doit présenter son plan B au parlement lundi.

Le temps presse et plusieurs échéances clés s’annoncent :

21 janvier : lundi prochain, la Première ministre britannique devra présenter son plan B au Parlement

29 mars : la date à laquelle le Royaume-Uni est censé sortir de l’UE (« censé » car le départ du Royaume-Uni pourrait être reporté sous réserve de l’accord unanime de l’UE-27).

18 avril : dernière séance du Parlement européen, une date importante puisque le Parlement européen devra approuver, en session plénière, l’accord de retrait du Royaume-Uni de l’UE.

23-26 mai : élections européennes, mais pas au Royaume-Uni

2 juillet : séance inaugurale du nouveau Parlement européen, sans plus aucun membre britannique.

 

 

À quoi peut-on s’attendre après ce que l’on appelle le « vote crucial » ?

Theresa May doit soumettre un plan B lundi prochain, c’est-à-dire expliquer au Parlement comment procéder. L’enjeu est colossal. Le rejet massif enregistré implique que l’accord sur le Brexit nécessite des changements plus profonds que de simples ajustements pour obtenir l’approbation par une majorité de parlementaires.

De son côté, Bruxelles a fait savoir à plusieurs reprises que l’accord n’était pas négociable. Comme indiqué en début de semaine par le ministre allemand des Affaires étrangères, de nouveaux pourparlers pourraient avoir lieu ; toute modification significative du traité est, toutefois, exclue.

Il est clair, cependant, qu’un Brexit « dur » (sans accord) n’est dans l’intérêt d’aucune des parties, en raison des perturbations économiques que cela entraînerait dans un contexte de ralentissement de la croissance en Europe et dans le monde, mais aussi pour des raisons politiques, à savoir la frontière entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord.

Tout dépendra également du Parlement britannique et de sa volonté de prendre l’initiative, par exemple en recourant à la procédure des votes indicatifs pour avoir une idée des propositions susceptibles d’obtenir le soutien de la majorité. Dans un tel scénario, un débat serait organisé sur les diverses options possibles : de nouvelles élections, un second référendum, une union douanière permanente, etc.

 

 

Même si les réactions initiales des marchés ont été dans l’ensemble plutôt calmes, il est clair que nous sommes en présence d’une « plus grande incertitude pendant plus longtemps ».

« Une plus grande incertitude » en raison de l’éventail des issues possibles et « pendant plus longtemps » car le processus dans son ensemble risque de s’éterniser, impliquant, très probablement, un report de la date du Brexit.

De toute évidence, cela devrait saper la confiance et amener les entreprises à opter pour une attitude attentiste, en termes d’investissements par exemple. Mais une préparation accélérée à un Brexit sans accord aura aussi un coût, dont un coût d’opportunité en termes de temps et d’argent.

Dans son étude de novembre dernier, intitulée « Scénarios de retrait de l’UE et stabilité monétaire et financière », la Banque d’Angleterre a été on ne peut plus claire sur les conséquences d’un départ de l’UE sans accord et sans transition : à l’horizon 2023, le PIB du Royaume-Uni serait inférieur de 4,75 % à 7,75 % à la base définie en novembre 2018.

Le FMI a estimé, pour sa part, que le retour des barrières commerciales entre le Royaume-Uni et le reste des pays de l’UE pourrait, en cas de Brexit « dur », avoir un impact négatif de 1,5 % sur la production de l’UE-27.

Le Royaume-Uni comme l’UE savent donc ce qu’il faut essayer d’éviter.

Ce n’est pas un hasard si, mercredi matin, au lendemain de la défaite de Theresa May sur l’accord de Brexit, on trouvait sur la page d’accueil de Bloomberg cette citation de Nelson Mandela : « Cela semble toujours impossible jusqu’à ce que soit fait ». Espérons que cela s’appliquera également aux efforts déployés pour éviter un Brexit sans accord.

 

 

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

Royaume-Uni : Les risques de crédit s’accroissent au bilan des établissements bancaires 24/07/2019
La part des prêts immobiliers aux particuliers, dont la valeur à l’origination représente plus de 90% de la valeur du bien acquis, a continué de progresser au 1er trimestre 2019. Cette catégorie de crédits représentait alors 4,5% de l’encours des prêts à l’habitat, contre 4,4% au trimestre précédent et 3,3% un an auparavant. L’augmentation de leur poids au 1er trimestre 2019 prolonge la tendance observée depuis le point bas de 2009. Elle va, en outre, de pair avec l’augmentation de la proportion des prêts immobiliers dont la valeur représente entre 75% et 90% de la valeur du logement. L’augmentation de la part des emprunts avec un ratio prêt/revenu élevé illustre également la contrainte financière croissante des ménages. L’érosion des marges des établissements de crédits, soucieux de préserver les volumes et leurs parts de marché, y a marginalement contribué en maintenant, malgré les deux relèvements du taux de base de la Banque d’Angleterre (BoE) intervenus depuis octobre 2017, le montant empruntable à un niveau élevé, à mensualités constantes.
Actualité du Brexit 10/07/2019
Le Brexit aura été la cause de trente-sept démissions au sein du gouvernement chargé de le mettre en œuvre, la dernière en date étant celle de la première ministre elle-même, Mme Theresa May. Ayant échoué par trois fois à faire ratifier par son Parlement l’Accord de retrait, celle-ci n’a eu d’autre choix que de demander un report du Brexit, puis finalement de se retirer. Restent en lice pour lui succéder les ancien et actuel ministres des Affaires étrangères, Boris Johnson et Jeremy Hunt. Alors que l’un prétend pouvoir se passer d’un accord et déclencher le Brexit après le 31 octobre 2019 (nouvelle date butoir), l’autre envisage un délai supplémentaire pour négocier et, finalement, obtenir un retrait ordonné.
Royaume-Uni : les prêts au secteur privé tirent la croissance des bilans bancaires 12/06/2019
Les statistiques de la Banque d’Angleterre (BoE) relatives aux bilans (comptes sociaux) agrégés des institutions monétaires et financières (IFM) illustrent le dégonflement des bilans bancaires jusqu’en décembre 2015 (-19% par rapport à janvier 2010). Celui-ci avait principalement procédé de la baisse des encours de crédit au secteur privé non financier résident, dont l’endettement renouait avec des niveaux plus soutenables. Les créances sur les non-résidents et les opérations interbancaires y ont également contribué. La tendance s’est inversée depuis 2016 (+19% entre décembre 2015 et mars 2019), mais le bilan du secteur bancaire britannique n’a pour l’heure pas retrouvé sa taille de 2010 (GBP 4122 mds ou 195% du PIB en mars 2019 contre GBP 4 288 mds ou 279% du PIB en janvier 2010). La reprise a été tirée par le redressement des encours vis-à-vis du secteur privé non financier résident (+17% après -20% entre 2010 et 2015), et à l’égard des non-résidents (+21% après -15%). Le marché interbancaire est demeuré à l’étiage, en partie relayé par les opérations de la BoE* (+68% après +49%). *dont assouplissement quantitatif (QE) et programme de financement à long terme (TFS)
Royaume-Uni : Trois questions à propos du Brexit 11/06/2019
Le Brexit est reporté au 31 octobre 2019 mais il n’est pas dit que, obtenant un délai supplémentaire, le Royaume-Uni soit mieux à même de l’acter.
Six questions autour du Brexit après les élections européennes du 23 mai 2019 05/06/2019
Qu’indiquent les résultats des élections européennes ? La démission de Mme May change-t-elle la donne ? L’Accord de retrait peut-il encore être sauvé ? Y a-t-il toujours un risque de « hard Brexit » ? Va-t-on vers des élections générales anticipées ? Comment se comporte l’économie britannique ?
Royaume-Uni : les services financiers renforcent leur excédent commercial vis-à-vis de l’UE 02/05/2019
Le Royaume-Uni enregistre des soldes positifs dans ses échanges de services avec le reste du monde depuis 1966 et avec l’Union européenne (UE) depuis 2005. Le secteur des services financiers y contribue largement. Aussi loin que remontent les statistiques de l’Office for National Statistics sur le commerce extérieur de services financiers (1986), le secteur a en effet toujours présenté un excédent commercial. Il en va de même vis-à-vis de l’UE depuis 1999, à l’égard de laquelle cet excédent a même quintuplé jusqu’en 2011 (GBP 21,5 mds). La baisse observée entre 2012 et 2014 a été quasiment effacée entre 2015 et 2018 (GBP 20,4 mds). Le secteur britannique des services financiers dégage ainsi un excédent vis-à-vis de chacune des grandes économies de l’UE, à commencer par la France, le marché de l’UE vis-à-vis duquel le secteur affiche le plus fort excédent commercial depuis 2014 (GBP 4,5 mds en 2018). Le Brexit pourrait toutefois fragiliser cette situation.
Parti pour rester ? 18/04/2019
En optant pour une sortie de l’Union européenne (UE) sans même imaginer où aller, le Royaume-Uni s’est mis face à un choix impossible. L’impasse du Brexit s’est révélée, semaine après semaine, dans l’incapacité du Parlement britannique à acter la moindre décision, à commencer par celle consistant à ratifier les termes du divorce, pourtant négociés pendant deux ans par la Première ministre, Mme Theresa May. L’échéance en vient finalement à être repoussée: d’abord fixée au 29 mars, puis au 12 avril, la date limite de sortie est désormais celle du 31 octobre 2019, jour d’Halloween. Elle pourrait être anticipée si, d’aventure, le Royaume-Uni parvenait à ratifier l’accord de retrait rejeté jusqu’ici. Mais le plus probable est que son maintien dans l’UE se prolonge.
Brexit : déclinaison financière, les grandes lignes 03/04/2019
Le Brexit a d’abord constitué une surprise le 23 juin 2016 lors de sa victoire au referendum britannique. Pour la sphère financière plus spécifiquement, le Brexit signifie la perte pour le Royaume-Uni du passeport européen, et donc une intégration moins forte entre l’Union européenne et Londres, place financière de premier plan. Les échanges de services financiers entre ces deux zones devront désormais se conformer aux exigences de deux ensembles d’autorités de réglementation et de supervision distinctes, contre un seul corpus réglementaire jusque-là. Avec à la clé, a minima, le maintien d’incertitudes opérationnelles durant quelques temps encore. Ce numéro de Conjoncture ambitionne de dresser à grands traits les évolutions du cadre réglementaire avec lesquelles les institutions financières devront composer en raison du Brexit, et d’en dégager les principaux enjeux.
Actualité du Brexit 24/01/2019
Le 15 janvier 2019, les députés britanniques ont rejeté le projet d’accord sur le Brexit auquel les chefs d’Etat de l’Union européenne étaient parvenus deux mois auparavant. Avec 432 voix contre sur 634 suffrages exprimés, ce vote fragilise nettement la première ministre, Theresa May, en vue de ses prochaines discussions avec l’Union européenne et les membres de son Parlement. Tout paraît aujourd’hui possible, à commencer par un report de la date officielle de retrait, prévue le 29 mars.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2179 articles et 574 vidéos