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EcoTV – Mars 2021

11/03/2021

TRANSCRIPT // EcoTV – Mars 2021 : mars 2021

FRANÇOIS DOUX

Bonjour à tous.

Bienvenue dans ce numéro de mars 2021 d'EcoTV, le magazine des économistes de BNP Paribas. Au sommaire de cette édition, l'impact économique de la crise du Covid-19. Focus sur la zone subsaharienne en début d'émission avec Perrine Guérin et François Faure, et la première récession en 25 ans dans le continent. Dans le Graphique du mois, on va mesurer le pouls du rebond en France et en Allemagne avec Louis Boisset. Pour terminer, « Trois questions » avec William De Vijlder sur la hausse des taux longs, leurs causes et, bien sûr, leurs conséquences.

Bonne émission !

 

FOCUS

FRANÇOIS DOUX

L'Afrique subsaharienne a été relativement épargnée par la crise sanitaire. Qu'en est-il sur le plan économique ? Pour en parler, nous sommes avec Perrine Guérin et François Faure. Bonjour.

PERRINE GUÉRIN ET FRANÇOIS FAURE

Bonjour.

FRANÇOIS DOUX

Perrine Guérin, quel a été l'impact économique de la crise du Covid-19 sur la zone subsaharienne ?

PERRINE GUÉRIN

L'impact économique a été significatif pour ce continent qui devrait enregistrer sa première récession depuis 25 ans, avec une contraction de l'activité de plus de 3% estimée en 2020. On s'attend aussi à ce que la reprise soit relativement limitée et qu'elle ne permette pas à certaines économies de retrouver leur niveau de richesse d'avant-crise avant 2024, voire 2025. Alors que ces pays souffraient déjà de marges de manœuvre budgétaires limitées, les dépenses additionnelles liées à la gestion de la crise, mais aussi la chute des revenus, représentent un défi pour les gouvernements, dont le déficit et le niveau d'endettement se sont accrus de manière considérable. Donc les perspectives régionales se sont réellement dégradées dans le contexte de pandémie.

FRANÇOIS DOUX

François Faure, vous dirigez l'équipe Risque pays. Quel est l'impact sur le risque encouru dans cette zone d'Afrique subsaharienne ?

FRANÇOIS FAURE

Essentiellement le risque souverain puisque, comme vient de l'évoquer Perrine, le grand problème va être l'endettement des États. Il faut savoir que le ratio moyen d'endettement public de ces pays va dépasser le niveau qu'il avait atteint à la fin des années 90, juste avant les grandes initiatives de réduction de la dette de ces pays.

FRANÇOIS DOUX

Perrine Guérin, comment faire face à cette dynamique ? Des mesures ont-elles été mises en place ?

PERRINE GUÉRIN

Effectivement. Face au risque de surendettement, les créanciers multilatéraux ont fourni une réponse assez unique par sa rapidité, mais aussi par son ampleur, avec des montants importants qui ont été développés via des lignes de financement d'urgence. En parallèle, les créanciers du Club de Paris ont aussi accordé un moratoire sur le service du paiement de la dette à une trentaine de pays africains, et ce, jusqu'en juin 2021. Néanmoins, ce soulagement financier reste partiel, extrêmement variable selon les pays, mais aussi temporaire, dans le sens où, pour les pays qui font face à un choc de liquidité, ces mesures permettent de compenser la chute des entrées en devises et de combler l'écart entre les ressources et les besoins financiers. En revanche, cela ne permet pas de résoudre les problèmes plus profonds de solvabilité de la dette. Et dans un contexte où l’enthousiasme pour les marchés émergents reste limité, la perspective d’une restructuration pourrait s'imposer à certains pays dans ce contexte.

FRANÇOIS DOUX

François Faure, revenons à la situation de 1996 avec cette initiative en faveur des pays pauvres très endettés. Quelles sont les différences, ou les points communs, avec la situation actuelle ?

FRANÇOIS FAURE

Le point commun, c'est le niveau d'endettement. Certains pays ont atteint un niveau d'endettement très important, alors même que juste avant le Covid déjà, la proportion des pays qui étaient jugés dans une situation de solvabilité difficile avait fortement augmenté.

FRANÇOIS DOUX

Et la différence, alors ?

FRANÇOIS FAURE

La grande différence est que la composition de la dette a changé. De nouveaux créanciers sont apparus. D'abord, les détenteurs d'obligations internationales émises largement par les pays émergeants au cours des dernières années. Et la Chine, bien évidemment, qui, dans le cadre de l'Afrique subsaharienne, est devenue un acteur, un créancier majeur. Il détient au moins 20% de la dette publique extérieure de ces pays.

FRANÇOIS DOUX

Dernière question Perrine Guérin. Quelles sont les perspectives, les défis à venir pour cette zone subsaharienne ?

PERRINE GUÉRIN

Dans les années à venir, la question de l'endettement devrait rester centrale. En effet, les États africains doivent se financer à la fois pour amorcer la relance économique, mais aussi pour financer le développement et financer une croissance durable. Cela va nécessiter de trouver des solutions de financement qui offrent à la fois des taux favorables, mais aussi des horizons suffisamment longs pour que le retour sur investissement puisse couvrir le coût des emprunts.

FRANÇOIS DOUX

François Faure, un mot de conclusion ?

FRANÇOIS FAURE

La conclusion, c'est que l'on sait que les restructurations de dettes vont se multiplier. Certains pays l'ont déjà demandé ou s'apprêtent à le faire. C'est le cas de la Zambie, du Tchad et de l'Éthiopie. Pour ces pays-là, on espère que le traitement commun de la dette s’améliore par rapport à ce qu'il était par le passé, et notamment que des acteurs, comme la Chine, y participent, mais aussi de manière plus transparente que par le passé. Et il y a les autres pays qui ne sont pas dans un processus de restructuration parce que leur solvabilité n'est pas en cause pour l'instant. Jusqu'à présent, certains pays ont pu émettre encore sur les marchés internationaux à des conditions très favorables comme la Côte d'Ivoire, et même le Bénin. Mais il va falloir faire attention pour ces pays, à ce que le coût de l'emprunt ne dépasse pas la croissance. Or, la conséquence du Covid sera peut-être malheureusement un abaissement du potentiel de croissance.

FRANÇOIS DOUX

On évitera l'effet boule de neige à nouveau. Merci François Faure, Perrine Guérin pour ce point sur l'Afrique subsaharienne. Dans un instant, on va parler du rebond en France et en Allemagne dans le Graphique du mois avec Louis Boisset.

 

LE GRAPHIQUE DU MOIS

FRANÇOIS DOUX

Où en est-on du rattrapage économique post-crise du Covid ? On va faire le point sur la France et l'Allemagne avec Louis Boisset.
Bonjour Louis.

LOUIS BOISSET

Bonjour.

FRANÇOIS DOUX

Dans ce Graphique du mois, on détaille la valeur ajoutée, le secteur manufacturier et le secteur des services. Premier point : il reste encore un peu de chemin à parcourir.

LOUIS BOISSET

Effectivement. Ce que montre ce graphique, c'est le chemin déjà été parcouru pour rattraper le retard accumulé en 2020 et ce qu’il reste à parcourir. On voit que fin 2020, on était encore loin d'avoir rattrapé l'ensemble de ce qu'on avait perdu au cours de l'année 2020. Ce constat est particulièrement vrai dans la branche des services marchands qui accuse un retard encore important. Et on sait que les services marchands sont ceux qui ont été véritablement impactés négativement par les mesures sanitaires. Si on regarde les premières données conjoncturelles sur le début de l'année 2021, le constat est similaire. Les services marchands ont vraiment du mal à rattraper, tandis que du côté manufacturier, ça va beaucoup mieux et la tendance est haussière.

FRANÇOIS DOUX

Comment expliquez-vous la disparité entre la France et l'Allemagne ?

LOUIS BOISSET

Derrière cela, il y a la structure des économies. On sait que l'Allemagne est une puissance exportatrice très importante, et donc elle bénéficie, et en particulier son industrie manufacturière, d'un retour à la normale du côté du commerce mondial qui retrouve ses niveaux d'avant-crise. Or, en France, qui est moins exportatrice, ce bénéfice est moindre, ce qui explique aussi les divergences dans les dynamiques de rattrapage.

FRANÇOIS DOUX

Dernière question : quelles sont les conséquences de ce retard tant pour la France que pour l'Allemagne ?

LOUIS BOISSET

Selon de nombreux économistes, y compris nous, l'une des conséquences majeures touchera le marché du travail. Jusqu'ici, les conséquences de la crise de la Covid-19 sur le marché du travail ont été relativement contenues parce qu'il y avait en face un support budgétaire très important. Néanmoins, il existe un risque de forte détérioration des conditions sur le marché du travail et de hausse du taux de chômage, en particulier dans certains secteurs d'activité, notamment certains services marchands, comme cela est représenté ici sur le graphique. Dans le commerce, le transport, l'hébergement ou la restauration, la proportion d'emplois à risques est particulièrement importante. Il va donc falloir être particulièrement vigilant sur ce point.

FRANÇOIS DOUX

Merci Louis Boisset pour ce point sur le rattrapage économique, tant en France qu'en Allemagne. Dans un instant, Trois questions sur le marché obligataire, les causes et les conséquences de la remontée des taux longs. C'est avec William De Vijlder.

 

3 QUESTIONS

FRANÇOIS DOUX

C'est le thème central qui a inquiété les marchés financiers depuis le début de l'année : la remontée des taux longs.
William De Vijlder, bonjour.

WILLIAM DE VIJLDER

Bonjour François.

FRANÇOIS DOUX

Vous avez parlé de la colère des marchés obligataires, cela a été repris dans la presse. Première question : quelles sont les causes de cette remontée des taux longs ?

WILLIAM DE VIJLDER

Les causes, ce sont la dynamique inflationniste que les marchés financiers attendent pour les prochains mois et trimestres, mais également la dynamique de la croissance, de la reprise qui va s'accélérer, avec en une toile de fond trois facteurs : une politique très accommodante sur le plan monétaire, le succès des vaccinations aux Etats-Unis et, surtout, le plan de relance à l'horizon de 1 900 milliards de dollars. Les trois – ensemble - vont vraiment donner un coup de fouet important à l'économie américaine.

FRANÇOIS DOUX

On parle surtout de l'économie des États-Unis effectivement, des bons du Trésor à 30 ans notamment. Deuxième question : quelles sont les conséquences à court terme de cette remontée des taux longs ?

WILLIAM DE VIJLDER

Tout d'abord, la conséquence, on l’a vue comme d'habitude, je dirais. Cela a également affecté le marché obligataire ailleurs dans le monde. C'est un sujet d'attention important, notamment au niveau de la zone euro, parce que l'on constate une désynchronisation en termes d'activité économique, en termes de perspectives de reprise de l'activité du côté US par rapport à la zone euro. Mais en même temps, il y a une synchronisation du cycle financier, des cycles obligataires. Cela a provoqué des remarques, des interventions verbales de la Banque centrale européenne.

Même du côté australien, il y a eu des interventions sur le marché obligataire parce qu'ils ont pour politique de cibler un niveau de taux d'intérêts. Ce sont les répercussions mondiales. Au niveau américain, on ne doit pas s'affoler. Pourquoi ? Parce que la dynamique inflationniste est une dynamique lente. On ne doit pas exagérer. Il y a une limite à la repentification que l'on peut attendre de la courbe, en réaction à des craintes inflationnistes, ou encore en réaction à une anticipation d'un resserrement monétaire américain.

FRANÇOIS DOUX

Troisième et dernière question : quelles sont les conséquences à moyen terme de cette remontée des taux longs, qui signifie quand même une baisse des prix des obligations ?

WILLIAM DE VIJLDER

Cela devient beaucoup plus délicat. En fait, ce que l'on constate aujourd'hui est, dans une certaine mesure, assez ironique. On mène depuis des années une politique monétaire extrêmement accommodante parce que l'on désespère de voir plus d'inflation. Aujourd'hui, les conditions sont réunies pour une reprise de l'inflation. Et pourtant, on commence à s'inquiéter. En fait, on s'inquiète toujours. L'inquiétude des marchés obligataires, c'est: « Que va faire la Réserve fédérale ? Comment va-t-elle jouer cette transition d'une politique très souple vers une politique qui commence à être normalisée ? Comment va-t-elle l'annoncer, etc. ». C'est un jeu assez périlleux auquel doit se livrer la Réserve fédérale américaine, avec une nécessité d'être extrêmement prudente dans sa communication.

Pourquoi ? Pour éviter de créer un choc comme en 2013, un choc obligataire provoqué par la Réserve fédérale. Elle veut absolument éviter de recréer un choc qui aurait des conséquences néfastes sur les marchés financiers, la Bourse bien évidemment, mais également sur l'économie réelle. On pense aux marchés du logement, donc de l'immobilier, mais également aux conditions de financement des entreprises.

FRANÇOIS DOUX

La référence, ces taux longs américains pour le reste de l'économie.

WILLIAM DE VIJLDER

C'est exact.

FRANÇOIS DOUX

Merci William De Vijlder pour ce point. À suivre, bien sûr, cette évolution des taux longs. On se retrouve au mois d'avril pour un nouveau numéro d'EcoTV.

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