Podcast: En ECO dans le texte
La polarisation de l’emploi : définition et ampleur du phénomène en France 27/11/2019

Le phénomène de polarisation de l’emploi fait l’objet d’une attention croissante depuis une quinzaine d’années. Dans ce deuxième épisode, Hélène Baudchon explique ce qui se cache derrière ce terme technique, à savoir une déformation de la structure de l’emploi en faveur des emplois situés en bas et en haut de l’échelle des qualifications et des salaires associés et en défaveur des emplois intermédiaires. Elle récapitule aussi les résultats des études empiriques. S’agissant de la France, la polarisation ressort de manière plus ou moins marquée. Elle évoque, pour finir, les raisons de l’intérêt porté à ce phénomène.

TRANSCRIPT // La polarisation de l’emploi : définition et ampleur du phénomène en France : novembre 2019

François Doux : commençons par le commencement – qu’est-ce que la polarisation ? On s’imagine un graphique, avec en abscisse les qualifications (la qualité), et en ordonnée, verticalement le nombre d’employés (la quantité). Donc à gauche, on a les emplois peu qualifiés, et à droite les emplois très qualifiés. Quelle est l’image de la courbe des quantités donc ?

Hélène Baudchon : La polarisation de l’emploi désigne, en effet, la déformation de la structure de l’emploi où, conjointement, la part des emplois situés aux deux extrémités de l’échelle des qualifications augmente et celle des emplois intermédiaires baisse.

Terme utilisé pour décrire le processus de déformation de la demande de travail due à l’impact de la technologie en général, et des ordinateurs en particulier.

François Doux : Concrètement l’informatique a quels effets sur les emplois très qualifiés et les emplois peu qualifiés ?

Hélène Baudchon : Dans les grandes lignes, l’impact des ordinateurs a pour effet, d’un côté, d’augmenter la demande relative de travail qualifié et peu qualifié et, de l’autre, de réduire la demande relative de travail moyennement qualifié.

Il s’en suit une déformation de la structure de l’emploi, avec, donc, une hausse de la part des emplois aux deux extrémités de l’échelle des qualifications (et des salaires) et une baisse conjointe de la part des emplois intermédiaires.

La polarisation prend donc, théoriquement, la forme d’une courbe en U. C’est l’observation de ces trois évolutions - les trois parties du U - qui qualifie le phénomène de polarisation. Si une seule ou même deux de ces évolutions sont observées, il n’y a pas, à proprement parler, polarisation de l’emploi.

François Doux : Un concept en apparence simple mais qui ne se mesure (ni se s’explique) facilement

Hélène Baudchon : Ce qui ressort de la revue de littérature et des observations empiriques / du traitement des données, c’est une courbe en U qui se dessine plus ou moins nettement.

Aux Etats-Unis, elle est plutôt bien établie. La courbe en U est bien dessinée, avec une hausse d’ampleur comparable de la part des professions peu qualifiées et de celle des professions qualifiées + un creux relativement marqué sur une bonne portion de la partie intermédiaire de la distribution.

François Doux : En Europe, quelle est la situation ?

Hélène Baudchon : En Europe, le phénomène a été étudié et observé plus récemment (années 1990 contre années 1980 aux US) avec des conclusions moins nettes.

La polarisation est plutôt la règle que l’exception mais avec une certaine hétérogénéité des résultats qui s’avèrent sensibles à la manière d’appréhender les qualifications (salaire, profession, classification sociale), à la période d’observation et au degré d’agrégation des données.

François Doux  : Agrégée, cela veut dire quoi ?

Hélène Baudchon : Lorsque les données sont regroupées, par exemple, en trois grands groupes « professions faiblement qualifiées / rémunérées » + « professions moyennement qualifiées / rémunérées » + « professions hautement qualifiées / rémunérées »).

François Doux : Donc plus les données sont agrégées, plus la polarisation se dessine nettement…

Hélène Baudchon : Oui, mais cette agrégation importante masque des détails intéressants : tous les emplois peu qualifiés ou intermédiaires ne sont pas logés à la même enseigne.

D’une manière générale, en Europe et en France en particulier, les données mettent facilement en évidence le creux du U et sa jambe droite (les emplois les plus qualifiés). En revanche, la jambe gauche (les emplois les moins qualifiés) est souvent moins développée, voire inexistante. En France donc, selon les études, l’ampleur du phénomène est plus ou moins marquée.

François Doux : En conclusion de cet épisode, une dernière question : pourquoi ce sujet de la polarisation suscite-t-il autant d’intérêt ?

Hélène Baudchon : L’intérêt vient des questions et inquiétudes structurantes qu’il sous-tend, en termes notamment d’accroissement des inégalités salariales, d’attrition de la classe moyenne, d’alimentation du sentiment de déclassement et du malaise social en général.

La compréhension / l’identification du phénomène de polarisation permet de mieux appréhender ces problématiques. Comprendre les causes de la polarisation peut aussi aider à dégager des solutions, des réponses. 

François Doux : les causes, les explications sont l’objet du troisième et dernier épisode de ce podcast.

Plus de Podcasts

Sur le même thème

France : un vent d’optimisme souffle sur la conjoncture 18/06/2021
Au regard des indicateurs conjoncturels disponibles à la mi-année, l’économie française est en train de rebondir vigoureusement au sortir du troisième confinement. Il y a bien quelques chiffres négatifs au tableau. Mais il s’agit des données d’activité du mois d’avril, qui portent, pour la plupart, la trace du confinement.
16/06/2021
France : une majorité des PGE des TPE/PME résulteraient de comportements de précaution 09/06/2021
Un an après la mise en place des prêts garantis par l’État (PGE), 39% des dirigeants de TPE/PME qui en ont bénéficié déclarent ne l’avoir que peu ou pas consommé, tandis qu’à peine un tiers d’entre eux déclarent en avoir consommé la majorité. Ces comportements de précaution ont conduit les entreprises à thésauriser tout ou partie de leur PGE afin de constituer une réserve de liquidités à des conditions favorables. Dans le même temps, la part des dirigeants qui envisagent d’amortir l’intégralité de leur PGE sur plusieurs années s’est accrue (41% en septembre 2020, 56% en avril 2021), tandis que celle des dirigeants qui envisageaient d’en rembourser une partie en 2021 a reculé (de respectivement 36% et 23%). La proportion des entreprises ne s’estimant pas en mesure de rembourser intégralement leur PGE demeure relativement stable depuis l’introduction du mécanisme (5% en avril 2021). La date limite de souscription étant fixée au 30 juin 2021, les EUR 20 milliards des prêts participatifs Relance et des obligations Relance assureront, pour les entreprises éligibles et jusqu’au 30 juin 2022, la transition avant la disparition des dispositifs de soutien « Covid » au financement des entreprises.
France : début de reprise et stratégie de sortie de crise 21/05/2021
En même temps que se dessine la reprise économique en France, se dessine également la stratégie de sortie de crise, c’est-à-dire la manière dont le filet de sécurité des aides d’urgence va être progressivement retiré à mesure que la reprise avancera. La tâche s’annonce délicate.
France : moindre répercussion du taux de la BCE sur la rémunération des dépôts à vue des SNF 19/05/2021
Orientés à la hausse depuis de nombreuses années déjà, les dépôts à vue des sociétés non financières (SNF) ont atteint de nouveaux records dans la zone euro sous l’effet de la crise sanitaire et des mesures gouvernementales de soutien au financement des entreprises. Leurs encours s’élevaient à EUR 2 591 mds pour l’ensemble de la zone euro en mars 2021 (dont 26% en France, 23% en Allemagne, 14% en Italie et 11% en Espagne). Dans le même temps, et en écho à la diminution du taux de la facilité de dépôt par la Banque centrale européenne, la rémunération moyenne de ces dépôts a poursuivi son recul jusqu’en 2017, de manière plus ou moins prononcée selon les pays, jusqu’à se stabiliser dans la période récente, excepté en Allemagne où les banques répercutent davantage les taux négatifs sur leur clientèle grandes entreprises et leur clientèle privée, surtout depuis l’abaissement supplémentaire du taux de la facilité de dépôt de -0,40% à -0,50% en septembre 2019. En France, la rémunération moyenne des dépôts à vue des SNF demeure positive et notablement plus élevée que dans les autres pays de la zone euro.
Le confinement d’avril a eu un impact négatif limité sur l’activité économique globale 17/05/2021
Notre baromètre fait état d’une nette amélioration de la situation conjoncturelle française ces derniers mois par rapport aux trois mois précédents. L’amélioration repose toutefois sur un effet de base très favorable. En avril, l’effet de base devrait être encore favorable, malgré le nouveau confinement.
Reprise en France : déjà freinée avant même d’avoir démarré ? 12/05/2021
La hausse des difficultés d’offre signalées par les enquêtes de conjoncture de l’INSEE en avril 2021 a suscité l’attention. Il ne s’agirait pas, en effet, qu’elles viennent freiner la reprise, à peine entrevue. Cette hausse est particulièrement marquée dans l’industrie et principalement imputable à des contraintes d’approvisionnement, dont l’ampleur dépasse nettement le niveau moyen des années précédentes. Dans le bâtiment, l’insuffisance de main d’œuvre est le problème dominant (comme avant la crise) mais les difficultés d’approvisionnement sont également en forte hausse. Dans les services, les contraintes d’offre sont avant tout liées aux restrictions sanitaires. Dans ce secteur, les problèmes de demande concernent cependant un plus grand nombre d’entreprises. La Banque de France souligne également ces questions d’approvisionnement dans son point de Conjoncture du 10 mai. Un peu plus d’un quart des entreprises de l’industrie et du bâtiment se disent concernées, sans pour autant, est-il précisé, que cela empêche, à ce stade, leurs propres perspectives d’activité de s’améliorer. Cela est rassurant et suggère que, s’il doit y avoir un frein à la reprise, il sera modéré. Encore faut-il que ces difficultés d’offre s’atténuent rapidement. Ce sera le cas pour celles liées aux restrictions sanitaires, au fur et à mesure du déconfinement. C’est plus incertain pour les difficultés d’approvisionnement et de recrutement.
Marché du travail français : perspectives 2021 06/05/2021
En 2021, une hausse de l’emploi et du taux de chômage est attendue mais l’incertitude quant à son ampleur est grande. Le risque est que cette remontée soit limitée pour l’emploi et importante pour le taux de chômage. La croissance de l’emploi sera soutenue par le plan France Relance. L’ampleur de son redressement est néanmoins pour partie liée à la vigueur de la reprise. Mais elle restera aussi, et surtout, contrainte par l’effet retardé de la chute massive de l’activité en 2020, l’augmentation des défaillances d’entreprises, l’hétérogénéité sectorielle, le retour en activité des personnes en chômage partiel et les efforts de reconstitution des gains de productivité et des marges des entreprises. S’agissant du taux de chômage, à l’incertitude portant sur la dynamique de l’emploi s’ajoute celle sur la population active. Se pose également la question du profil de la hausse du taux de chômage en 2021 : continue ou « en cloche » ? Le scénario le plus probable est celui d’une hausse continue, marquée au premier semestre et s’atténuant au second. Si un retour à meilleure fortune du marché du travail français (au sens défini par le gouvernement dans le cadre de la réforme de l’assurance-chômage) est improbable en 2021, 2022 est un horizon réaliste
Les entreprises françaises ont abordé la pandémie avec une structure financière renforcée 28/04/2021
Les encours publiés dans les comptes nationaux financiers[1] étant valorisés[2], les ratios d’endettement des sociétés non financières françaises, calculés à partir de ces derniers, sont susceptibles de donner une image déformée de la structure financière de ces dernières. En revanche, les flux d’opérations hors effets de valorisation (augmentation de capital) et d’autofinancement offrent une approximation acceptable de la variation de leurs fonds propres.  Selon nos calculs, les entreprises françaises ont abordé la crise avec une structure financière renforcée. Ainsi, l’envolée inédite de la dette financière observée en 2020 (+ 206 milliards d’euros, dont près de 130 milliards au titre du prêt garanti par l’État [PGE]) avait été opportunément précédée, entre 2015 et 2018, d’un renforcement sensible des fonds propres, à la faveur du net élargissement des émissions d’actions. En revanche, en 2020, la hausse de la dette financière a très sensiblement dépassé celle des capitaux propres. Ces évolutions globales dissimulent toutefois des situations contrastées selon les entreprises, tailles et secteurs considérés. [1] Les comptes nationaux financiers produits par la Banque de France décrivent les comportements de placements et de financement des différents secteurs institutionnels de l’économie nationale à partir de leur capacité ou de leur besoin de financement. [2] La valeur des actions non cotées et autres parts sociales est estimée à partir du multiple des actions cotées. Concernant l’endettement, seule la dette négociable est en valeur de marché.
20/04/2021

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2732 articles et 723 vidéos