Podcast: En ECO dans le texte
Comment naissent les zombies ? 29/04/2021

Dans ce deuxième épisode consacré à la zombification des économies, Hélène Baudchon et Guillaume Derrien font le point sur les causes et les conséquences de ce phénomène (baisse des taux d’intérêt, difficultés du système bancaire, manque de croissance et d’investissement, niveau d’efficacité du système de résolution des faillites).

TRANSCRIPT // Comment naissent les zombies ? : avril 2021

Episode 2 – Comment naissent les zombies ?

François Doux : dans le deuxième épisode de ce Podcast consacré à la zombification des économies, nous revenons sur les causes et les conséquences de ce phénomène. Comment explique-t-on son accentuation ? Pourquoi est-ce préoccupant ? Hélène Baudchon – Guillaume Derrien, bonjour. Ma première question porte sur les facteurs explicatifs de la zombification : quels sont-ils ? Guillaume, vous ouvrez le bal ?

Guillaume Derrien : Alors comme vous vous en doutez certainement François les causes sont multiples et je dirais même que certaines sont liées entre elles.

Si on veut synthétiser, nous recensons 4 facteurs principaux :

  • Le premier, qui est d’ailleurs celui le plus couramment évoqué, est la baisse des taux d’intérêt. Une baisse qui, je le rappelle, a été quasi-continue depuis la fin des années 2000. Et cette baisse des taux a pu favoriser une prise de risque accrue et financer des firmes qui ne l’auraient pas été en présence de taux plus élevés.
  • Quel est le 2ème facteur ?
  • Le 2ème facteur, c’est les difficultés du système bancaire. Comme je l’ai évoqué pour le cas du Japon dans l’épisode précédent, certaines banques, plus en difficulté, seraient encouragées à continuer de prêter à des entreprises peu rentables au motif que l’arrêt de ces crédits entraînerait une hausse du provisionnement et une détérioration de leur situation financière.
  • Enfin deux autres causes, qui elles ne sont pas liées aux conditions financières stricto sensu: c’est, tout d’abord, le manque de croissance et d’investissement qui ne permettent pas à certaines entreprises de dégager suffisant de revenus. Et enfin, quatrième cause, le niveau d’efficacité du système de résolution des faillites. Pour faire simple, plus un système est efficace avec des délais de procédure assez courts et peu coûteux, plus les actifs sont alloués de façon optimale, ce qui atténue ainsi le risque de zombification.

François Doux : Hélène vous réagissez quand on parle du lien de cause à effet entre le bas niveau des taux d’intérêt et la multiplication des entreprises zombies… ce n’est pas si simple ?

Hélène Baudchon : ce n’est pas si simple en effet. Pour les pays de la zone euro par exemple, le lien de cause à effet est plus difficile à établir : ces pays partagent la même politique monétaire mais ils diffèrent assez sensiblement en termes de proportion d’entreprises zombies, on l’a évoqué dans le premier épisode de ce podcast. Cela montre que d’autres facteurs sont en cause.

Et puis, il existe une double causalité entre les taux bas et la zombification : les taux bas peuvent contribuer à la zombification mais la zombification contribue aussi, à l’inverse, à la baisse des taux d’intérêt (via l’impact négatif des entreprises zombies sur l’investissement et la croissance).

François Doux : oui, on va revenir dans un instant sur les conséquences de la zombification. En attendant, une dernière question sur ses causes : on l’a déjà évoqué, c’est le moment d’en parler un peu plus, en quoi le droit des entreprises en difficulté est-il facteur important ?

Guillaume Derrien : Car cela joue sur ce qu’on appelle communément la destruction créatrice. Lorsqu’une procédure de faillites est enclenchée, une résolution rapide permet de réorienter plus efficacement une partie des actifs de l’entreprise vers d’autres entreprises en meilleur santé (main d’œuvre, trésorerie, …). IL est difficile de quantifier cela, mais la banque mondiale met à jour régulièrement un classement des pays sur ce sujet précis de l’efficacité des systèmes de faillite.  

François Doux : On le voit, les causes de la zombification sont multiples et interdépendantes. C’est la même chose du côté des conséquences de ce phénomène. Vous avez un schéma dans votre article qui rend très bien compte de cela, des nombreuses répercussions de la zombification. Hélène, si vous deviez résumer en quoi le phénomène est préoccupant, que diriez-vous ?

Hélène Baudchon : qui dit entreprises zombies, dit mauvais signe pour la croissance. L’impact négatif vient de ce que la zombification pèse sur la productivité, l’investissement des entreprises et l’emploi.

François Doux : C’est le symptôme d’une mauvaise allocation des ressources.

Hélène Baudchon : En effet. Lorsque des entreprises zombies, dont on sait qu’elles sont peu productives, investissent et embauchent moins que les autres, se maintiennent sur le marché, cela pèse sur la dynamique économique d’ensemble. Le processus de destruction créatrice, déjà évoqué par Guillaume, est altéré. Le développement des entreprises performantes se trouve gêné parce que les entreprises zombies captent des ressources (main d’œuvre, financement) qui seraient plus profitables si elles étaient allouées aux entreprises performantes.

François Doux : sur le schéma dont j’ai déjà parlé, on voit qu’à ces effets d’éviction s’ajoutent des effets de congestion.

Guillaume Derrien : Exactement François. Les effets dit de congestion représentent, pour faire simple, l’impact qu’exerce les firmes zombies en terme de concurrence vis-à-vis des autres entreprises, en meilleur santé. Comme l’a souligné Hélène, ces firmes zombies étant peu performantes, elles devraient logiquement progressivement quitter le marché. Or elles ne le font pas toujours (pour les raisons évoquées précédemment) et cette mise en concurrence exerce – et c’est la loi de l’offre et de la demande – une pression à la baisse sur les prix de marché, qui pèse in fine sur la rentabilité des entreprises en meilleur santé. J’aimerais souligner un second facteur, qui est que cette mise en concurrence renforce aussi les barrières à l’entrée de nouvelles firmes sur le marché.

François Doux : on comprend mieux, au regard de ce que vous venez de nous expliquer, Hélène, Guillaume, sur les causes et conséquences de la zombification, les craintes de résurgence suscitées par la crise de la Covid-19. Nous nous pencherons plus en détail sur ces craintes dans le troisième et dernier épisode de ce Podcast, ainsi que sur les éléments permettant de les relativiser avant d’évoquer les solutions, les réponses qui peuvent être apportées.

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Au premier trimestre 2021, les encours de prêts garantis par l’Etat (PGE) distribués par les banques de l’ensemble de la zone euro atteignaient EUR 376,4 mds contre EUR 184,7 mds au deuxième trimestre 2020. Le rapport entre les montants accordés, en cumul, de PGE et le total des prêts aux sociétés non financières (dont l’encours est demeuré relativement stable) est ainsi passé de 3,3% à 6,9% durant cette même période. Les banques françaises, espagnoles et italiennes ont tout particulièrement contribué à soutenir l’activité économique durant la pandémie de COVID-19. Elles ont en effet distribué 90,6% de l’encours des PGE de l’ensemble de la zone euro (respectivement EUR 131,7 mds, EUR 108,7 mds et EUR 100,5 mds) tandis que leur part dans l’encours total des prêts aux SNF de la zone euro n’était que de 57,7% en moyenne entre le deuxième trimestre 2020 et le premier trimestre 2021. La distribution de PGE ralentit toutefois sensiblement depuis le début de l’année 2021. En France, elle s’établissait ainsi à EUR 5,8 mds au premier trimestre 2021, puis EUR 3,8 mds au deuxième trimestre 2021 contre EUR 11,1 mds au quatrième trimestre 2020.

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