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Amérique centrale : portée par le reprise américaine mais freinée par des fragilités internes

12/05/2021

Ce sujet met en avant la manière dont les économies d’Amérique centrale devraient pouvoir bénéficier du changement d’administration aux États-Unis ainsi que du plan de relance (American Rescue Plan) annoncé par le Président Biden en mars. L’amélioration progressive des perspectives économiques dans la région devrait toutefois trancher avec la hausse des risques sociaux.

TRANSCRIPT // Amérique centrale : portée par le reprise américaine mais freinée par des fragilités internes : mai 2021

LE GRAPHIQUE DU MOIS

FRANÇOIS DOUX

Le plan de relance massif des États-Unis ne va pas profiter uniquement à l'économie de ce pays, mais aussi aux économies voisines. On va parler de l'Amérique centrale avec Salim Hammad. Bonjour Salim.

SALIM HAMMAD

Bonjour François.

FRANÇOIS DOUX

Parlez-nous des canaux de transmission de cette dynamique des États-Unis vers ces économies d'Amérique centrale. Quels sont-ils ?

SALIM HAMMAD

On a principalement trois canaux de transmission. Le premier est un canal commercial qui opère via les exportations des pays de la zone vers les États-Unis. Un deuxième canal, qui est financier, opère via les flux d'investissement des entités américaines vers les pays de la zone. Et un dernier canal, monétaire, fait référence aux transferts d'argent des travailleurs émigrés basés aux États-Unis. Dans le graphique, on peut appréhender l'importance de ces canaux de transmission pour chacune de ces économies, en regardant la part des États-Unis dans les exportations, dans les flux d'investissements directs étrangers, ainsi que dans les transferts de la diaspora. Ce sont les bâtonnets respectivement verts, rouges et orange sur votre écran. En moyenne, pour faire simple, on voit qu'à peu près 35% des exportations de la zone sont à destination des US, tandis qu'environ 1 dollar sur 3 investi au titre des investissements directs étrangers proviennent des États-Unis. On constate aussi, et c'est l'élément le plus marquant du graphique, qu’en moyenne environ 80% des transferts de la diaspora, donc des ressortissants de la zone, provient également des États-Unis. Les sommes qui sont envoyées sont absolument conséquentes puisque dans des pays comme le Honduras ou le Salvador, ces transferts représentent l'équivalent de presque un quart de la taille de l'économie. D’ailleurs on commence à voir les effets de la reprise américaine sur ces transferts, puisque par exemple au Honduras, au premier trimestre, on a observé une hausse de quasiment 30% de ces remises de fonds en glissement annuel.

FRANÇOIS DOUX

Parlons à présent de diplomatie. Sous l'administration Trump, on avait vu trois pays - le Panama, le Salvador et la République dominicaine - couper leurs relations diplomatiques avec Taïwan. Sous-entendu, se rapprocher de la Chine. Maintenant avec l'administration Biden, que doit-on attendre du comportement diplomatique des États-Unis envers l'Amérique centrale ?

SALIM HAMMAD

On s'attend à une politique étrangère plus active, moins antagoniste, et plus coopérative de la part de l'administration Biden. Elle devrait notamment se traduire par une remontée de l'aide publique au développement qui, je vous le rappelle, a été coupée pendant les années Trump. Le président Biden a déjà révoqué un certain nombre de mesures de son prédécesseur, notamment, l'expulsion des mineurs non accompagnés, un phénomène qui s'est fortement accentué au cours des quelques dernières années. Surtout, l'administration Biden vient d'annoncer un plan de 4 milliards de dollars destiné à adresser les « pushs factors », ces déterminants des migrations vers les États-Unis. Ils sont étroitement liés à des problèmes de pauvreté, de violence, de gouvernance et aussi à des facteurs climatiques en raison de la dépendance de certaines économies à l'agriculture.

FRANÇOIS DOUX

Si l'on regarde les perspectives économiques, la conjoncture est plutôt favorable pour ces économies d'Amérique centrale. La crise du Covid, bien sûr, les fragilisent. Parlez-nous des risques, justement, qu'encourent ces économies dans les mois à venir.

SALIM HAMMAD

Le principal risque est d'ordre social avec un cocktail de facteurs qui sont peu favorables. On voit des tensions sociales en amont de la crise sanitaire dans certains pays. C'est le cas au Costa Rica, avec les réformes de la fonction publique, mais également des revendications sociales dans d'autres pays, notamment le Guatemala et le Panama. Et puis une crise politique assez violente au Nicaragua. À ceci, il faut ajouter des marges de manœuvre budgétaires très limitées, une hausse du chômage, surtout chez les jeunes, un creusement des inégalités et une remontée de la pauvreté. Récemment, le FMI estimait que le PIB par tête pour beaucoup de pays ne devrait pas retrouver des niveaux de pré-crise, de pré-pandémie avant 2024. Donc, à ces facteurs on peut ajouter deux facteurs aggravants : la remontée des prix du pétrole, puisque la plupart des pays de la zone sont importateurs net d'hydrocarbures, et les risques d'ouragans et de sécheresse qui, encore une fois, étaient à l'origine en partie des fameuses caravanes migratoires observées au cours des dernières années.

FRANÇOIS DOUX

Merci Salim Hammad pour ce point sur les économies d'Amérique centrale. Dans un instant, Trois questions sur les États-Unis et un air des années 70 avec William De Vijlder

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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