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L’atterrissage en douceur, plus difficile que jamais

21/06/2019

La Fed a franchi une étape clé et s’apprête désormais à adopter une politique plus accommodante.

William DE VIJLDER

TRANSCRIPT // L’atterrissage en douceur, plus difficile que jamais : juin 2019

Partie 1

L’art difficile de l’atterrissage en douceur

La conférence de presse de Jerome Powell cette semaine a confirmé ce que les marchés attendaient depuis un certain temps déjà : la Fed a changé de cap et s’apprête désormais à adopter une politique monétaire accommodante.

Ce revirement a été rendu possible parce que l’inflation est bien maîtrisée.

Il est rendu nécessaire par le ralentissement de l’économie. De fait, en assouplissant sa politique monétaire, le comité directeur de la Réserve Fédérale veut soutenir la croissance, c’est-à-dire qu’il veut mettre en place un dispositif propre à favoriser un atterrissage en douceur. Toutefois, les turbulences extérieures auxquelles sont confrontés les États-Unis en font également une nécessité.

Il est difficile de réussir un atterrissage en douceur. On admet généralement que la Réserve fédérale n’a réellement réussi qu’un seul atterrissage en douceur, sous la conduite d’Alan Greenspan en 1995, après les hausses de taux énergiques de 1994[1].

La raison pour laquelle cet exercice est si difficile est que lorsqu’il apparaît clairement que la politique monétaire doit être assouplie, il est sans doute déjà trop tard. C’est ce qui explique que la Fed adopte dès à présent cette attitude proactive : « mieux vaut prévenir que guérir ».

 

Comment les baisses des taux influencent l’économie

Les baisses des taux peuvent influencer l’économie de différentes manières :

  1. Elles abaissent le coût du crédit
  2. Elles augmentent la valorisation des actifs
  3. Elles facilitent l’accès au financement bancaire (par la voie du nantissement)
  4. Cela peut stimuler l’investissement des entreprises
  5. Il devient moins attrayant d’épargner, ce qui peut doper les dépenses de consommation
  6. Les parités de change peuvent diminuer
  7. La confiance est stimulée parce que la banque centrale envoie le message qu’elle agira énergiquement pour soutenir la croissance.

 

Plus que jamais, il est difficile de réussir un atterrissage en douceur

On peut défendre l’argument selon lequel la réussite de l’atterrissage en douceur de 1995 était peut-être liée à la transformation structurelle que connaissait l’économie, la révolution des nouvelles technologies ayant fortement accru la productivité et la croissance. Par ailleurs, le président Bill Clinton s’était engagé dans un programme pluriannuel de réduction massive du déficit et enfin, il s’avère que l’économie américaine connaissait un ralentissement de milieu de cycle.

Cependant, la situation actuelle est assez différente :

  1. Les possibilités d’abaissement des taux directeurs sont limitées
  2. Les rendements sur les bons du Trésor américains ont déjà diminué
  3. Les spreads des obligations corporate sont encore assez étroits
  4. Le montant énorme du déficit budgétaire peut finir par inquiéter le marché
  5. La phase d’expansion commence à parvenir à maturité.
  6. Par ailleurs, les tensions commerciales pèsent sur les perspectives économiques.

 

 

[1] « En pratique, la Fed n’a réussi qu’un seul atterrissage en douceur : en 1994-95, sous la conduite d’Alan Greenspan, elle est parvenue à refroidir suffisamment l’économie pour ralentir les dépenses et juguler les pressions inflationnistes, mais de manière suffisamment maîtrisée pour éviter une montée en flèche du chômage. » (New York Times, Economy Often Defies Soft Landing, EDMUND L. ANDREWS, 11 août 2006).

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