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L’économie chinoise face au choc protectionniste 09/10/2018

Les signes de guerre commerciale entre les US et la Chine se sont intensifiés rapidement depuis le début de l’année. Quelles sont les conséquences des barrières tarifaires américaines sur la croissance chinoise et, surtout, sur ses choix de politique économique ?

TRANSCRIPT // L’économie chinoise face au choc protectionniste : octobre 2018

3 QUESTIONS

 

François Doux : C'est la plus grande guerre commerciale de l'histoire économique. La formule n'est pas de moi mais des autorités chinoises à propos de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

Christine Peltier, bonjour.

 

Christine Peltier : Bonjour François.

 

François Doux : Les droits de douane ont augmenté sur un total de 250 milliards d'exportations chinoises vers les États-Unis, avec des hausses de 10% à 25%. Première question, quelles en seront les conséquences pour la macroéconomie chinoise ?

 

Christine Peltier : On s'attend évidemment à un ralentissement de la croissance à cause d'une progression moindre des exportations et de ses effets sur l'investissement, le marché du travail et la consommation privée. On s'attend également à une détérioration de l'excédent de la balance courante chinoise qui devrait passer sous la barre de 1% du PIB dès 2018.
Evidemment, les conséquences à court terme pour l'économie chinoise dépendront de l'ampleur des barrières tarifaires qui seront mises en place.

Dans le contexte actuel, même si Pékin montre sa volonté d'atténuer le conflit, même si des négociations sont possibles, on peut s'attendre aujourd'hui à ce que l'ensemble des exportations chinoises soit concerné par des hausses de droits de douane. Malgré cela, le ralentissement de la croissance lié à ce choc protectionniste devrait être assez modéré. Premièrement parce que les exportations chinoises aux États-Unis ne représentent finalement que 4% du PIB et surtout, deuxièmement parce que les autorités vont agir pour atténuer le choc.

 

François Doux : Deuxième question, quelles sont les conséquences sur la politique économique à venir de la part la Chine ?

 

Christine Peltier : Les conséquences des mesures américaines sur la politique économique chinoise sont relativement importantes. Premièrement parce que le choc protectionniste arrive au mauvais moment pour la Chine qui voit ses parts de marché mondial se réduire depuis environ deux ans, et deuxièmement parce que les entreprises chinoises connaissent déjà des difficultés depuis quelques temps, liées au resserrement des conditions de crédit.

 

François Doux : Donc Pékin doit agir ?

 

Christine Peltier : Pékin va agir. Des mesures de relance fiscale et de relance de l'investissement dans les infrastructures publiques sont attendues. Et, surtout, la politique monétaire est assouplie, ce qui représente un changement important d'orientation puisque, depuis fin 2016 environ, la priorité de Pékin était d'encourager un désendettement des entreprises, notamment publiques, et de réduire les sources de vulnérabilité dans le secteur financier. Or, face à des perspectives de croissance qui se détériorent, la détermination de Pékin à poursuivre ce processus de désendettement des entreprises est peut-être en train de s'affaiblir, même si évidemment Pékin continue de maintenir la priorité sur une réduction des risques d'instabilité financière.

 

François Doux : Troisième et dernière question, vous parliez de politique monétaire. Quelles seront les conséquences sur la devise chinoise ?

 

Christine Peltier : Les conséquences des mesures tarifaires américaines sur la politique de change sont déjà visibles. Entre mars et août, le yuan s'est déprécié par rapport au dollar et en termes effectifs nominaux. Ceci permet d’atténuer les effets du choc sur la performance des exportations. Le yuan connait aussi les conséquences du resserrement monétaire américain comme les autres monnaies émergentes. Malgré cela, Pékin ne devrait pas se lancer dans une guerre des changes à court terme parce que cela pourrait faire entrer la Chine dans un cercle vicieux de sorties des capitaux et de nouvelles pressions sur la monnaie chinoise, ce que Pékin ne souhaite absolument pas.

 

François Doux : Merci Christine Peltier pour ce point de vue chinois sur la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

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