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Entreprises zombies : qui sont-elles, où sont-elles ? 29/04/2021

Dans ce premier épisode, Hélène Baudchon et Guillaume Derrien rappellent les critères qui définissent une entreprise zombie. La  diversité des définitions est à la fois instructive et synonyme de flou : le phénomène est difficile à mesurer. Un tour d’horizon de la proportion de ces entreprises zombies dans les 4 plus grands pays de la zone euro (Allemagne, France, Italie et Espagne) est également effectué.

TRANSCRIPT // Entreprises zombies : qui sont-elles, où sont-elles ? : avril 2021

Episode 1 – Entreprises zombies : qui sont-elles, où sont-elles ?

François Doux : Bonjour à toutes et à tous… Nouvelle série de podcast en trois épisodes sur la zombification des économies, sur la prolifération des entreprises zombies… au micro François Doux, pour cette série je suis accompagné d’Hélène Baudchon bonjour… bonjour François et de Guillaume Derrien bonjour… bonjour François.

Vous avez co-écrit avec 3 autres économistes un article de plusieurs pages dans la revue Conjoncture, à retrouver en ligne sur le site des études économiques de BNP Paribas.

Le sujet n’est pas nouveau mais la crise de la Covid-19 l’a ramené sur le devant de la scène. La crise pourrait en effet entraîner une hausse du nombre des entreprises zombies, ce qui ravive les inquiétudes relatives à ce phénomène.

Au programme de cette série, dans un premier épisode nous allons définir ce que sont les entreprises zombie, quelle est leur proportion dans des pays comme la France… l’Allemagne… Dans un deuxième épisode, nous nous intéresserons aux causes et aux conséquences du phénomène… il est intitulé « Comment naissent les entreprises zombies » Dans le troisième et dernier épisode, on terminera sur les liens entre le Covid-19 et ces entreprises zombies, et surtout sur les solutions à apporter à ce problème.

Pour commencer, Hélène, Guillaume, qu’est-ce qu’une entreprise zombie ? Dans la culture populaire occidentale, dans notre imaginaire cinématographique, un zombie est un mort-vivant qui survit en se nourrissant de la chair humaine des vivants… qu’en est-il en économie ? C’est une entreprise morte-vivante Hélène ?

Hélène Baudchon : en quelque sorte oui. Au regard de sa faible productivité, de sa dette élevée, de sa rentabilité faible, de sa petite taille aussi, c’est une entreprise qui devrait disparaître et qui pourtant survit, notamment en bénéficiant, malgré ses-ces difficultés, de conditions de financement avantageuses. Je précise que cette présentation est une manière parmi d’autres de décrire une entreprise zombie, qui mélange les caractéristiques des différentes définitions existantes. Selon les études, l’accent est plus mis sur l’une ou sur l’autre de ces caractéristiques et il y a des critères précis d’âge, de conditions de financement, etc...

François Doux : Et on retrouve le détail de ces définitions justement dans l’article de Conjoncture, avec les auteurs et les études universitaires qui s’y réfèrent… Guillaume, néanmoins le concept d’entreprise zombie n’est pas nouveau, il ne date pas de 2020… quand et où est née l’appellation d’entreprise zombie en économie ?

Guillaume Derrien : cette appellation est née au Japon, dans la foulée de la crise financière de la fin des années 1980. L’étude de Caballero, que l’on présente dans notre Conjoncture, est souvent citée comme la référence sur l’analyse du phénomène de la zombification dans le pays. Cette étude fait un lien entre la zombification et la situation du système bancaire. Pour être plus précis, Caballero estime que cette zombification découlerait principalement des difficultés des banques, et principalement des banques les plus fragiles qui, pour préserver une certaine stabilité financière, aurait continué à octroyer des prêts à des entreprises peu rentables. Alors ce phénomène s’est trouvé amplifié, si je puis dire, par d’autres facteurs, notamment la baisse des taux d’intérêt dans le pays, suite aux assouplissement monétaire de la Banque du Japon.

François Doux : Hélène, il existe différentes définitions d’une entreprise zombie. Cette diversité est à la fois instructive et synonyme de flou. Le phénomène est difficile à mesurer ?

Hélène Baudchon : En effet. Il n’y a pas de mesure exacte, consensuelle, de l’ampleur du phénomène, ce qui est problématique en soi. D’une étude à l’autre, les ordres de grandeur peuvent être assez différents : 15% dans la fourchette haute sur la base des entreprises cotées – ce qui est beaucoup ; 5% si l’on considère l’ensemble des entreprises.

Il faut savoir par ailleurs que la tendance est plutôt à la hausse de la part des entreprises zombies dans les économies. Le phénomène a gagné aussi en persistance, c’est-à-dire qu’une entreprise zombie le reste plus longtemps. Le tout n’est pas sans poser questions et problèmes.

François Doux : oui, on reviendra sur les causes et conséquences de la zombification dans le 2ème épisode de ce Podcast. Partons traquer à présent ces entreprises zombies dans les 4 plus grands pays de la zone euro, Allemagne, France, Espagne, Italie. Guillaume, quelle est leur proportion dans ces économies ?

Guillaume Derrien : Alors globalement François, ce qu’on peut dire c’est que les crises successives de 2007-08 et 2011 ont joué un rôle significatif dans l’importance des firmes zombies aujourd’hui. Les pays particulièrement touchée par ces crises font face aujourd’hui à une part plus importante de firmes zombies. C’est le cas particulièrement en Espagne et en Italie. En Espagne surtout, où on estime cette part, selon les études, entre 10% et 20%.  L’Espagne a été l’économie des 4 grands européens la plus touchée par les crises. En Italie, on est un peu en deçà, entre 6% et 11%.

François Doux : Quelle est la situation en France et en Allemagne Hélène ?

Hélène Baudchon : La France et l’Allemagne compteraient une proportion relativement faible d’entreprises zombies. Pour la France, les estimations varient entre 2 et 7% ; l’estimation la plus haute, sur la base des entreprises cotées, atteint 16%. En Allemagne, les fourchettes sont plus resserrées, entre 4 et 6%, et 10% pour l’estimation haute.

Le caractère contenu de la zombification en Allemagne tient notamment à l’efficacité de son dispositif législatif pour les entreprises en difficulté ; en France, la solidité de son système bancaire est un facteur important. Le droit des entreprises en difficulté fonctionne aussi plutôt bien mais il y a encore matière à l’améliorer, notamment en réduisant la longueur des procédures collectives.     

François Doux : En parlant d’efficacité du droit des entreprises en difficulté et de solidité du système bancaire, Hélène, vous venez d’évoquer deux explications, deux causes de la zombification.  Ces causes seront justement le sujet du deuxième épisode de ce Podcast, où nous aborderons également les conséquences, les répercussions de la zombification.

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Les PGE représentent 6,9% des prêts aux entreprises 22/09/2021
Au premier trimestre 2021, les encours de prêts garantis par l’Etat (PGE) distribués par les banques de l’ensemble de la zone euro atteignaient EUR 376,4 mds contre EUR 184,7 mds au deuxième trimestre 2020. Le rapport entre les montants accordés, en cumul, de PGE et le total des prêts aux sociétés non financières (dont l’encours est demeuré relativement stable) est ainsi passé de 3,3% à 6,9% durant cette même période. Les banques françaises, espagnoles et italiennes ont tout particulièrement contribué à soutenir l’activité économique durant la pandémie de COVID-19. Elles ont en effet distribué 90,6% de l’encours des PGE de l’ensemble de la zone euro (respectivement EUR 131,7 mds, EUR 108,7 mds et EUR 100,5 mds) tandis que leur part dans l’encours total des prêts aux SNF de la zone euro n’était que de 57,7% en moyenne entre le deuxième trimestre 2020 et le premier trimestre 2021. La distribution de PGE ralentit toutefois sensiblement depuis le début de l’année 2021. En France, elle s’établissait ainsi à EUR 5,8 mds au premier trimestre 2021, puis EUR 3,8 mds au deuxième trimestre 2021 contre EUR 11,1 mds au quatrième trimestre 2020.

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