Graphiques de la semaine

Information économique : un économiste commente un graphique

TENSIONS INFLATIONNISTES DANS LES PAYS ÉMERGENTS Publié le 20 oct. 2021 par François FAURE
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Les pressions inflationnistes se renforcent dans les pays émergents depuis le début de l’année 2021. L’inflation totale a poursuivi son accélération au cours de l’été (à l’exception de l’Asie), principalement, sous l’effet conjugué de la hausse des prix des produits alimentaires et de l’énergie et du fléchissement des monnaies face à l’USD. Cependant, l’inflation sous-jacente s’est aussi globalement accélérée. Conséquence, les banques centrales d’Amérique latine et d’Europe centrale ont commencé à relever leurs taux directeurs. En Asie, l’inflation est restée faible (notamment en Asie du Nord) ou s’est stabilisée (Inde) de sorte que la politique monétaire est demeurée accommodante. Jusqu’à présent, les banques centrales engagées dans un cycle de resserrement monétaire ont fait preuve de retenue. Même les plus réactives (comme celles du Brésil et de la Russie) sont restées « behind the curve » (autrement dit, si le taux directeur réel est toujours négatif ou s’il n’a pas été relevé dans les mêmes proportions que la hausse de l’inflation).

L’augmentation de l’inflation sera-t-elle transitoire ou s’inscrira-t-elle dans la durée ? La question reste ouverte. L’impact d’une forte reprise sur les prix du pétrole devrait s’atténuer avec l’augmentation programmée des quotas de production des pays de l’OPEP et dans l’hypothèse d’une fin rapide des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. Cependant, les pressions sur les prix risquent de persister si la hausse des prix des produits alimentaires et de l’énergie continue de se répercuter sur l’inflation totale. Mais également si les goulets d’étranglement du côté de l’offre tardent à se résorber, et/ou si les salaires nominaux rattrapent rapidement les prix, entraînant un désancrage potentiel des anticipations d’inflation. Une inflation élevée dans la durée pourrait faire peser un risque à la baisse sur les perspectives de croissance économique. De plus, les hausses affectant les produits alimentaires ont été plus importantes dans les pays particulièrement frappés par l’insécurité alimentaire, exerçant des pressions plus fortes sur les ménages les plus pauvres et renforçant le risque de troubles sociaux.

En réponse à la crise liée à la pandémie de Covid-19, le Congrès américain a mis en place, en avril 2020, un programme de prêts aux petites et moyennes entreprises (Paycheck Protection Program, PPP) garantis par l’État fédéral. À la clôture des souscriptions, le 31 mai 2021, environ USD 800 milliards d’encours de prêts PPP avaient été accordés. Les banques ont originé 80% de ces prêts, les sociétés de crédit non bancaires et fintechs les 20% résiduels.

Ce dispositif se distingue à divers égards du programme de prêts garantis par l’État (PGE) conduit en France, en particulier quant à son coût budgétaire. D’abord, aux États-Unis, le risque de crédit associé aux prêts garantis est entièrement supporté par l’État fédéral1. Ensuite, les prêteurs américains ont été indemnisés des frais occasionnés par l’origination des créances PPP sous la forme de commissions (entre 1 et 5% en fonction des montants distribués). D’après la structure des prêts PPP originés, le montant des commissions versées s’élèverait aux alentours de USD 30 milliards. Enfin, outre-Atlantique, sous certaines conditions, les prêts garantis sont convertibles en subventions publiques aux entreprises financées (dans la limite de la masse salariale, des intérêts sur prêts hypothécaires, des loyers et frais de fonctionnement supportés). L’annulation partielle ou complète d’un prêt PPP est notamment subordonnée au maintien par l’entreprise bénéficiaire de l’emploi et des salaires durant les 8 à 24 semaines suivant son obtention. Au 10 octobre dernier, plus de USD 575 milliards d’encours de prêts PPP avaient ainsi été effacés (7,5 millions de crédits), soit 73% des montants totaux accordés (65% du nombre de crédits octroyés)2. En posant l’hypothèse extrême d’un effacement intégral des créances distribuées dans le cadre du PPP, le coût budgétaire du dispositif s’élèverait à USD 835 milliards3.

1 En France, l’État assume 70% ou 80% du risque de crédit dans le cas des PGE aux grandes entreprises, 90% dans celui des PGE aux petites et moyennes entreprises. Les banques françaises couvrent le risque résiduel.

2 PPP forgiveness platform lender submission metrics reports (sba.gov)

3 Covid Money Tracker

ZONE EURO : L’INFLATION AU PLUS HAUT DEPUIS 2008 Publié le 6 oct. 2021 par Hélène BAUDCHON
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Depuis la fin 2020, l’inflation dans la zone euro remonte de façon quasi verticale. Il y a un an, elle était légèrement négative en glissement annuel ; en septembre 2021, selon l’estimation préliminaire d’Eurostat, elle s’élevait à 3,4%, un plus haut depuis septembre 2008. Cette remontada est particulièrement vive en Allemagne, suivie de l’Espagne, et, dans une moindre mesure, de l’Italie et de la France. En Allemagne, l’évolution de l’inflation porte la trace de l’abaissement temporaire de la TVA au second semestre 2020. En Espagne, la hausse des prix de l’énergie est notamment accentuée par un niveau de TVA sur l’électricité plus élevé que dans la plupart des autres pays européens. L’actualisation des pondérations dans l’indice des prix a également joué un rôle important en début d’année.

Cette poussée signifie-t-elle que l’inflation est de retour ? Non, pas pour l’instant en tout cas, la hausse des prix n’étant ni généralisée ni auto-entretenue. L’inflation sous-jacente est moins élevée (1,9%). La hausse de l’inflation est, pour l’essentiel, le résultat d’une déformation relative, que l’on pense temporaire, des prix. Un effet de base important dû aux prix du pétrole est à l’œuvre. Il est accentué par la forte progression récente des prix du gaz. S’y ajoutent l’effet des contraintes d’offre sur le prix d’un certain nombre de matières premières et d’intrants industriels et l’effet du surcroît de demande en sortie de confinement sur certains produits.

Ces facteurs de hausse devraient se dissiper en 2022 mais avant de refluer, l’inflation devrait encore grimper d’ici la fin de l’année. Nous prévoyons qu’elle atteigne son pic au T4 (frôlant 4% en glissement annuel). Et aussi temporaire et circonscrite soit-elle, cette poussée d’inflation n’est pas sans conséquences sur les marges des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages, et donc sur la croissance. La transmission à l’ensemble des prix à la consommation, l’enclenchement d’une boucle prix-salaires sur fond des fortes difficultés de recrutement, entraînant un dérapage plus durable de l’inflation, est un autre point d’attention mais il n’y a pas encore de signes en ce sens.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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