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Information économique : un économiste commente un graphique

REPRISE EN FRANCE : DÉJÀ FREINÉE AVANT MÊME D’AVOIR DÉMARRÉ ? Publié le 12 mai 2021 par Hélène BAUDCHON
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La hausse des difficultés d’offre signalées par les enquêtes de conjoncture de l’INSEE en avril 2021 a suscité l’attention. Il ne s’agirait pas, en effet, qu’elles viennent freiner la reprise, à peine entrevue. Cette hausse est particulièrement marquée dans l’industrie et principalement imputable à des contraintes d’approvisionnement, dont l’ampleur dépasse nettement le niveau moyen des années précédentes. Dans le bâtiment, l’insuffisance de main d’œuvre est le problème dominant (comme avant la crise) mais les difficultés d’approvisionnement sont également en forte hausse. Dans les services, les contraintes d’offre sont avant tout liées aux restrictions sanitaires. Dans ce secteur, les problèmes de demande concernent cependant un plus grand nombre d’entreprises.

La Banque de France souligne également ces questions d’approvisionnement dans son point de Conjoncture du 10 mai. Un peu plus d’un quart des entreprises de l’industrie et du bâtiment se disent concernées, sans pour autant, est-il précisé, que cela empêche, à ce stade, leurs propres perspectives d’activité de s’améliorer. Cela est rassurant et suggère que, s’il doit y avoir un frein à la reprise, il sera modéré. Encore faut-il que ces difficultés d’offre s’atténuent rapidement. Ce sera le cas pour celles liées aux restrictions sanitaires, au fur et à mesure du déconfinement. C’est plus incertain pour les difficultés d’approvisionnement et de recrutement.

La croissance en Europe centrale devrait s’accélérer de nouveau au 2e trimestre 2021, après déjà une bonne performance au 2e semestre 2020, comme le suggère le taux d’utilisation des capacités de production dans l’industrie. Celui-ci souligne une bonne résilience malgré une pénurie de semi-conducteurs dans l’automobile et une 3e vague de Covid assez sévère au 1er trimestre 2021.
L’amélioration de la conjoncture dans l’industrie provient d’un rebond continu de la demande, singulièrement à l’exportation, permettant une activité d’ores et déjà supérieure à l’avant-Covid pour la République tchèque et la Slovaquie, et à peu près équivalente en Pologne et en Roumanie.
Cette performance devrait permettre le retour au PIB d’avant-Covid avant la fin 2021 dans la région (croissance de 4,2%, contre -3,8% en 2020), nonobstant une perte d’activité plus longue à se résorber dans les services. Elle devrait également soutenir l’inflation (avec la pénurie de semi-conducteurs et le rebond du prix du pétrole), qui devrait rester proche de 3% en moyenne pour la 3e année consécutive.

 

Les encours publiés dans les comptes nationaux financiers[1] étant valorisés[2], les ratios d’endettement des sociétés non financières françaises, calculés à partir de ces derniers, sont susceptibles de donner une image déformée de la structure financière de ces dernières. En revanche, les flux d’opérations hors effets de valorisation (augmentation de capital) et d’autofinancement offrent une approximation acceptable de la variation de leurs fonds propres. 

Selon nos calculs, les entreprises françaises ont abordé la crise avec une structure financière renforcée. Ainsi, l’envolée inédite de la dette financière observée en 2020 (+ 206 milliards d’euros, dont près de 130 milliards au titre du prêt garanti par l’État [PGE]) avait été opportunément précédée, entre 2015 et 2018, d’un renforcement sensible des fonds propres, à la faveur du net élargissement des émissions d’actions. En revanche, en 2020, la hausse de la dette financière a très sensiblement dépassé celle des capitaux propres. Ces évolutions globales dissimulent toutefois des situations contrastées selon les entreprises, tailles et secteurs considérés.

[1] Les comptes nationaux financiers produits par la Banque de France décrivent les comportements de placements et de financement des différents secteurs institutionnels de l’économie nationale à partir de leur capacité ou de leur besoin de financement.

[2] La valeur des actions non cotées et autres parts sociales est estimée à partir du multiple des actions cotées. Concernant l’endettement, seule la dette négociable est en valeur de marché.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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