eco TV

Chine : la consommation des ménages manque d’élan

12/11/2019

Alors que le secteur exportateur subit les mesures protectionnistes américaines, la croissance de la consommation privée ralentit également. L’assouplissement de la politique économique est resté prudent. Les dépenses des ménages devraient néanmoins commencer à profiter des récentes mesures de relance fiscale.

TRANSCRIPT // Chine : la consommation des ménages manque d’élan : novembre 2019

François Doux

Trois questions à présent sur la Chine où la croissance ralentit. Christine Peltier, bonjour.

Christine Peltier

Bonjour.

François Doux

On était à 6,6 % de croissance sur l'année 2018. Au troisième trimestre 2019 le rythme n'est que de 6% en annualisé. Première question, qu'est-ce qui pèse sur la croissance en Chine ?

Christine Peltier

Tout d'abord le secteur exportateur a été durement touché par la hausse des droits de douane américains et par le ralentissement de la demande mondiale. Sur les neuf premiers mois de l'année 2019, les exportations totales ont légèrement baissé par rapport à la même période l'an dernier. Surtout, les exportations chinoises vers les Etats-Unis ont chuté de 11%. Donc la Chine doit trouver d'autres relais de croissance ; le problème est que la croissance de l'investissement et la croissance de la consommation privée ralentissent également. L'affaiblissement de la demande des ménages a été visible dans le secteur automobile en particulier, mais on a observé un ralentissement de la croissance des ventes au détail, des ventes de biens durables et des ventes en ligne de biens et services.

François Doux

Deuxième question, quelles sont les raisons de ce ralentissement de la consommation privée en Chine ?

Christine Peltier

Toute une série de facteurs explique le ralentissement de la consommation privée. D'abord l'inflation des prix à la consommation a accéléré depuis le début de l'année, tirée par la hausse des prix alimentaires et notamment ceux du porc.

Ensuite les difficultés du secteur manufacturier ont eu des effets négatifs sur la confiance des Chinois sur le marché du travail. Le ralentissement des transactions sur le marché immobilier a également pesé sur les achats de biens d'équipement des ménages chinois.

Autre facteur, la croissance du crédit à la consommation a ralenti parce que les autorités ont durci les règles encadrant ces crédits. Les autorités ont notamment durci les règles encadrant les activités des plateformes de prêts entre particuliers. De plus, le poids du service de la dette des ménages a dû commencer à peser sur leurs dépenses, puisque la dette des ménages a fortement augmenté ces dernières années, pour atteindre 56% du PIB.

François Doux

Il y a aussi peut-être  des facteurs structurels?

Christine Peltier

Oui, d'autres facteurs persistent en Chine. D'abord la croissance du revenu disponible par tête continue de ralentir. Ensuite, les inégalités de revenus sont fortes en Chine, et cela pèse sur la consommation privée. Enfin, les ménages chinois continuent d'épargner 36 % de leur revenu disponible, ce qui est très élevé.

François Doux

Troisième et dernière question. Que fait le gouvernement pour essayer de relancer cette demande intérieure ?

Christine Peltier

Du côté de la politique monétaire et de crédit, l'assouplissement réalisé depuis le printemps 2018 a été très prudent. D'ailleurs la croissance des crédits aux entreprises ne s’est redressée que faiblement et celle des crédits aux ménages a ralenti.

Les autorités restent très prudentes, fortement contraintes par l'excès de dette de l'économie chinoise, et par les risques de crédit élevés. Les autorités chinoises souhaitent à la fois soutenir la croissance, ou en tout cas modérer son ralentissement, mais garder le cap de l'assainissement dans le secteur financier, du désendettement des entreprises les plus fragiles, et de l'assainissement du marché immobilier.

Du côté de la politique budgétaire, la marge de manœuvre est un petit peu plus confortable. L'investissement dans les projets d'infrastructure publique commence à se redresser et toute une série de mesures d'incitations fiscales a été introduite depuis l'année dernière. Ces réductions d'impôts doivent aider les entreprises et soutenir la consommation privée. On devrait commencer à voir leurs effets positifs d'ici la fin de l'année.

François Doux

Merci Christine Peltier pour ce point sur la Chine.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

Chine : nouveau réglage des conditions de crédit 07/01/2021
La Chine a bénéficié d’un solide rebond de sa croissance depuis mars 2020. Le redressement s’est étendu progressivement de l’industrie aux services. Les autorités peuvent donc réajuster leur politique économique et ont entamé un durcissement sélectif des conditions de crédit. Les récents défauts d’entreprises sur le marché obligataire local annoncent la tendance à venir.
Dosage subtil de la politique monétaire et de crédit 17/12/2020
Le rebond de l’activité depuis mars a été rapide et s’est étendu progressivement de l’industrie aux services. L’investissement, s’il reste tiré par les projets d’infrastructures et immobiliers, commence à se renforcer dans le secteur manufacturier, encouragé par la solide performance des exportations. Enfin, la consommation privée, bien que toujours à la traîne, se redresse plus vivement depuis l’été. Alors que la politique budgétaire devrait continuer de soutenir la demande à court terme, les autorités monétaires chinoises peuvent réajuster leurs priorités et revenir à la maîtrise des risques financiers. Les conditions de crédit commencent à être resserrées via de nouvelles normes prudentielles. Une hausse des défauts des entreprises devrait accompagner les efforts d’assainissement du secteur financier.
L’économie reste sur sa lancée 20/11/2020
D’après les derniers indicateurs d’activité, le redressement de l’économie chinoise s’est encore renforcé en octobre. Sur notre baromètre, l’amélioration s’est étendue sur la période août-octobre 2020 par rapport aux trois mois précédents...
Une solide capacité de rebond 23/10/2020
L’économie chinoise a maintenu la même dynamique en septembre qu’au cours des deux mois précédents : le redressement s’est poursuivi et renforcé. Le PIB réel a ainsi enregistré une croissance positive de 0,7% en g.a. sur les trois premiers trimestres de 2020, et de 4,9% en g.a. sur le seul T3. Les principaux secteurs ont affiché une croissance positive sur les trois premiers trimestres : de 2,3% dans le secteur primaire (contre 3,1% en 2019), de 0,9% dans le secteur secondaire (contre 5,7% en 2019) et de 0,4% dans le secteur tertiaire (contre 6,9% en 2019). Ces chiffres soulignent à la fois la solide capacité de l’économie à rebondir après le choc du T1 et la fragilité particulière du secteur des services, dont la reprise a été plus tardive et plus lente...
Des ménages toujours inquiets 01/10/2020
Le redressement de la croissance économique se poursuit. D’abord principalement tiré par le redémarrage de la production industrielle et de l’investissement, il s’est étendu au cours de l’été notamment grâce au rebond des exportations. L’activité dans les services se redresse également, mais elle reste néanmoins contrainte par la reprise encore timide de la consommation des ménages. Celle-ci semble en effet encore loin d’un retour à la normale. Le taux de chômage est rapidement reparti à la baisse après la fin du confinement, mais son recul s’accompagne d’une montée des emplois précaires et des disparités entre les individus, les moins qualifiés et les jeunes diplômés étant particulièrement fragilisés.
Le redressement de l'activité s'étend 18/09/2020
La dynamique de l’économie chinoise a continué de s’améliorer en août 2020. Sur notre baromètre, l’élargissement de la zone bleue par rapport à la zone en pointillés atteste d’un redressement plus étendu de l’activité. En effet, alors que la reprise économique a d’abord été tirée par le rebond de la production industrielle et de l’investissement dans les infrastructures publiques et l’immobilier, l’amélioration depuis l’été a bénéficié plus largement à l’économie [...]
Chine : le redressement de l’investissement se poursuit 02/09/2020
Les indicateurs d’activité pour le mois de juillet attestent de la poursuite du redressement de l’économie chinoise, dont la croissance a déjà rebondi à +3,2% en glissement annuel au T2 2020 contre -6,8% au T1. La ré-accélération de la croissance de l’investissement depuis mars est principalement tirée par les infrastructures publiques, le secteur de la construction et l’immobilier, qui sont soutenus par les mesures de relance des autorités. L’investissement dans le secteur manufacturier s’est redressé plus lentement, contraint par les difficultés financières des entreprises, notamment des PME. Au second semestre 2020, l’investissement dans les infrastructures publiques devrait rester dynamique, aidé par une politique budgétaire toujours expansionniste. La politique monétaire pourrait en revanche devenir un peu plus prudente, contribuant à une modération du redressement du secteur immobilier. Enfin, l’investissement manufacturier pourrait se renforcer légèrement étant donné le rebond des profits des entreprises depuis mai. Les exportations de biens manufacturés se sont bien redressées depuis deux mois, mais les perspectives restent assombries par la fragilité de la reprise de la demande mondiale et les tensions sino-américaines.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2607 articles et 681 vidéos